Férocement drôle. Drôlement féroce. Ces deux mots, dans un ordre ou dans l’autre, décrivent parfaitement Team America, le dernier film de Matt Stone et Trey Parker, les deux géniaux créateurs de South Park. Encore une fois, ces deux diables ont concocté un mélange qui rentre dans le corps comme une brosse au scotch, comme de l’acide ingurgité à La Ronde.
Je me suis souvent désolée, depuis que je connais South Park, du fait qu’il n’existait pas, dans la culture populaire au Québec, de créateur aussi extrême, vulgaire et hilarant que Matt Stone et Trey Parker. Mais je me trompais, ce n’est que tout récemment que je l’ai réalisé.
Il y a ici quelqu’un dont l’esprit rappelle beaucoup, à mon avis, celui qui anime South Park. Il s’agit de Mononc’ Serge, l’homme qui a osé profaner notre fierté nationale Céline, en disant carrément que sa musique, «c’est de la marde»; qui a chanté «Fuck You» à la génitrice de la «fierté nationale»; qui a écrit une chanson pornographique mettant en scène la p’tite rousse de la série Anne la maison aux pignons verts.
Mais c’est avec L’Académie du massacre, née de la rencontre avec les métalleux d’Anonymus, que Mononc’ Serge a atteint des sommets d’agressivité, sans jamais sacrifier la connerie pure – un art qu’il maîtrise à merveille, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Grâce à la musique d’Anonymus, les chansons de Serge Robert ont pris de l’expansion jusqu’à devenir un violent orage de heavy métal, craché en show par un gros nuage noir d’amplis. En terme de force de frappe, L’Âge de bière et L’Être en tant qu’être sont dures à battre; on pourrait les comparer à deux locomotives qui vous foncent en pleine face.
Cette force vient également du fait que Mononc’ Serge a un charisme indéniable, et ça ne semble ni feint, ni même joué (ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas organisé). Quand Mononc’ Serge donne un show, on dirait même qu’il y a quelque chose de chamanique qui se réveille en lui. Cette énergie qui transporte les gens dans la salle et leur fait spontanément et sincèrement crier encore, cette drogue qui jaillit naturellement d’une personne, n’est-ce pas un peu ce qui différencie les rock stars des z’académiciens boostés au Viagra promotionnel?
Bien sûr, on peut toujours reprocher à Mononc’ Serge d’être trop vulgaire et interpréter cette vulgarité comme un manque de finesse, voire une paresse, une facilité langagière. Mais ce serait faute d’avoir perçu la cohérence de son discours et la mécanique irréprochable de son écriture. Et qu’y a-t-il de mal à être grossier?
Un philosophe allemand du 19e siècle, que nous ne nommerons pas ici, a déjà fait l’éloge de la grossièreté en ces termes : « On le voit, je ne voudrais pas que l’on sous-estimât la grossièreté, elle est de loin la forme la plus humaine de la contradiction, et au milieu de l’amollissement général, l’une de nos premières vertus. »
En cette période d’amollissement (parfois même de pourrissement) de la culture populaire, les chansons de Mononc’ Serge sont nécessaires à l’hygiène mentale. Ce n’est pas Madame Angélil qui devrait avoir le statut de fierté nationale, mais bien Mononc’. Pour le récompenser à sa juste valeur, on pourrait lui créer un poste de poète à l’Assemblée nationale, comme celui qui existe au Parlement d’Ottawa.
Ce nouvel emploi lui procurerait sans aucun doute une source inaltérable d’inspiration, pour notre plus grand bonheur. Peut-être nous raconterait-il comment ça s’est passé, au gouvernement Charest, quand tout le monde a pogné la bactérie C. difficile…
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