Rien à faire, ça ne voulait pas lever. Elle était toute mouillée. J’étais étendu de tout mon long, espérant m’ériger dans l’espace. Je voulais tellement goûter, du plus profond de mon être, à cette petite extase qui, semble-t-il, caractérise l’activité.
Rien. Impossible de faire lever ce corps terrien, de synchroniser ces pattes aux ondes de la vague. Impossible de surfer. C’est sûrement la planche, le vent, le burger que j’ai mangé, que je me disais, la tête entre les deux coudes.
C’était il y a dix ans, à San Diego, avec les amis. La vie continua, les cheveux poussèrent et l’extase se blottit contre l’inconnu. Puis, il eut Hawaii.
Après quelques mois à tâter du bout des doigts, et des pieds, ces îles paradisiaques, je quittai l’endroit. La tête enfouit plus profondément. Entre les genoux cette fois. Impossible de surfer. Gênant. Difficile à avaler, comme un bouillon d’eau salée.
Puis, il y eut la rencontre d’un certain Milt, au Costa Rica. Il y a tout près de trois ans. Il me demanda, avec ce sourire qui transperce toute inquiétude, de le suivre dans l’océan avec ma blancheur, mon insécurité, et le surf. Nous fîmes un deal. Si tu te lèves, tu m’achètes une bière, qu’il me dit. Ce jour-là, je me levai. Et je payai. Il faut toujours payer les bières dues. Parce qu’on ne sait jamais.
Maudit Google
Quelques mois plus tard, probablement parce que son sourire de surfeur me manquait, je tapai son nom sur Google. Maudit Google. J’apprends que mon ami est mort, à la suite d’un accident. Le gars qui me permit de surpasser mon impuissance «surfienne» n’est plus. Bizarres de même, les rencontres.
Probablement pour rendre un certain hommage à mon ami, je décide de pédaler vers Lompoc, où se trouve Skydive Santa Barbara. C’est pour ce centre de parachutisme
que Milt travaillait (ou en était propriétaire?), durant de nombreuses années. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai le goût d’aller voir ça. Bizarres de même, les
décisions.
Pour l’atteindre, cette petite Lompoc, je me perds. Encore. Un soleil de plomb tape sur mon crâne cuivré. J’emprunte la sortie de Los Alamos et m’arrête au premier resto. Cette petite localité a probablement adopté une loi anti-stress. Paisible, surtout avec cette fin de journée qui semble vouloir s’étirer.
À la dérive, accroché au Pinot noir
Je commande un Pinot noir, comme dans le film Sideways et la petite aiguille cesse de trotter. Celle de ma tête et celle de l’horloge. Je ne sais combien de minutes que le temps se fige, parce que la petite aiguille a pris une pause. Je viens de le dire. Alors je me laisse absorber par le vin. Mes pensées se mettent à trotter, au rythmes des gorgées.
J’enfourche mon vélo, en prenant soin de laisser mon état de semi-ébriété dans ce petit village. À voir la panoplie de vignobles, les habitants ont sûrement vu pire.
La route se met à monter vers le ciel. C’est l’enfer. Je pompe, je sue et je crache. Une fois ces belles actions accomplies, je me ferme et pédale. La route est jolie et je sais qu’une fois arrivé au sommet, ça va descendre comme c’est pas permis. Et ça descend. Et c’est permis, puisque je le vis.
Quand j’arrive devant la pancarte de Skydive Santa Barbara, il se produit exactement ce à quoi je m’attendais. Rien. Une pancarte, une porte fermée et un chien qui jappe. Je m’approche de la barrière qui délimite l’aire de circulation des avions et j’aperçois une vingtaine de Piper Cubs, tous jaunes. Comme des serins.
De nombreux propriétaires de ce petit coucou (considéré un peu comme le Volkswagen Beetle des avions) se sont donné rendez-vous. Le détour en vaut la peine, même si je ne pleure pas.
Le lendemain, je quitte Lompoc, direction Santa Barbara. Content. Un peu niais. Pour emprunter une forme plus rare, plus colorée, serin.
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