En entrevue: Dattola

Numéro 73

19 au 25 avril 2007

Un texte de
Myriam Rondeau

Publié le 19 avril 2007 dans
Culture, Musique

En entrevue: Dattola

Je suis tombé sur Dattola un soir où j’essayais de faire passer mon insomnie sur Internet.

De pages en pages, j’ai atterri sur son MySpace, puis une de ses pièces, Animal Lecteur, s’est propulsée dans mes écouteurs.

Comme sa voix n’arrivait pas à sortir de ma tête, je me suis enfin décidée à lui envoyer un mail pour lui demander une interview. Nous nous sommes rencontrés au Café de l’Industrie, dans le quartier branché de la Bastille, au cœur de Paris à la fin de février dernier. Dans un café au lait chaud tout juste servi, une enregistreuse posée sur la table, une vague envie de fumer des Marlboro et un midi pluvieux…

Interview un créateur de mobiles musicaux, Dattola.

Pour commencer, j’ai lu que tu es né à Buenos Aires et que tu as voyagé pas mal. De quelle façon penses-tu que tous ces voyages ont pu t’influencer?

En fait, c’est le travail de mon père, qui nous a fait voyagé. Mes parents sont restés à Buenos Aires un an et demi, avant de s’installer pendant quelque temps en Allemagne, puis en Angleterre. Et on a fini par rentrer en France. Maintenant, savoir si cela a une quelconque influence sur ma musique, je ne sais pas..

Et puis j’ai aussi lu que tu as tout arrêté pour faire de la musique, je me trompe?

Oui, c’est vrai. Je faisais des études en communication et au fond, ça ne collait pas, ça ne me ressemblait pas. L’envie de faire de la musique, en tous cas l’envie de créer quelque chose, est présente depuis très longtemps. Du coup, j’ai fini par prendre la décision de me consacrer entièrement à la musique. J’ai réenregistré mes chansons, avant de me mettre à travailler la scène.

Tes premières performances sont donc assez récentes?

Oui, j’ai fait 2 dates, une au mois de décembre et l’autre voilà une semaine (mi-février).

Eurythmics, Kate Bush, est-ce qu’il y a d’autres gens qui t’ont influencé?

Mes parents écoutaient beaucoup de musique. J’ai grandi avec Prince ou encore Nina Hagen… Vers l’âge de 10 ans, j’ai commencé à écrire des textes de chansons. Petit à petit, ça a germé. C’était vraiment une évidence. Après ce qui est moins évident, c’est les moyens pour y arriver.

Beaucoup de ceux qui tournaient sur la platine de mes parents… Des gens comme Patti Smith, New Order. Plus tard, j’ai découvert Björk. Ça a été une grande révélation! Sinon, j’aime beaucoup Jérôme Minière, que vous connaissez bien parce qu’il s’est exilé chez vous… En fait, c’est assez vaste.

Et est-ce que la vie quotidienne est une source d’inspiration?

Non, ce serait plutôt l’inverse en fait. C’est plus une envie de sortir du quotidien qui me pousse à écrire, à vouloir fabriquer mon propre cocon.

Ta musique à l’air de beaucoup prendre appui sur des concepts esthétiques forts…

Euh, je ne sais pas. Peut-être parce que j’aime les artistes qui le font, qui créent un univers autour d’eux. Michael Jackson, par exemple, c’est un cas énorme, mais tu vois ce que je veux dire. Je pense aussi à Nosfell. Il est allé jusqu’à créer sa propre langue. Ses chansons s’approchent énormément de la forme du conte. Sinon, c’est le cinéma, parce qu’il y a aussi ça.

J’aime beaucoup Tim Burton, les films de Caro et Jeunet. Leur esthétique est très marquée, immédiatement identifiable. L’artifice est au service d’une histoire et de ses personnages. C’est ça qui est intéressant… Le fait de se maquiller, de se déguiser. Ca permet de faire passer quelque chose d’autre.

C’est peut-être pour ça que dans ta manière de composer c’est rempli de sons, de divers rythmes, de superpositions. C’est une structure différente. D’où est-ce que tu pars quand tu enregistres?

Au départ, je travaille au clavier pour créer une base d’accords, puis progressivement les arrangements découlent. J’habille la chansons au fur et à mesure en recherchant des sons. Ça peut être des choses idiotes comme des couvercles qui s’entrechoquent, des bruits de bouche. Parfois, les idées viennent par hasard. Sur un morceau par exemple, j’ai fait tomber ma webcam, alors que j’enregistrais. J’ai trouvé le son intéressant et du coup, j’ai gardé le bruit du choc… En fait, c’est la somme de ces petits détails qui me permet de créer des rythmiques et une ambiance.

Dans le fond c’est une espèce de collage sonore. Est-ce que tu as une idée d’où tu t’en vas quand tu commences à assembler une pièce?

Oui, pour les accords, mais l’ambiance du morceau découle d’une recherche. C’est des essais, ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas. Je n’ai jamais une idée claire de ce que je vais faire. Je crée les arrangements au fur et à mesure et les choix s’impose d’eux-mêmes.

Tu comptes beaucoup travailler la scène pour les prochains temps?

Oui, j’adore le travail de studio, mais je trouve très intéressant d’adapter les chansons à la scène, travailler avec des musiciens. Et puis un concert, c’est l’occasion d’attraper les gens, de les emmener avec soi. C’est beaucoup plus direct, plus intense.

Et tu me disais que tu avais fait deux spectacles jusqu’à maintenant, ça c’est bien passé?

Le premier s’est très bien passé. C’était dans une toute petite salle, Les dessous de Ginette à Montmartre. Il y avait une cinquantaine de personnes et puis au second, on a doublé. C’est pas mal.

C’était des gens que tu connaissais?

Oui, une partie, mais il y avait beaucoup de gens rencontrés sur Internet. Ça se passe par le bouche-à-oreille, mais il y a aussi Myspace qui aide beaucoup.

Où est-ce que tu t’en vas?

Là, ma priorité c’est de remplir l’agenda et de vendre le projet, de faire parler de ce que je fais. Pour la musique, je n’ai pas envie de refaire ce que j’ai déjà fait. Je veux évoluer, aller vers quelque chose de plus acoustique, intégrer des instruments comme le violoncelle. Je ne veux pas m’enfermer dans l’électro. J’ai envie de tenter des collaborations, d’essayer de nouveaux trucs.

Haut de Forme sortira au mois de juin sous le label japonais Rallye Records.

www.dattolaweb.com
www.myspace.com/dattola


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