La chronique de quartier

Numéro 202

4 au 17 février 2011

Un texte de
Camille DT

Publié le 4 février 2011 dans
Chroniques, La chronique de quartier

Mes parents se sont établis dans le bungalow familial à ma naissance. Je n’ai jamais connu autre chose que le cul-de-sac de la rue Voltaire et ses alentours.

J’ai appris à bien connaître le quartier des Oiseaux et ses maisons préusinées, le quartier des Écrivains et sa moyenne d’âge de 64 ans ainsi que le quartier des Vingt-et-un et ses garages doubles.

Rien de trop impressionnant dans mon coin jusqu’à maintenant, mais ce qui mérite d’être relevé, c’est la quantité impressionnante de commerces à jeux de mots que le Montréalais de souche ne connaitra jamais, considérant les 461 kilomètres qui le séparent du Royaume du Fjord. Montréal a son lot de magasins aux noms douteux, mais le Saguenay n’est pas en reste.

Après maintes recherches dans le bottin et des heures de dépouillement, j’ai établi qu’on peut classer les commerces du Saguenay selon les catégories suivantes:

K et Y comme dans exotYK

On retrouve dans cette catégorie une majorité de salons de coiffure, cliniques d’esthétiques et autres repères de Sandra. Dans la plupart des cas, on remplace dans les prénoms trop communs les barbants «c» et les ennuyeux «i» par une lettre jazzée. Les plus conservateurs accentueront de un «y» ou deux leur nom de commerce tandis que les plus novateurs se laisseront tenter par les trémas et la multiplication.

Dans les cas les plus avant-gardistes, on identifie l’Unikxentrik, Coiffure Kävéro et Coiffure Mymozza. Coiffure Kävéro se démarque facilement du lot avec sa combinaison particulièrement habile des prénoms des deux propriétaires, Karen et Véronique. Du côté des méchées plus puristes, Coiffure Kathya-Lina et la boutique Douce Karesse sortent du lot.

Figures de style 101

Rien ne vaut un bon vieux calembour lorsqu’on ne veut attirer que la crème des clients potentiels. Une fois de plus, on trouve majoritairement dans ce modèle des salons de coiffure. Les spécialistes de la tondeuse et des photos défraîchies de Patrick Labbé sortent le grand jeu en utilisant «gars», plus chaleureux qu’«homme», à toutes les sauces.

Parmi les favoris, Coiffure Homégars et Coiffure Beaugars. Pour la gente féminine, on préfère inspirer aux clientes la satisfaction d’un par-être attrait-yant comme dans les cas d’Un Brin d’Elle Coiffure, du salon de coiffure Renée-Sens et de Pro’peau d’Esthétique. Deux restaurants se taillent habilement une place dans ce classement, le sympathique Allô à la Bouche et le coquin Café Cr’aime.

Il ne faudrait pas oublier l’effort de quelques galeries à alléger le monde trop sérieux de la nature morte en nous proposant des vitrines pour l’art champêtre aux noms évocateurs comme le Fouin’Art ou l’Artmonie 2006.

Full intense

La catégorie pêle-mêle de ce classement n’a pas de thème bien défini, mais regroupe néanmoins quelques exemples à suivre pour les entrepreneurs. On pense à Extrême Pita Racine et ses classiques du Proche-Orient full chill, à la binerie Mamours et ses plats mijotés avec mamour ou bien au Fine-Gueule Pizzéria, la classe au menu.

Du côté des boutiques pour dames, Guylaine et Charlène nous ouvrent les portes de Guilen & Char’Lie, palace de la maille à 300 piastres. Pour les escapades à Puerto Plata, Bo Chapo Bo Maillot propose, en plus d’une orthographe funky, un vaste choix de vêtements de bain, et ce, en toute saison.


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4 commentaires
  1. Camille DT says:

    Mise à jour: Je j’ongle, nouveau salon de manucure sur le très chic Boulevard St-Paul

  2. Cirillo BABOUNE DI TOLOSA says:

    Pas eu le temps ce matin d’éplucher l’ensemble des textes qui sont épinglés sur les murs de P45, mais j’aime l’idée de cette chronique.

    Je suis moi-même un adepte des figures de style « professionnelles » que je juge à l’occasion douteuses – fantaisistes – maladroites – incongrues – ridicules – approximatives – déplacées ou même vulgaires et cela, sans pour autant savoir exactement pourquoi…
    - Est-ce parce que je ris de les lire ou est-ce que parce j’enrage de voir se commettre des gens dans la communication publicitaire/visuelle avec autant de satisfaction et autant de conviction que la mièvrerie ou l’insignifiance qu’ils nous proposent est la meilleure façon de rejoindre la clientèle qu’ils ciblent : nous ?
    …mais c’est vrai que « Salon d’esthétique Marie-Catherine Pelchat » ça sonne sans doute moins bien que « Bronzage Tropykal, Cyndy » dans les oreilles de tous les imbibés de cet univers artificiel « télé-réalitaire », teinté de cheap porn, de commerce outrancier de soi-même, de « vraies valeurs » et surtout-surtout : d’une culture desséchée, décadente ou même plutôt « déchéante », égarée au milieu d’un désert intellectuel à l’étalement exponentiel avec, malgré cela, cette idée magique et bien ancrée d’avoir quelque chose de sensé à exprimer.

    Mais à quoi bon la culture, la découverte, la connaissance, la différence, l’évolution dans l’opinion, l’introspection, l’autocritique, le dialogue, le progrès ? …souvenons-nous que le but premier quand on entre dans un salon de bronzage est quand même celui de colorer sa peau en orange pour… « avoir l’air » de quelqu’un d’autre ou plutôt, de quelque chose de mieux…
    Quand les humains s’extirperont de la tornade poisseuse dans laquelle ils sont englués, peut-être (re)découvriront-ils que quand la madame s’assoit seule au piano ou quand le monsieur pleure sur le corps sans vie de son amoureuse au milieu d’une scène sans étoiles ni bruit, cela mérite un instant d’attention. …et s’étonneront-ils – peut-être – que le spectacle de l’émotion programmé juste avant les pubs, n’en est plus un d’acceptable.

    Pourquoi ce commentaire, enfin ?
    - Parce que les aberrations que nous lisons régulièrement sur les murs de nos villes dépendent d’un univers de pensée, d’habitus et de réflexes aussi pauvre que les écrits qu’ils engendrent. Ces relevés que vous faites dans votre chronique sont des symptômes sociaux, les escarres d’une humanité à l’esprit alité et perfusé. Percluse de dettes, obèse de consommation inutile, bouffie de satisfaction et d’illusion.

    De façon moins philosophico-sociologique en terminant :
    Je suis d’un monde où les mots ont une valeur inestimable. Quand on connaît – ou croit maîtriser – leur pouvoir évocateur, mal les utiliser est comme faire ombrage à ceux qui auraient mieux « fait l’affaire » pour exprimer ce qui devait l’être et dans ce monde, la publicité, le design graphique, le placement produit (etc.) sont des métiers qui requièrent une formation « sérieuse » afin de développer ses talents en la matière et en acquérir les compétences minimales pour exercer ces-dits métiers honorablement.
    S’afficher commercialement, pour moi, ne se cuisine pas sur un coin de comptoir à la sauce TVA/gros bon sens/tout le monde il est beau/bon et brillant, non… non.

    Tout cela dit : personne ne m’oblige à aller me transformer en « Douche Bag » dans le salon tropykal de Cyndy ni ne m’empêche de sourire en en parlant.

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