Éditorial du 9 mars 2007

Numéro 67

9 au 15 mars 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 9 mars 2007 dans
Chroniques, Éditoriaux

Un cycle de documentaires radiophoniques s’achève à Bande à part avec le 10e et dernier épisode cette semaine de cette série ayant comme objet des jeunes Québécois exilés à Banff, Alberta.

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Rêves, amour, tristesse, chômage, voyages, travail, famille, c’est plus que comme si vous y étiez.

Le rêve, principal trait caractéristique de ces jeunes qui auront été suivis par un patient Cédric Chabuel, réalisateur de la série et par François Goupil, en studio, à la technique. Au compteur, 10 émissions d’une heure chacune, disponible en baladodiffusion et, disons-le, d’une qualité radiophonique à couper le souffle.

«Je baptise toutes mes guitares avec des noms de dames qui m’ont marqué, dans le passé.»

On les suit à la manière d’un témoin invisible, de leur quotidien à Banff jusqu’au retour de certains d’entre eux à Montréal. Jamais vous n’entendrez un commentaire du réalisateur, ne serait-ce qu’un hoquet; l’immersion avec ces jeunes à l’aube de l’âge adulte est totale, et leurs propos n’en sont que plus touchants.

«Juste le fait d’avoir un jardin, juste cette idée-là dans ma tête, ah! ça me fait complètement halluciner!»

Touchant, parce que c’est surtout un fin témoignage de cette jeunesse qui se cherche, et part parfois dans l’Ouest canadien comme on entreprendrait un voyage initiatique des temps modernes.

Ces jeunes ont tous des rêves, et c’est ce qui est le plus frappant de cette série. Punks, altermondialistes, hippies, trippeux, certains sont d’une fascinante lucidité, tandis que chez d’autres sévissent toujours des dogmes d’enfants.

«Les voyageurs, on est un à-côté de la société, on ne fait pas partie de la société vraiment. On n’est pas salariés, on ne travaille pas 12 mois par année, on n’a pas de vacances pendant le temps des Fêtes…»

On entend ainsi ces jeunes raconter, souvent avec maintes contradictions et dans un vocabulaire disons ouvrier, ce qui constitue ces rêves. De loin, de leur patelin isolé de l’Ouest canadien, ils jugent leur société décadente, individualiste, factice. Alors que ce qu’ils critiquent, en réalité, c’est peut-être davantage le monde bourgeois. Peut-être ce même monde dont font partie leurs parents, amalgamés au compte des traumatismes de l’enfance.

«La maternelle, tsé, oui ok c’est bien qu’ils soient en contact avec d’autres enfants. Ça permet de tsé, l’échange, d’être moins gênés pis toute ça. Mais, je pense que justement en voyageant ils vont voir plein d’enfants. Pourquoi pas aller en Afrique avec mes enfants, pis qu’ils jouent avec toute la bande, qu’ils jouent tout le temps dans le sable, pis qu’ils jouent à la marelle. Je pense que ça peut être vraiment mieux qu’être ici à la maternelle, pis d’être dans un local, pis d’avoir des règles pis tout ça.»

Parce que c’est beaucoup ça dont il est question, au fond, dans le documentaire: comment acquérir cette confiance en soi qui leur a été défaillante plus jeune? Déjà peut-on s’accrocher à des valeurs de coopération qui, n’empêche, sont exacerbées dans ce petit village aux mille emplois qu’est Banff. Oui, c’est déjà un début.

Pourtant, rien n’est moins sûr que cette autonomie sommaire, aux allures de prises en main de soi-même. En effet, pour ces jeunes, autonomie rime avec liberté, et on se demande parfois à l’écoute si ce n’est pas un cadre confortable finalement qui les empêche de s’engager véritablement dans l’âge adulte…

«On dirait qu’être voyageur, c’est ne pas avoir de vie, ne pas avoir de futur…»

Ou qui les empêche de réfléchir.

«Je pense qu’il faut juste vivre, pas trop se poser de questions. Moi, je me suis souvent trop posé de questions, même encore je m’en pose, mais moins. Parce que sinon ton cerveau, on dirait qu’il pèse une tonne. Pis vu qu’il y a plein d’affaires dedans, c’est dur d’éliminer.»

C’est ce qui est fascinant de ces documentaires de Bande à part. Le voyage, autant un tremplin des âmes fougueuses vers l’aventure, qu’un cadre où l’on entretient, finalement, ses rêves d’enfants.

En tout cas, ça donne envie d’entendre la suite.


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