En entrevue: Anthony Volodkin

Numéro 128

17 au 23 octobre 2008

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 17 octobre 2008 dans
Culture, Musique

En entrevue: Anthony Volodkin

Anthony Volodkin est le fondateur de Hype Machine, un agrégateur de blogues MP3 très connu des hipsters.

Anthony a 22 ans et habite Brooklyn. P45 l’a rencontré pour parler musique, Internet et révolution.

Hype Machine incarne une philosophie particulière du partage sur Internet: celle de mettre sur pied des plateformes web qui relient les contenus ainsi que les gens entre eux, légalement ou non, afin de promouvoir la création.

Dans ce cas-ci, il s’agit de rien de moins que de recenser les blogues de musique et de recouper leurs contenus textes et MP3.

Le tout est peut-être le plus grand service rendu à la musique ces dernières années: les étiquettes de disques en raffolent puisqu’elles peuvent connaître la popularité web d’un de leurs artistes, et les mélomanes y trouvent plus de MP3 qu’ils n’en ont jamais cherché.

Anthony a créé Hype Machine en avril 2005. Aujourd’hui, le site est visité par 1,3 million d’internautes par mois.

Nous l’avons interrogé lors de son passage à Montréal à l’invitation du festival Pop Montréal 2008.

P45: Parlez-nous du contexte dans lequel vous avez créé Hype Machine.

Anthony Volodkin: Hype Machine a été créé au moment où j’avais le plus de difficulté à trouver de la nouvelle musique.

Je ne pouvais pas vraiment me tourner vers les radios new-yorkaises puisqu’elles jouent toujours les mêmes 40 chansons, ni vers les magazines qui sont soumis aux mécaniques de promotion du marché publicitaire.

Pendant ce temps, je découvrais les blogues MP3 et ces gens qui écrivaient sur la musique sans que personne ne les paye, juste par passion.

Puisque je me débrouillais déjà à l’époque en programmation, je me suis alors demandé comment rassembler tous ces gens et tous ces contenus afin d’avoir une meilleure vision d’ensemble et d’aider les gens qui cherchent de la nouvelle musique à en trouver.

P45: Quelles sont les caractéristiques de Hype Machine qui en font une plateforme de partage originale?

A. V.: En fait, il existe d’autres plateformes de ce genre, comme Elbo.ws, par exemple, lancé à peu près en même temps que Hype Machine.

Pour le moment, s’il faut le préciser, nous offrons la possibilité aux internautes d’écouter les fichiers MP3 recensés par Hype Machine. Mais l’essentiel se résume ainsi: nous offrons en parallèle l’option d’acheter les titres sur iTunes ou Amazon, et les paramètres de recherche, les fiches d’artistes, etc., s’enrichissent chaque jour.

On essaie de privilégier les conversations autour des pièces de musique et autour des artistes. C’est pour cette raison, par ailleurs, que nous n’avons pas de discours éditorial.

P45: C’est vrai. N’avez-vous pas déjà été tenté de créer une portion «magazine» à Hype Machine et de devenir une plateforme plus proche de Pitchfork par exemple? Le potentiel est là.

A. V.: Non. On fait une sélection dans les blogues de MP3 qu’on recense, mais c’est le seul engagement éditorial que nous avons. C’est plus important pour nous de recenser des blogues tenus par des passionnés et qui offrent du contenu de qualité plutôt que de recenser le plus de blogues possible.

Par exemple, je cite souvent des blogues comme Said the Gramophone, FluxBlog ou Music for Robots.

On préfère rester une plateforme neutre et éviter le plus possible la promotion de groupes ou de chansons. C’est vraiment ce que nous faisons de mieux, être un agrégateur, et c’est ce qui peut nous aider à nous universaliser plus facilement aussi.

P45: Comment savoir si vous n’êtes pas à l’aube de subir des poursuites en justice pour infractions aux droits d’auteurs?

A. V.: C’est une bonne question. Ce qu’on fait, c’est de reprendre l’information déjà bloguée sur d’autres sites web. C’est un peu du cas par cas, mais si l’on doit enlever un lien vers un titre qui cause des problèmes, on le fait rapidement sans poser de questions.

