Il fait de moins en moins froid au Québec

Numéro 205

18 mars au 14 avril 2011

Un texte de
Miguel Tremblay

Publié le 18 mars 2011 dans
Idées, Société

Tout semble indiquer que le réchauffement climatique n’épargne pas le Québec. Pour une deuxième fois, le golfe du Saint-Laurent était libre de glace à la fin du mois de février cette année. La première fois, c’était l’an dernier. Mais où est Brigitte Bardot?

Cette absence de glace est inhabituelle et a des répercussions particulièrement négatives sur la population de phoques communs. En effet, les femelles phoques ont pour habitude de mettre bas sur ces glaces à cette époque de l’année. Où vont-elles s’il n’y pas de glace? Elles mettent bas sur la plage, où les blanchons sont exposés aux prédateurs venant des terres, ou encore dans l’eau, où le blanchon risque de se noyer.

On ignore combien de blanchons sont morts cette année et l’année dernière par ce phénomène, mais avec une population de 6 millions d’individus, dont la moitié de femelles qui mettent bas annuellement, il est probablement question de plusieurs milliers de blanchons morts.

Or, point de Brigitte Bardot ou de Paul McCartney à l’horizon pour reprocher au gouvernement que rien ne soit fait pour protéger ces pauvres blanchons. Un blanchon qui se noie silencieusement, par absence de glace sur le golfe, c’est moins frappant qu’une marque de sang sur la neige immaculée. On ne traverse pas l’Atlantique pour si peu.

Cet hiver, la baie d’Hudson s’est couverte de glace à la mi-janvier, un mois plus tard qu’à l’habitude. C’est que si on regarde les autres surfaces de glace autour du Québec, on constate aussi une couverture moindre qu’à l’habitude.

En Arctique, en décembre et janvier derniers, on a battu des records de minimum de glace. Pour le mois de février, le record n’a pas été battu, il a été égalé (source).

Sur le territoire du Québec, on observe partout une diminution des journées froides. De Kuujjuaq à Montréal, en passant par Maniwaki et Bagotville, le nombre de journées froides a chuté au cours des 30 dernières années (ligne rouge sur les graphiques).

Pour tous les graphiques, les données proviennent des Archives nationales d’information et de données climatologiques d’Environnement Canada.

Nombre de jours/années de -10 °C ou moins à Montréal (1953-2010)

Nombre de jours/années de -30 °C ou moins à Bagotville (1942-2010)

Nombre de jours/années de -30 °C ou moins à Maniwaki (1953-2010)

Nombre de jours/années de -30 °C ou moins à Kuujjuaq (1947-2010)

Pire, si on regarde les 20 dernières années, on constate que la tendance s’accélère, ce qui correspond aux scénarios du réchauffement climatique.

Nombres des journées à -30 °C ou moins à Kuujjuaq: 1980-2010 (gauche) vs 1990-2010 (droite)

Nombres des journées à -30 °C ou moins à Bagotville: 1980-2010 (gauche) vs 1990-2010 (droite)

Que pouvons-nous faire?

Ces observations indiquent que le réchauffement climatique, ça se passe ici et maintenant. L’exemple des blanchons n’est que la pointe de l’iceberg. Les effets d’un tel réchauffement sur la faune et la flore de tout le Québec sont pour la grande partie encore inconnus, mais ils sont certainement majeurs. Les plantes pousseront plus au nord que leur zone habituelle, et les animaux qui s’en nourrissent suivront… tout comme leurs prédateurs.

Il faut tirer un enseignement de l’effet qu’a eu Brigitte Bardot par sa prise de conscience sur ce qui se passait dans le golfe du Saint-Laurent. Tout en étant étrangère au pays, elle a réussi à faire imposer un embargo sur les produits du phoque partout en Europe. Ce n’est pas rien.

On peut dès lors penser qu’un peuple qui défend tout un écosystème, chez lui, et qui élit son propre gouvernement peut accomplir encore plus. Il ne reste qu’à s’en convaincre.


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2 commentaires
  1. Naibed says:

    En attendant, il fait de plus en plus froid en Europe, et ceci ce confirme, depuis l’an 2000, où la neige des hivers de mon enfance refait une apparition de plus en plus prégnante, hiver après hiver. Preuve que le réchauffement dit «Global» est une ineptie, comme je l’ai toujours mentionné.

  2. @Naibed: La fonte record de la calotte polaire a eu pour effet de changer la circulation hémisphérique au cours de l’hiver. Cela a eu pour conséquences que l’Europe a éprouvé des vents plus froid qu’à l’habituel. Dans ce contexte, il est vrai de dire que localement pour l’Europe, il y a eu un refroidissement pour l’hiver dernier. Je vous invite à consulter cet article pour plus d’information à ce sujet:
    http://nsidc.org/arcticseaicenews/2011/020211.html

    Cela dit, le concept du réchauffement climatique est un effet global, c’est-à-dire que l’atmosphère se réchauffe «globalement», et dans le temps et dans l’espace. Il peut donc y avoir des effets d’une saison qui viennent contredire la tendance globale, mais cela n’invalide en rien le réchauffement climatique. C’est pourquoi il est important de comparer des données sur plusieurs années et de regarder les tendances, comme il est fait dans cet article, et non pas seulement une année donnée, encore moins une saison.

    D’autre part, le réchauffement climatique parle d’augmentation de température, pas de précipitation. Assimiler l’augmentation des précipitations de neige à une diminution de température est une erreur.

    Pour tenter de s’en convaincre, notons que les chutes records de neige pour Montréal on surtout lieu les mois les plus chauds de l’hiver, en décembre et en mars (http://ptaff.ca/blogue/2007/02/15/les_10_plus_grosses_tempaotes_de_neige_d/). C’est un phénomène normal, puisque plus il y a de chaleur dans l’air, plus il peut y avoir d’humidité, dont plus il peut y avoir de précipitation. Le fait que ce soit sous forme de neige au sol tient surtout de la température au sol au moment du changement de phase.

    Afin d’encore mieux se convaincre, on peut aussi dire que l’endroit où il fait le plus froid au Canada, est en fait un désert:
    http://ptaff.ca/blogue/2008/09/30/le_dsert_du_canada/

    Comme quoi, ce n’est pas parce qu’il fait froid qu’il neige. Et ce n’est pas parce qu’il neige qu’il fait froid.

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