Éditorial du 9 février 2007

Numéro 63

9 au 15 février 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 9 février 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

C’est un effort. Un gros effort. Changer de paradigme, ça ne se fait pas sur un dix sous.

L’appel, par contre, se fait insistant. De toutes parts, tous les jours, de grâce, «changez» entend-t-on, «faites quelque chose», «éduquez-vous», «changez vos mentalités», «évoluez», «changez». Le message, on l’entend assez que c’en est le paradigme… Propage le message, professe des vérités, quand la communication déclare la guerre aux idées.

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On le sent le message, il est partout. On entend les environnementalistes, les organisateurs de soirées. On entend Marie-France Bazzo, les humoristes et les amis des artisans du terroir. On entend Quebecor et Gesca à travers leur dérives populistes. On entend le message des lobbys, des entrepreneurs, celui du monde politique.

Le message aussi à échelle individuelle. Au Québec particulièrement, un terrain de scission identitaire, c’est comme si chaque habitant naissait aux prises avec une quête de conviction, sur soi-même d’abord, mais qui se mute très vite en tentative de séduction envers les autres. Le Québec, une société où l’esprit critique est louche, où il faut plaire, et via les médias d’abord.

Appelons ça la Grande séduction… Pendant que les animateurs et chroniqueurs, trop souvent démagogues, tissent des toiles avec les tensions sociales et s’y prélassent tels des princes arachnides, siégeant au mieux au sommet des sondages BBM, le momentum, c’est l’opinion. Tribunes libres, oui, certes, mais tribunes de cons.

Car au fond, le message, c’est l’opinion: opinion is the message.

À première vue, si nous tous auditeurs et téléspectateurs, étions manichéens, les choses seraient simples: devant une information, devant une opinion, on choisit notre camp, pour ou contre.

Mais voilà, bombardés de messages comme on l’est, sans que le recul intellectuel ne puisse faire courir les foules et nous-mêmes impuissants devant tant de cynisme dans les médias, on préfère se réfugier dans un univers plus neutre: soi-même. Un autre monde de nuances est possible, loin des médias.

C’est un réel malaise sémiologique (Bourdieu utilisait lui «violence symbolique»), d’ores et déjà sociologique. Le message, il sous-entend un combat, qui lui-même sous-entend des combattants, ou des militants. Des militants de quoi? Des militants de sens. De vérités.

Mais il faut douter — et aujourd’hui, surtout, se méfier de la vérité. Ne nous apprenions-nous pas ça à l’école? Non? Ah bon…

Cette semaine, c’est David Suzuki qui nous fournit une belle démonstration de la force de notre réel paradigme: la communication. Ou quand le message, même avec les meilleures intentions du monde, perd son sens, ou même arrive à signifier l’inverse.

Ou quand les journalistes eux-mêmes, en écrivant leurs sous-titres (ou les rédactions, parce qu’elles s’en chargent aussi souvent) amplifient ces dérives symboliques, faute de réelle humilité journalistique…

Simplement une citation d’un article sur le bonhomme, paru dans La Presse du 8 février dernier. C’est l’exergue en fait qui figure sous la photo du scientifique, où on le voit lever les mains au ciel, la bouche ouverte alors qu’il semble s’énerver. Son crâne arrive tout juste vis-à-vis un cadre où apparaissent Neil Amstrong et le drapeau américain «flottant» au vent, fraîchement planté sur le sol lunaire:

«David Suzuki invite le gouvernement à adopter une “mentalité de guerre” pour combattre de réchauffement climatique».

Militants écolo-pacifistes, je vous laisse méditer là-dessus.


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