Paix. Une petite syllabe. Une grande signification. Qui se termine par un «x», comme si on voulait mettre un bec à la fin d’un mot rempli de sens.
Je quitte mon sac de couchage et me propulse hors de ma tente. Juste à temps pour le lever du soleil. Je me suis toujours demandé si le début du jour est aussi beau pour les daltoniens. Sûrement. De toute façon, la paix que ce moment dégage n’a rien à voir avec les couleurs. Absolument rien.
Je pédale dans la fraîcheur matinale. Il n’y a pas meilleur moment pour le vélo. Pas un chat ni un char sur l’autoroute. L’air frais se laisse respirer. Les kilomètres défilent. Des idées claires se forment dans ma conscience reposée. Une paix matinale, difficilement descriptible.
Craque, œuf et café
J’arrête déjeuner dans une station service désaffectée. Je suis le premier client. Ou le dernier. Je fais encore la gaffe de mettre trop de sauce piquante sur mes tortillas. La langue me brûle et la serveuse me regarde avec une expression de pitié teintée d’un subtil ricanement.
Pour me venir en aide, elle m’apporte un café brûlant. Il me semble que j’ai déjà vécu cette scène quelque part, je ne sais plus trop où. Elle a une craque de seins aussi longue que mon avant-bras, mais directement proportionnelle à son sourire.
Je termine mes œufs en feuilletant un journal vieux d’une semaine, achète un litre d’eau fraîche et remercie ma serveuse, en la regardant droit dans les yeux.
Quelques secondes plus tard, elle me rejoint à mon vélo, avec ma bouteille oubliée sur le comptoir. C’est à cause de la craque, ou de la sauce piquante. Je ne sais pas.
Juste avant de partir, deux Westfalia s’immobilisent à mes côtés. Un immatriculé de l’Ontario, l’autre du Québec. De jeunes retraités en sortent et entament la conversation. Fait du bien de parler français.
Ils remontent la péninsule après s’être trempés à Cabo, qu’ils ont trouvé trop américanisée et pas assez sereine. Les madames s’inquiètent de me voir rouler sans casque. Je m’excuse et leur explique que ce n’est pas intentionnel. Elles me demandent d’être prudent et retournent dans leurs boîtes-à-paix. Pour moi un Westfalia, c’est une petite boîte-à-paix.
Au début de l’après-midi, je distingue un chariot muni d’un drapeau mexicain, immobilisé en haut d’une côte. En m’approchant, la silhouette d’un mexicain se dessine, sous fond de ciel bleu, comme dans les annonces de piscines.
Un gentil gaillard qui roule depuis des mois, à travers le Mexique entier, me sert la main et se met à jaser du beau temps, parce qu’il n’y a pas de pluie. Mexicain d’origine, il se promène sans but précis sur un vélo qui semble en parfaite condition, du moins si on le compare au mien. Quand je lui raconte où j’ai passé la nuit, il fait une drôle de face.
La Paix
La Paz se pointe au loin. J’ai incroyablement soif et je sens chauffer sur moi, les rayons intenses de ce soleil que je trouvais si beau ce matin. Maintenant, il m’énerve le soleil. Comme quelqu’un qui est trop chaud.
Depuis bientôt cinq kilomètres, j’arpente la périphérie de La Paz, avec ses commerces de toutes sortes, ses garages défraîchis et ses bagnoles bruyantes. Circulation routière plus prononcée. Flot d’endorphines aussi. Comme à chaque entrée dans une ville ou un village de Baja, j’ai ce chatouillement, ce petit maudit quelque chose qui se chamaille avec mon goût de continuer plus loin, ou d’attendre quelques jours que ça passe.
J’aime La Paz, tout de suite. Je m’y accroche pour quelques jours, ça c’est certain. Pour la paix.
Discussion
moi je pense que c’est à cause de la craque de seins!