La Paz me fait un bien immense. Mon genou, lui, me fait mal. Un petit élancement le parcourt depuis quelques jours. Comme une cadence harmonique au niveau de la rotule, peut-être pour m’indiquer qu’il est temps de reprendre la route. Les battements de genoux, comme les battements de coeur, il faut les écouter. Sinon la vie manque de rythme.
J’ai les cheveux en bataille, les sourcils en guerre et les cils en chicane. Je me tire hors du lit avant les premiers rayons du soleil. Je prends une douche froide, parce qu’il n’y a pas d’eau chaude.
Je sors de ma chambre et me paye une dernière promenade dans la ville, histoire d’immortaliser l’endroit sur la toile de ma mémoire, dans la section «places belles». Pas trop loin de celle nommée «orgasme mémorable». Pendant ce temps, La Paz se réveille.
Les commerces s’ouvrent en même temps que les chaises longues des touristes. De la musique sort de partout. Comme ailleurs sur la péninsule, la musique semble essentielle à la vie. Elle provient de chaque coin de rue, de chaque voiture, de chaque craque d’asphalte. Tant qu’il y aura de la musique, il y aura de la vie. Il y a sûrement quelqu’un qui a dit ça, quelque part. Si non, moi je le dis.
Je quitte aujourd’hui cette charmante La Paz pour une escapade d’une vingtaine de kilomètres qui m’amènera vers le bateau de Baja Ferries.
Je m’embarque pour une traversée d’une quinzaine d’heures, destination Mazatlan. C’est avec une grande déception que je dois renoncer à Todos Santos et à Cabo, qui se trouvent plus au sud. Petit problème de logistique, gros problème de temps. Y faut faire des choix des fois.
Je prends mon déjeuner dans un hôtel qui semble exister depuis des siècles et des siècles. Sitôt assis, le serveur me dépose une tasse de café brûlant. J’ai envie de lui dire Amen, tellement j’apprécie sa rapidité et ses dons télépathiques. Il a lu dans mes pensées, c’est certain. Je lui conseille toutefois de ne pas trop faire ça souvent (lire dans mes pensées), car il pourrait se heurter à de drôles de bizarres de pensées.
Chaud, trop chaud
Au risque de me répéter, j’adore libérer mon vélo de ses sacs encombrants pour mieux parcourir une ville fraîchement foulée.
Au cours d’une de ces légères escapades, j’ai croisé un grand bronzé en bedaine, complètement chaud. Il a pris l’avion de Chicago, il y a de cela quelques mois, avec son vélo dans la soute. Aujourd’hui, comme probablement hier et demain, il est saoul sur son vélo.
À la suite de notre brève conversation, j’en conclus qu’il égraine les journées en promenant sa bécane sur le bord de la plage. Quand je lui explique mon voyage, il me dit: «fucking son of a bitch, you are a lucky bastard».
On jase environ trois minutes. Ce qui représente la durée maximale d’une conversation avec un interlocuteur dans cet état.
J’ai déjà lu quelque part que les nomades ne se retournent pas. Je ne dois pas être un vrai nomade, car je ne peux m’empêcher de me retourner, six fois plutôt qu’une, en quittant La Paz.
La Perle, de Steinbeck, se déroule à La Paz. Le titre prend tout son sens. C’est une vraie perle, cette La Paz.
Petit bout, grande attente
Un petit bout. C’est ce qu’il manque à mon billet pour me permettre d’embarquer à bord du traversier pour Mazatlan.
L’embarquement des véhicules est commencé depuis une bonne heure, et me voilà à côté d’une colonne de béton, à attendre le préposé aux billets. Il dit qu’il manque un petit bout à mon billet. Maudit.
Il se sert alors de sa radio pour communiquer avec les autres préposés, dans le but d’élucider le mystère de mon petit bout manquant. Après quarante minutes d’attente, ils retrouvent mon petit bout, dans mes culottes.
Non sérieux, la dame du comptoir l’a déchiré, probablement par distraction. On me laisse passer, enfin.
Je suis le dernier être humain à embarquer sur le traversier. Je place mon vélo dans un coin noir, tout prêt d’un camion vert chambranlant et d’une camionnette rouge, chambranlante aussi.
Ça sent le diesel à plein nez. Ça sent la mer aussi.
Discussion
Pas de nouvelles..bonne nouvelles..En té-cas, j’ai hâte de lire la suite..!
Est-ce que c’est fini? En tous cas, bravo pour cette excellente chronique.