Éditorial du 6 octobre 2006

Numéro 47

6 au 12 octobre 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 6 octobre 2006 dans
Chroniques, Éditoriaux

Ça fait un moment que la critique est malmenée par les artistes au Québec.

Et ce n’est pas tellement une histoire de conjoncture, ou même de génération: une critique culturelle au Québec, quelle qu’elle soit, bien souvent n’a que la valeur – sans plus – de l’opinion de celui qui l’émet, plus ou moins non fondée, souvent de mauvaise foi et arbitraire. C’est hélas souvent la vérité…

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Mais à quoi sert la critique alors? Le Québec pourrait-il s’en passer et les journalistes n’écrire que des bons mots sur les productions culturelles québécoises…?

Dans ce conflit – essentiellement commercial – entre la critique et les artistes, il y a un malaise : celui du public, perpétuellement sollicité à prendre position. Avec cette impression que le sens critique est un bagage intellectuel acquis à tous, que l’on aime les œuvres culturelles, ou alors on ne les aime pas. Un manichéisme entretenu par les artistes eux-mêmes qui s’emportent lorsque de mauvaises critiques les concernant paraissent dans les journaux.

Ainsi, Patrice Robitaille a été déçu. Le critique Nomand Provencher du Soleil a descendu son dernier joujou, Cheech, ce qui l’a mis en colère sur les ondes de la télé de Radio-Canada. Deux jours après, Le Soleil publie l’entrevue «réconciliation» entre les deux hommes, où Robitaille reprend son point de vue sur la critique du film, et où Provencher, diplomate, argumente qu’il n’a pas tant détesté le film. Réconciliation il y a eu, mais au bout du compte, c’est bien le rôle de la critique qui en prend un coup. Surtout que d’autres journaux, partenaires, s’occupent de donner au film une couverture critique, somme toute orientée…

Un film n’est ni tout bon, ni tout mauvais, et la critique, c’est justement de soulever les idées pertinentes qui qualifieront l’œuvre et permettront de rendre compte honnêtement d’une œuvre parmi tant d’autres. La critique, elle permet d’aller au-delà des œuvres et de créer des liens là où ils n’apparaissent pas immédiatement pour le commun des mortels. Robitaille a été déçu cette fois-ci, persuadé que le critique Provencher n’a pas fait son travail d’«intermédiaire », mais il le sera encore. La critique, par essence, ne sert pas le commerce, mais l’art…

Lors d’une discussion avec le comédien Raymond Bouchard, intraitable, celui-ci considérait les critiques comme les parasites du monde culturel. La critique, Raymond, c’est le ciment de ta culture : sans elle, les œuvres se suivent et rien ne les lie entre elles. Sans elle, tes œuvres ne sont que des produits, des émotions sous cellophane prêtes à consommer, et c’est la stagnation de la culture, Raymond, Patrice, qui vous voulez…

Il existe ce courant de pensée au Québec, dont André Habib dans Le Devoir du 29 septembre dernier a relevé avec justesse les contours en matière de cinéma, lequel n’est pas cependant l’exclusivité des artistes. Les institutions elles-mêmes jouent le jeu et persistent à relativiser le débat d’idées qui permettrait à la critique de ne pas être toujours assimilée à une «opinion» quelconque.

Un exemple:

Sylvain Lafrance, en tournée sur les ondes de la Première chaîne au moment de sa nomination au poste de vice-président de l’ensemble des services français de Radio-Canada en septembre 2005:«Tout le monde critique la télévision, et c’est normal», répétait-il sans cesse.

Oui, c’est normal de critiquer la télévision. Qu’on critique Tout le monde en parle ou autre chose, c’est normal. Tout le monde a droit à son opinion. C’est bien. Mais on n’avance pas. On reproduit, et encore.

Heureux qu’on puisse continuer à étoffer son sens critique, avec ou sans les médias et autres partis pris. Heureux qu’il existe des intellectuels qui écrivent si bien, et que les critiques acquièrent ou approfondissent ce sens commun qui nous permet de mieux lire l’histoire culturelle contemporaine.


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