La revue du mois d’août

Numéro 159

11 au 17 septembre 2009

Un texte de
Thomas Leblanc

Publié le 11 septembre 2009 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois d’août

Août 2009 aura été un mois sans histoire. Thomas Leblanc ne le rend pas vraiment plus palpitant, mais il nous livre 15 réflexions/aventures qui risquent à jamais de changer l’impression que vous avez de lui ou du mois d’août 2009.

À noter: cette chronique a été à moitié écrite sur une plage cubaine, ce qui explique, ben, pas grand-chose à part le dernier point sur cette liste.

1. Mon appartement n’est pas grand.

Même si j’ai déménagé en juillet, c’est vraiment en août que j’ai pris la mesure de la petitesse de mon nouvel appartement. Pas grave, j’habite maintenant Milton-Parc (appeler ça le ghetto McGill est un faux pas majeur), et les étudiants de McGill ont remplacé les juifs hassidiques de mon ancien quartier. Dits vite, les mots shabbat et frosh week sonnent pareil, non?

2. I can’t get enough of… Ruth Madoff.

L’épouse déchue de Bernie Madoff a été l’obsession de mon mois d’août. Les magazines New York et Vanity Fair ont publié des articles fleuves sur la madame, qui ignorait tout des pratiques comptables de son mari (condamné à 150 ans de prison pour une fraude de 65 milliards de dollars).

Les journalistes la décrivent comme une femme triste, isolée parce que dépossédée de ses millions et de ses maisons à New York, Montauk, Palm Beach et Cap d’Antibes. Elle vit désormais dans un petit appartement de Manhattan avec une allocation gouvernementale comme pitance.

Le public la déteste, les victimes de Madoff (dont plusieurs sont des amis du couple) veulent sa peau, ses fils ont coupé les ponts. Une tragédie new-yorkaise comme on les aime.

3. Les chemises Oxford sont les nouveaux v-neck.

Je partage la paternité de cette observation avec Audrey PM, chanteuse d’Otarie et collaboratrice de Nightlife et de P45. Au début, je soutenais que les chemises Oxford étaient plutôt les nouveaux skinny jeans – le nouvel indispensable de l’uniforme urbain tout aller pour hommes.

Audrey, en me voyant moi-même porter mes chemises Oxford déboutonnées jusqu’au plexus afin de cultiver un plongeant décolleté dévoilant ma rousse poitrine, m’a plutôt convaincu que la chemise Oxford était le nouveau v-neck. Et comme le v-neck, la chemise Oxford deviendra l’apanage du mâle pour qui la masculinité passe par des pectoraux bien bombés.

4. J’apprends que la Guinness est la bière qui contient le moins de calories.

Bonne raison pour en boire deux fois plus et être hung over quatre matins par semaine.

5. J’ai essayé: le yoga chaud.

Si le yoga chaud, c’est assez cool pour qu’Érick Rémy en parle dans SA revue du mois pour P45, ben c’est assez cool pour que j’essaie ça. Ce que j’ai fait en août, sauf qu’au lieu d’assister à un cours d’initiation, j’ai par erreur rejoint un groupe s’adonnant au «powerflow moshka yoga». J‘ai survécu, merci, et j’ai assez aimé ça pour m’inscrire.

6. Une collègue m’entretient sur sa méthode de fabrication de lait d’amandes.

Le small talk peut parfois prendre de bien curieuses directions. Une fois, en août, une collègue croisée avec son bébé au parc Jeanne-Mance m’a expliqué avec moult détails comment elle fabriquait son lait d’amandes.

Bien qu’instructive, cette conversation appartient à la catégorie des moments auxquels on ne donnera pas suite, et c’est bien ainsi. Cela dit, j’ai pour cette collègue (et collaboratrice de la première heure de P45) beaucoup de respect, même si je n’ai pas l’intention de m’essayer au lait d’amandes à moyen ou long terme.

Sans joke, je la respecte. Non, non, pas d’ironie. Je ne niaise pas. C’est vrai! Ah pis tant pis, croyez-moi pas.

7. Un soir, j’ai bu trop de liqueur serbe…

…et j’ai dansé sur la scène de L’Astral 2000 dans des mouvements qui ne se racontent pas. Le lendemain, je prenais l’avion pour Cuba.

8. Je préfère Lady Gaga à La Roux.

En août, le duo La Roux a atteint son tipping point dans les cercles musicaux montréalais. Les initiés le connaissaient depuis l’hiver dernier, mais son passage à Osheaga et le succès du simple Bulletproof à la radio commerciale ont mis le groupe sur toutes les lèvres, sauf les miennes.

La chanteuse de La Roux a le charisme d’une canne de soupe Campbell et l’album fait beaucoup trop nostalgique à mon goût. Dans le genre électro-pop-radiophonique, je préfère mille fois Lady Gaga et son exubérant camel toe.

