La définition du cinéma américain selon Bazzo.tv

Numéro 104

22 au 28 février 2008

Un texte de
Élise Dion

Publié le 22 février 2008 dans
Cinéma, Culture

La définition du cinéma américain selon Bazzo.tv

Les combats sont à la mode. L’un d’entre eux se déroulait cette semaine à Bazzo.tv où l’on tentait de consacrer le meilleur film américain de tous les temps. Mais qu’est-ce qu’un film américain?

Jeudi, le titre honorifique a été octroyé au Parrain II, défendu par Louis Champagne. Les autres panélistes étaient: Dany Laferrière (Annie Hall), Jean-François Lisée (Mr. Smith goes to Washington),Valérie Blais (The Shining) et Diane Lemieux (La liste de Schindler).

1. D’abord, tenez-le-vous pour dit, un film américain, c’est narratif et ça donne un feeling
«Il faut que l’histoire soit éternelle. Il faut que la narration soit bonne, que les acteurs soient attachants. Ou révoltants. Il faut qu’ils génèrent une émotion.»

Jean-François Lisée, lyrique.

2. Un film américain, c’est mieux quand c’est adapté d’un livre
— Annie Hall aurait gagné à être adapté d’un livre…
— Il y aurait eu encore plus de mots. Il ne faut pas pousser quand même.

Jean-François Lisée, littéraire.

3. Un film américain, ça réussit à être bavard tout en ayant plusieurs «changements de lieux»
«Il a tout fait de manière ambiguë dans ce film. C’est un film qui paraît bavard dans lequel, pourtant, il y a le plus grand nombre de changements de lieux qu’aucun des autres films. Ça bouge sans cesse dans l’extrait qu’on a vu. Ils étaient dans l’appartement. Ils sont dans la rue. Ils marchent pour parler avec des gens.»

Dany Laferrière, ambigu, à propos de Annie Hall.

4. Un film américain, il faut que ce soit mondial

«Je l’ai “revisionné” hier encore et je me disais: c’est bon, moi, j’adore ça! Mais c’est pas un public large, mondial.»

Valérie Blais à propos de Annie Hall.

5. Dans un film américain, il faut que le personnage dise «Je»

« Le seul personnage qui dit “Je” dans tout le cinéma américain, il s’appelle Woody Allen».

Dany Laferrière, cinéphile.

6. Un film américain, bien entendu, ça doit être «pas plate»

«Toute la première partie du film est assez plate et à la limite mal jouée.»

Jean-François Lisée, à propos de Shining.

7. Un film américain, ça ne comporte aucun piège

— Ça été un film important, mais il y a un piège: cette immigration qui est associée à la mafia. C’est…
— C’est comme Le Chaperon rouge, associé aux juifs avec les grands méchants loups.»

Diane Lemieux, l’âme politique, à propos du Parrain II.

8. Enfin, règle des règles, un chef-d’œuvre doit être un chef-d’œuvre AU COMPLET

— C’est un chef-d’œuvre au 3/4. C’est-à-dire qu’on a vraiment le chef-d’œuvre; le froid, l’enfermement et tout. Et dès qu’il a pris la hache, moi j’ai lâché.
— Mais comment voulez-vous tuer quelqu’un? Il faut bien que ça finisse dans le sang!
— Moi, la hache dans un film d’horreur, je lâche.
— Ah oui?
— Je trouve que c’est un cliché.

Danny Laferrière, prude, à propos de Shining.

Et en bonus, pour ceux qui maîtriseraient déjà les règles précédentes et qui voudraient aller (un peu) plus loin:

— C’est le petit frère, Michael Corleone, qui prend la place de son frère, John Cazale. Ce qu’on découvre à force de le voir, c’est que John Cazale est assis sur une chaise. C’est les décisions de Coppola… Sur une chaise molle, basse, qui rebondit.
— C’est vrai qu’il n’y a pas une telle chaise dans M. Smith

Louis Champagne expliquant à Jean-François Lisée une leçon de cinéma. (Louis que l’on remercie d’avoir tenté quand même de ramener le débat à des questions esthétiques; on parlait bien d’un art, non? Euh, non.)


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  1. Stephane says:

    Et après, je me demande pourquoi j’ai encore espoir que la culture cinématographique prenne son envol dans les médias québécois.

    C’est idiot sur tellement de niveau que je ne sais pas par où commencer.

    M’enfin!

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