Francis Ducharme: un acteur qui ose et qui danse

Numéro 52

10 au 16 novembre 2006

Un texte de
Marie-Ève Corbeil

Publié le 10 novembre 2006 dans
Culture, Danse

Francis Ducharme: un acteur qui ose et qui danse

Francis Ducharme, un artiste iconoclaste? Même si ses débuts professionnels sont récents, c’est clair que ce jeune comédien n’a pas froid aux yeux…

Par dessus tout, celui-ci ne craint pas prendre des risques et choisit de se frotter à l’univers de créateurs assez «trash». Il aime particulièrement s’aventurer du côté de la danse. P45 était intrigué par son parcours hétéroclite et désirait découvrir ce qui le fait courir…

Ayant été l’objet du désir de Marc-André Grondin dans C.R.A.Z.Y., Francis Ducharme délaisse maintenant le mambo pour se consacrer à la danse contemporaine. Suite à sa rencontre déterminante avec le chorégraphe Dave St-Pierre, il partage dorénavant son temps entre la danse et le jeu. Grâce à sa participation à la poignante pièce La pornographie des âmes, ce dernier s’est rapidement fait connaître des amateurs de danse… Cet automne, l’acteur et danseur remet ça dans Un peu de tendresse, bordel de merde, le nouvel opus de St-Pierre.

Depuis la fin de ses études, cet interprète talentueux a eu la chance de travailler sur un bon nombre de projets forts stimulants. En ce moment, il prend part à la tournée de ces deux créations phares et vient de terminer le tournage du film La Capture de Carole Laure.

Ses débuts

«C’était difficile de prétendre être quelqu’un d’autre à 17 ans. Je ne savais même pas qui j’étais… À cet âge, je n’avais pas une mission artistique et voulais seulement jouer. J’étais très jeune et ne savais pas pourquoi je le faisais. Je pense finalement que j’ai appris à me connaître à partir de personnages qui m’ont aidé à voir des choses enfouies en moi.»

Un jeune homme occupé…

«Ça fait trois ans et demi que j’ai fini l’école et tout s’enchaîne très vite. L’été dernier, je participais à trois spectacles en même temps. Je trouvais ça le fun d’explorer les limites jusqu’où je pouvais aller avec la fatigue. Souvent, il y avait un lâcher-prise et un abandon… C’est fascinant le jeu. Tu peux avoir dormi sur la corde à linge, mais ça va être extraordinaire sur la scène. C’est mystérieux de réussir à créer quelque chose avec l’autre au cours de la représentation.»

Qu’est-ce qui t’allume, Francis?

«J’ai vu plein de trucs en Europe pendant que je faisais la tournée avec Dave St-Pierre. Le chorégraphe Vin Vandeykubus est carrément hallucinant et me plaît particulièrement. Les metteurs en scène et chorégraphes flamands: les Ballets C de la B, Alain Platel, et Jan Fabre sont des artistes complètement destroy. J’estime qu’il n’y a plus une forme d’art qui se suffit et admire ces gens qui plongent dans l’autre pour mieux se nourrir. La pureté des genres n’existe plus. L’avenir est dans l’amalgame et les recherches de nouvelles avenues sont maintenant réalisées à divers niveaux.»

Sa passion pour la danse

«Depuis toujours, je bouge beaucoup et aime les trucs intenses dans le corps. Je suis fasciné par les états qui altèrent le corps et où il est tordu, laid. Au théâtre, on est un peu enfermés… J’apprécie la danse, ce territoire où les mots ne suffisent plus. J’ai fini par rencontrer le chorégraphe Dave St-Pierre et il capote sur la matière de l’acteur, même si c’est un danseur à la base. Dave préfère généralement que l’énergie prime par rapport à l’esthétisme. Le danseur a une espèce de finalité tandis que l’acteur est plus dans l’énergie, le côté brut du mouvement.»

Sur l’incontournable Pornographie des Âmes

«La pièce est un objet étrange, mais cette espèce énergie et parole jeune, ça me touche comme interprète. Dave nous pogne aux tripes pour montrer après que ce n’est pas vrai. Ça ramène quelque chose de ludique dans le jeu. On fait semblant, mais une vérité émane de tout ça.

Le show est aussi extrêmement exigeant physiquement. Le dosage n’est pas de mise. Faut être en forme puisque c’est violent et ça fait mal au corps. Puis la proposition de départ est franche et simple. Elle est répétée jusqu’à ce que ça devienne insoutenable, touchant, et pathétique. On est habitués aux tableaux courts et Dave joue sur la durée. Par exemple, un gars complètement nu danse sur Bach et c’est tout. Ça marche et c’est efficace… Le public est libre d’inventer sa propre histoire et aucun sens n’est donné au préalable.»

Sur les critiques

«À Amsterdam, un journaliste nous a qualifiés d’interprètes pré-pubères dirigés par un chorégraphe stupide. Mais à côté, certaines critiques dithyrambiques soulignent que c’est une grande pièce contenant des thèmes universels. C’est correct que ça ne fasse pas l’unanimité… Après le spectacle, les gens qui n’ont pas aimé nous interpellent lors des discussions informelles. Parfois, ça donne lieu à des échanges weird…»

Sur l’inédite Un peu de tendresse, bordel de merde

«L’œuvre sera présentée en première mondiale dans un gros festival de danse en Allemagne et contient un plus grand nombre de séquences dansées. On est environ une vingtaine d’interprètes et les acteurs sont plus nombreux que les danseurs. J’estime que Dave St-Pierre a gagné en maturité avec cette pièce. Sa gestuelle est plus fluide et moins syncopée. C’est pas mal trash et ça constitue en une ode à la beauté. Le thème tourne autour de l’urgence de recevoir. Le pauvre être humain a quand même besoin de tendresse après la fin d’une relation amoureuse… »

Sur sa nudité artistique…

«La nudité est un peu moins présente dans Un peu de tendresse, bordel de merde. Elle permet néanmoins un certain état de proximité. Ce type de nudité est plutôt clinique et non érotisante. Comme j’ai un bon bagage de tout nu, j’essayais de faire des parallèles avec La Capture de Carole Laure que je viens de terminer de tourner. Mais c’est complètement différent… J’y joue le copain du personnage incarné par Catherine deLéan et notre couple a une sexualité complètement débridée et animale…»

La pornographie des âmes sera présentée les 16 et 17 novembre à la Maison de la culture Frontenac.

La première montréalaise d’Un peu de tendresse, bordel de merde se déroulera dans le cadre du Festival TransAmériques au printemps 2007.


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