Le défilé du père Noël n’est pas pour les enfants

Numéro 134

28 novembre au 4 décembre 2008

Un texte de
Melle b. Miller

Publié le 28 novembre 2008 dans
Chroniques, La chronique de quartier

Le défilé du père Noël n’est pas pour les enfants

Il y a quelqu’un d’assez convainquant qui a décidé, samedi dernier, que j’avais envie d’assister au défilé du père Noël.

Je devais lui en devoir une ou deux parce que, malgré mon refus net, à 11 h tapantes, j’avais mon habit de neige, une tuque du Canadien sur la tête et Émile, 3 ans, qui galopait entre ma copine et moi, matantes d’un jour.

Comme à toute bonne activité gratuite qui se respecte, il y a foule. C’est tellement crowdy que les places assises par terre sur le trottoir gelé doivent être achetées à des scalpers, c’est pire que le Centre Bell.

On y arrive quand même, à force de «excusez-pardon-allez-Émile-hurle-on-va-faire-pitié»… Bah non, je ne dirais jamais une chose comme ça.

J’avais mis mon coeur d’enfant pour l’occasion. C’était mon premier défilé, à moi aussi, après tout. Pourtant, dès l’arrivée, j’ai eu une impression de discordance, un malaise.

De la pub, partout. Rien. Que. De. La. Pub.

Des lutins, habillés en choses vertes étranges, nous présentent le contenu des chars, un à un. La chose n’est pas inutile car le concept n’est pas toujours clair.

La compagnie de danse de je-sais-pas-où suit le gymnase de bla-bla, rien pour faire trépigner un enfant. À la limite, que la Métropole et la Capitale en profitent pour faire l’auto-promotion d’activités hivernales n’est pas condamnable.

Ce sont des activités positives sur le plan culturel, axées sur la santé, merveilleux. Et puis, le Bonhomme Carnaval, long time no see… Par contre, j’ai attendu en vain Badaboum.

L’attaque des nains

Lorsque le char des amputés de guerre est arrivé, je sais pas, c’était surréel.

D’accord, le temps des fêtes est un temps d’ouverture où les enfants doivent apprendre certaines valeurs sociétales comme, disons, le partage, mais j’ai toujours eu l’impression que pour les amener à accepter la différence de l’autre, c’était bien de mettre en contexte.

Sinon, ça choque, ça crée de la peur et cette peur, elle, engendre les préjugés. Pour un enfant de trois ans, une personne sans bras, c’est pas comme une fée. Et puis, exposer les gens comme ça, ça prend des allures de freakshow. Je ne suis pas sûre que ça serve les messages.

La fée Zellers

Je n’ai pas perdu mon innocence ce jour-là. Je me tape les boutiques bondées du 24 décembre tous les ans: Noël n’est qu’une ode à la consommation. Secret éventé. Même que cette année, si ça peut aider à contrer la récession…

N’empêche.

Le premier kiosque sur roue qu’on a vu était un fier représentant de la chose: une sorte d’aquarium avec des comédiens blasés qui jouaient avec des manettes de console Wii… Oui, les enfants, les jouets viennent de l’atelier du père Noël, mais de la succursale de la Chine.

C’est la Fée des glaces qui m’a achevée. Il y a ma copine qui me dit: «Regarde, le char de Zellers.

– Bah non, c’est la Fée des glaces qui était annoncée…

Mais bon, comme c’était effectivement écrit Zellers en caractère 6 000 sur le côté…

Émile, lui, ne sachant lire, n’en avait rien à faire de la commandite, scandait: «Une fée! Fille! J’aime ça les filles! Boooooon!» Finalement, ça répond à une certaine logique: quand votre enfant ne croit plus à Santa Claus, il est assez grand pour savoir qui a le porte-monnaie. À ce moment là, il sait lire et bang, il saura que le père Noël vit au Centre Eaton!

Le plus surprenant dans tout ça, c’est qu’Émile est revenu pétillant d’enthousiasme. Il a aimé la moto du policier qui patrouillait, a applaudi avec bonheur le monsieur de la sécurité et a craqué pour l’équipe de premiers soins.

Je me le tiens pour dit, l’an prochain, on passe l’après-midi à la caserne du coin ou dans le stationnement de la SQ.

Comme ça, je vais être la matante de l’année.


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  1. andre says:

    amputés… j’ai vu ce char au carnaval de québec, avec tous ces enfants amputés dans une grosse remorque derrière une vitre, je pense que j’ai senti le même malaise.

  2. Je suis toujours terrifiée par les parades!!! Les clowns et autres curiosités me font toujours penser au film allemand : Freaks. Une époque ou la Femme à Barbe était encore “glamour”…

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