Ça brasse un peu à Copenhague. Mais je suis en train de me dire que c’est parce qu’il y a parfois des émeutes que cette ville, à l’opposé, est tellement calme.
Le jeudi 1er mars, le soir de l’émeute, je suis allé me promener dans la cité libre de Christiania (c’est l’un des endroits où ça a brassé pas mal) et tout le monde était super calme, juste un peu sur un high…
Le lendemain matin, odeur de gaz lacrymogène, voitures incendiées dans les rues, des feux un peu partout et des vitres brisées. Mais encore une fois la ville était comme endormie.
Je trouve que c’est somme toute une bonne chose que ça tourne parfois à la violence. Ça prouve qu’il y a encore des gens qui se sentent concernés, et ça permet d’apprécier vraiment les accalmies…
Au cœur de la cité libre
Christiania, c’est l’un des endroits les plus bizarres de Copenhague. Quand je suis arrivé ici, c’est d’ailleurs le premier endroit que j’ai visité, sans trop savoir, encore sur le décalage horaire…
Il est sept heures du matin, il y a du brouillard partout et là je m’avance dans ce lieu peuplé de fantômes. Christiania, ça m’a pris un peu de temps avant de comprendre ce que c’était, mais en gros on pourrait dire que c’est une sorte de ghetto dans la ville, un ghetto pourtant installé dans l’un des quartiers les plus cossus de Copenhague.
Dans Christiania, il y a une rue qui s’appelle Pusher Street (ça dit tout). Lors de ma balade tôt le matin, il y avait un gars assis, peinard, dans une maison en ruine… Genre petit-matin-surréaliste.
Je lui demande: «What is this place?», parce que j’ai un peu l’impression d’avoir basculé de l’autre côté de la civilisation. Le gars me répond: «It’s the free town of Christiania».
Christiania est une cité libre, un ghetto dans la ville fondé par les hippies en 1971. C’est un «état» autoproclamé, autogouverné d’environ 850 habitants. La ville de Christiania a donc un statut semi-légal de communauté indépendante.
Sur Wikipédia, il est mentionné: «The objective of Christiania is to create a self-governing society whereby each and every individual holds themselves responsible over the wellbeing of the entire community. Our society is to be economically self-sustaining and, as such, our aspiration is to be steadfast in our conviction that psychological and physical destitution can be averted.»
Le squat comme symbole
Pour un architecte c’est le paradis parce que toutes les maisons sont bricolées. Chaque habitant a sa propre maison, ou alors il y des squats dans les anciens édifices de l’armée. Christiania est en effet installée sur les anciens remparts, dans une fortification qui servait autrefois d’arsenal.
À Christiania, les habitants font des graffitis pour le plaisir, et il y a des tas de boutiques… En fait ça ressemble à la ville de Copenhague en miniature. Il y a de la musique, des hippies, des artistes, des robineux, des anarchistes, des restaurants, des bars et des endroits où l’on donne des concerts. Bienvenue dans la cité libre, quoi!
L’immeuble qui est au centre de la controverse en ce qui concerne les émeutes de cette semaine est situé dans un autre quartier, au nord de la ville.
Cependant, les manifestants avaient comme stratégie de disperser les centres de l’émeute afin de compliquer le travail de la police: certains émeutiers se trouvaient donc dans Christiania, l’un des centres stratégiques. Pas de chance, l’immeuble pour lequel ils se sont battus (une sorte de squat) a été démoli.
L’architecture est un symbole social très puissant… En démolissant l’édifice, on s’assure que ce symbole est irrémédiablement détruit. Le dossier est clos, du moins jusqu’à la prochaine émeute…
Ça m’a donné envie de me procurer un excellent volume de W.-G. Sebald: De la destruction comme élément de l’histoire naturelle.
Pour maintenir l’ordre du monde, il faut parfois démolir des objets…
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