À la limite de l’insolation, j’entre dans un café pour me payer un genre de cappuccino glacé, sucré, pas bon. Trop sucré.
Il offre toutefois à mon organisme une certaine stabilité qui me permet de prendre conscience de mon état. Il est temps que je m’arrête.
L’excitation reliée à l’approche de La Paz a fait ombrage à mon besoin indiscutable de me protéger du soleil. Résultat, je suis rouge comme une certaine semaine féminine et mon petit foulard n’absorbe qu’une minime partie de ma sueur abondante. Je n’ai pas suivi la règle. Et en plus, j’ai l’air bête.
J’ai le goût de consulter mes courriels, mais deux fillettes s’acharnent à éplucher leur Facebook, devant les seuls ordinateurs de la place. S’il y a quinze ans, quelqu’un m’avait dit que j’allais être fâché devant une incapacité immédiate à consulter des fichiers électroniques, j’aurais probablement lâché un rire intense. Pourtant.
Je sors frustré du café pour m’échouer sur une table de la terrasse. Je regarde les gens mettre de l’essence dans leurs voitures. D’autres marcher d’un pas décidé vers nul part, probablement à la recherche d’un sens à donner à la vie, ou à la mort. Et moi qui attends qu’un ordinateur se libère, pour puiser un je ne sais quoi. Aucun sens.
Je me dis qu’il ne faut pas avoir beaucoup de problèmes pour s’en faire avec une pacotille de la sorte. Que j’aurai sûrement la chance de consulter mes foutus courriels plus tard. Je me dis aussi que c’est la première et dernière fois que j’emploie le mot pacotille.
Taille et détails
Alors j’observe, pour passer le temps. Un Américain s’efforce de parler en espagnol pour commander sa parcelle de caféine. Je loue l’effort. Dans le fond de mon esprit, je lui lève mon chapeau.
J’observe tous les détails du café. Des escaliers aux barrettes de la caissière, en passant par les souliers du monsieur qui mange un biscuit. Je scrute.
Alors que j’en suis à estimer le nombre de graines de biscuits sur le plancher, je réalise qu’une dame âgée s’est emparée de l’ordinateur tant attendu. Je commande un autre café. De plus petite taille. Chaud cette fois. Le cappuccino me tombe sur le coeur. De toute façon, je n’apprécie vraiment le sucre que lorsqu’il vient d’un baiser.
Je tombe sur un magazine Outside. Malgré ses pubs interminables, ses articles qui proposent des recettes infaillibles pour sculpter des abdos de guerre, et d’autres conseils d’équipements de plein air autant sophistiqués qu’inutiles, ce magazine m’a toujours plu.
Un certain automne, je m’enfermais dans la bibliothèque de mon cégep, armé de ces pages glacées, jusqu’à la fermeture des portes ou à l’ouverture du canal de mes rêves. Chaque photographie me transportait ailleurs. Genre à Baja.
Vieille folle
Je feuillette le Outside pendant que la dame âgée surfe le net. Je la traite intérieurement de vieille folle parce qu’elle m’a volé ma place. Puis je me calme.
Dans une page perdu du magazine, je résous le mystère du Coca-cola mexicain. Y paraît qu’ici, on y met encore du sirop de canne à sucre, au lieu du «high fructose syrup» américain. Voilà pourquoi il est si bon. Si la dame ne m’avait pas volé ma place, je n’aurais probablement jamais découvert ce secret. Merci vieille folle.
Je fini par lire mes courriels. On finit toujours par lire nos courriels. Je quitte le café comme j’y suis entré, avec l’air bête. C’est bien pour dire.
J’aime LaPaz. Surprenante. Pacifique. Colorée. Animée. Mais pas folle. La Paz semble contrôler son destin. Ce n’est probablement qu’une impression, qu’un pressentiment. Mais j’aime La Paz, pour ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas. C’est tout.
Je me sens en visite chez des gens sympathiques qui ont une machine à jus et qui font leur propre pain. J’aime La Paz parce que j’ai déjà rêvé à ce genre de place en feuilletant un Outside, au mois de novembre d’un automne bizarre. Voilà.
Je me prends une chambre pour deux nuits, dans un motel en plein centre-ville. À égale distance entre la librairie, la plage, et le petit bar miteux. C’est la règle. Et je n’ai plus l’air bête.
Discussion
De loin, le post le plus instructif.
C’est fascinant, ce Coca-cola local.
La mondialisation a alors bien meilleur goût.