Il faut dire que des agrégateurs de blogues MP3 comme Hype Machine donnent beaucoup de valeur aux pièces musicales, et les étiquettes indépendantes, comme les étiquettes les plus commerciales, le savent bien. C’est en effet l’un des endroits où se joue la première étape de buzz autour d’un titre.

P45: Combien de blogues recense aujourd’hui Hype Machine?

A. V.: Environ 800 blogues. Mais je ne suis pas sûr.

P45: À quel point Hype Machine peut-il faire la pluie et le beau temps dans la hype musicale? À quel point avez-vous révolu les façons de faire dans le domaine?

A. V.: L’idée c’est de lier un contexte à l’audio. Plusieurs sites proposent des MP3, mais pas tellement les mettent en contexte et développent du contenu en lien avec la musique.

Le partage de ces contenus est à l’origine de la hype, mais Hype Machine, finalement, ne fait que les mettre en relation. Hype Machine est un bon nom de site web, mais ce n’est pas de nous comme tel que naît la hype

On essaie de jouer le jeu prudemment et de juste présenter, condenser, amplifier les contenus, pas les orienter. C’est de là que vient notre influence sur le milieu de la musique, et notre succès.

Je ne crois pas qu’on révolutionne tellement les choses avec Hype Machine, mais que c’est plutôt ce dont les mélomanes avaient besoin et que c’est une évolution normale des choses.

P45: Selon cette idée, qu’elle est la prochaine étape pour Hype Machine?

A. V.: On travaille sur une série de nouveaux outils pour les blogueurs et ainsi leur rendre la vie plus facile en leur indiquant où acheter les MP3 dont ils parlent, des outils pour gérer leur profil dans Hype Machine.

On travaille aussi sur un palmarès 2008 des chansons, des artistes et des blogueurs qui auront marqué l’année.

P45: Vous êtes plusieurs à travailler à Hype Machine?

A. V.: Nous sommes cinq, trois temps-plein et deux à mi-temps. Un des développeurs travaille depuis la Floride, un autre depuis la Pologne et il y a moi. Les deux à mi-temps se partagent le travail de gérer la marchandise, les partenariats, la publicité sur le site, etc.

Nos revenus proviennent de deux sources: principalement de la musique qu’on vend via notre site. On touche un pourcentage de 5 % des ventes que l’on génère chez nos partenaires comme iTunes ou Amazon. Puis il y a les publicités sur notre site web.

P45: En terminant, quel est votre avis sur l’avenir du partage de musique sur Internet? Est-ce que vous diriez qu’il existe une guerre entre les majors et les internautes, plutôt proche de l’échange gratuit des oeuvres musicales?

A. V.: Non, je ne dirais pas qu’il existe une guerre comme telle. Je pense que la distribution de la musique passe par Internet, tout simplement, et que tout le monde s’en rend compte. Je suis assez optimiste pour croire que les majors et les artistes jouent le jeu à leur tour et que tous arrivent à en profiter.

Aux États-Unis, on dépense un tas d’argent pour faire des poursuites auprès des particuliers qui téléchargent de la musique et, on le voit, ça n’amène pas les résultats escomptés. On essaie d’empêcher les gens d’utiliser Internet pour ce que c’est: une plateforme d’échange.

C’est pourquoi, pour moi, il ne faut pas que Hype Machine soit un truc de geeks, mais que ça soit vraiment universel. Ce qui reste important, c’est qu’à la suite d’une recherche sur Internet, les gens puissent découvrir des titres et des artistes et qu’ils se disent que c’est la meilleure musique qu’ils ont entendue de leur vie.

C’est vraiment le sentiment que je veux reproduire avec Hype Machine. C’est la révolution en laquelle je crois: concentrer la meilleure musique disponible sur le web.

P45: Pour t’impliquer autant dans un site web comme Hype Machine, est-ce parce que tu es un genre de musicien frustré?

A. V.: Ouin, j’ai joué du piano quand j’étais jeune, mais j’ai arrêté. Je ne suis pas très heureux de ça, je recommencerai les leçons peut-être un jour.



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