L’espace littéraire du Quartanier

Numéro 18

7 mai au 3 juin 2004

Un texte de
Julie Parent

Publié le 7 mai 2004 dans
Culture, Livres

p_livres_quart.gifLe 3 mai dernier, la maison d’édition Le Quartanier lançait son sixième roman (celui de Christof Migone), ainsi que le deuxième numéro de sa revue homonyme.

Né en septembre 2002, Le Quartanier s’inscrit un peu, en tant que projet, dans cette tendance qui consiste à créer son propre espace, lorsque ceux qui existent déjà ne conviennent pas à notre désir. Pour cette raison – et pour l’avancement de notre culture – nous avions envie d’en savoir un peu plus sur cet espace littéraire.

I. Définition: animal singulier
«Quartanier» est le terme utilisé pour désigner un sanglier de quatre ans. Ce n’est pas encore une bête adulte (cinq ans), mais il y a un certain temps que ce n’est plus un marcassin.

II. Famille: poésie exploratoire; cousin de Cselon
Les éditeurs Éric de Larochellière et Christian Larouche, et presque tous les auteurs qui sont publiés au Quartanier, font partie de la famille littéraire qui a fondé Cselon (cselon.com), une revue montréalaise de poésie exploratoire.

«Il y a eu une connivence de groupe pour créer une revue, qui nous a menés à dire: “il faudrait un lieu d’édition qui soit en mesure de développer des projets de livres qui correspondent à notre désir”, explique Éric de Larochellière. On va vers des œuvres atypiques, exploratoires, c’est le genre de lecteurs que nous sommes.»

On a déjà comparé Le Quartanier à la maison d’édition française P.O.L., en ce sens que les écrits bousculent le langage, le poussent dans des zones extrêmes, jusqu’à le casser, parfois. «On ne propose pas des choses, je pense, qu’on trouverait au Noroît, ou aux Herbes rouges, mentionne Éric de Larochellière. C’est sain qu’il y ait différents lieux d’édition avec différents projets éditoriaux, c’est ça une littérature saine, quand tout le monde ne se replie pas sur une ligne centrale, qui serait la plus prudente…»

III. Apparence: graphisme éclaté – ou – on peut aussi juger un livre à sa couverture
Après seulement un an d’existence, la maison d’édition a déjà gagné deux prix Grafika. Pas étonnant, quand on sait que l’équipe du Quartanier compte une directrice artistique, Élise Cropsal. Ici, l’attention consacrée à l’apparence n’est pas que simple coquetterie. Il s’agit plutôt une vision qui s’inscrit dans l’art de l’édition, où l’objet devient, en quelque sorte, le prolongement matériel de l’œuvre écrite.

«C’est incroyable tout le travail qu’on met là-dedans, souligne Élise Cropsal. On ne compte pas notre temps pour arriver à faire des beaux objets, des beaux livres, à l’intérieur et à l’extérieur. Pour 2X2 de S.Savage (récipiendaire d’un prix Grafika), à partir du moment où on a décidé de la couverture du livre, il y a eu un travail à faire avec le poète qui a réécrit un texte pour le mettre sur la couverture.»

Cette façon de faire, plutôt rare au Québec, se retrouve chez un certain nombre de maisons d’éditions anglophones, dont la torontoise Coach House Books (chbooks.com), qui «publie» également des livres en ligne. «Elle fait un travail incroyable sur le plan de la poésie, mais aussi sur la couverture, ce qui donne de très beaux livres, indique Éric de Larochellière. Ils ont un designer qui fait tous les livres, qui travaille la typo, qui fait la couverture. Cette culture est plus fréquente dans le monde anglo-saxon.»

IV. Territoire: pas juste le Québec
«L’une des raisons pour lesquelles on a fait la maison d’édition, c’est pour faire découvrir la poésie contemporaine anglo-saxonne, qu’elle soit britannique, canadienne, américaine», indique Éric de Larochellière. Le deuxième numéro de la revue Le Quartanier comprend d’ailleurs des traductions de cinq poèmes anglophones.

«Mon rapport à la littérature n’est pas seulement lié au Québec et au petit milieu de Montréal, poursuit-il. Je suis des affaires qui se font en France, à Toronto, à Vancouver, à New York, à Londres. Je m’intéresse également à ce qui se fait chez des petits éditeurs français loin de Paris, qui sont menés par des jeunes, donc toutes sortes de mouvements qui peuvent être plus ou moins alternatifs, plus ou moins expérimentaux, exploratoires.»

V. Espérance de vie: dans le domaine du long terme
Si Le Quartanier se consacre pour l’instant à la poésie, les éditeurs voudraient éventuellement intégrer le roman à leur palette. «Mais du roman qui va travailler le langage, qui va avoir une exigence de forme, qui ne sera pas nécessairement le même type de roman qu’on trouve chez Lanctôt ou ailleurs, lieux qui font déjà très bien leur travail à ce niveau, précise Éric de Larochellière. Et éventuellement, si on a les moyens, on aimerait faire de la réédition de textes québécois qui nous passionnent. On veut se donner environ 10 ans pour jeter des bases très solides, pour ouvrir la palette de ce qu’on va publier comme textes.»

«Au fond, conclut-il, l’idée est vraiment de créer une base de travail pour que les auteurs puissent se développer à long terme. C’est une maison d’édition où leur œuvre va se déployer tranquillement et non pas un lieu où on va leur casser les pieds sur quoi que ce soit; on leur laisse leur liberté.»


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