Paparazzi est une de mes chansons préférées de l’année (FYI, je suis gai) et elle a beaucoup tourné en août.

9. En août, un gros journaliste cochon du Soleil prouve à nouveau le retard médiatique de Québec en publiant un article sur les photos nues de vous savez qui.

C’est ça. Gros travail d’enquête.

10. J’ai un ami yuppie qui a écrit un roman plein de hipsters, Yupster.

Ça fait plusieurs mois que le blogueur Sylvain Raymond du 2anneessavivre.blogspot.com parle à ses lecteurs et amis de son premier roman, titré Yupster.

Eh bien en août, j’ai eu la chance de lire le manuscrit. Je n’en ferai pas la critique ici, mais si vous aimez le Salon Officiel, le blog house et Bret Easton Ellis, les chances sont du bord de Sylvain que vous aimerez son roman.

Ça parle d’un jeune professionnel des médias (Sylvain) qui doit organiser une soirée branchée pour une marque de chaussures, mais qui s’enfarge tout le temps dans des filles, des remix et des hipsters. Cru, bien fait, rentre-dedans.

11. Question: les rédacs en chef sont-ils vraiment si intéressants?

Si je lis encore un commentaire excité du genre «OMG! Can’t wait to see the September issue!» dans un blogue, je risque de mettre le feu à mon Google Reader.

Avec la multiplication des blogues de mode et le succès de la franchise The Devil Wears Prada, il semble que nous sommes plus que jamais obsédés par les chefs de la rédaction des grands magazines (avec Anna Wintour du Vogue américain et Carine Roitfeld du Vogue Paris en tête).

Vrai, ce sont souvent des personnages plus grands que nature qui contrôlent l’industrie de la mode, mais avec la fin du modèle traditionnel des magazines vendus en kiosque, cela vaut-il la peine d’accorder autant d’importance à ces femmes d’un autre temps?

Par contre, les histoires portant sur leur progéniture (Bee Schaffer et Julia Restoin Roitfeld) réussissent encore à titiller l’adolescent en moi.

12. Récession 1, typographie 0, environnement –1.

Qui eût cru que la récession aurait raison de la typo utilisée par Ikea dans ses communications depuis 50 ans?

Comme on le sait, la compagnie suédoise a choisi de remplacer Futura par une typo plus web-friendly et cost-effective: Verdana.

Le tollé provoqué par l’affaire m’a un peu découragé: le vrai problème du fabricant de meubles et de ses consommateurs (desquels je fais partie), c’est de fermer les yeux sur les dommages environnementaux qui viennent avec la production et la distribution de milliards de produits chaque année.

Et, incidemment, de la production et de la distribution dudit catalogue.

13. J’ai appris le sens de la vie dans un livre sur le marketing.

«Call me stupid», mais jusqu’en août, j’ignorais l’existence des neurones miroirs dans le cerveau humain. Eh bien, ces neurones seraient apparemment responsables du désir de reproduire le comportement d’un individu de son espèce.

C’est même écrit sur Wikipédia: «les neurones miroirs désignent une catégorie de neurones du cerveau qui présentent une activité aussi bien lorsqu’un individu exécute une action que lorsqu’il observe un autre individu exécuter la même action, d’où le terme miroir.» Hmm, ça explique ben des affaires. Le livre s’appelle Buyology.

14. C’est l’été, la radio commerciale fait mon bonheur.

Le moment est venu de vous avouer l’inavouable: je suis un fan de radio commerciale. Écouter Virgin Radio ou CKOI, c’est pour moi une forme de réconfort.

Ça me rappelle que peu importe la direction que prendra l’humanité, il y aura toujours des jingles ringards de pubs de matelas (Dormez-vous, quelqu’un?), des animateurs insignifiants, du contenu canadien (Nickelback!), des décomptes arbitraires et une nouvelle chanson de Taylor Swift.

Tout ça me fait l’effet d’un bol de pop corn – ni nutritif ni goûteux, mais toujours du pareil au même, sans mauvaise surprise.

15. L’été qui s’achève, tu partiras à cent mille lieues de moi.

J’y suis, mon mois d’août se termine sur une plage de Cuba, mojito à la main, à rédiger cette chronique et à tenter de recoller les semaines. Pas que je veuille vous emmerder, mais, ma mère et moi, on est tellement amis qu’on part en vacances ensemble et qu’on ne se tape (presque) pas sur les nerfs.

C’est une occasion de se mettre de la crème solaire dans le dos, de boire trop de vin au souper et de partager les biographies achetées avant le départ (Guy Laliberté, Céline Dion).

Wow, quelle chance j’ai.


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  1. Didier says:

    Miam délicieux: chemise Oxford, rouquinerie et astral 2000 suave font de mon mois d’août un vrai charme.

  2. Alexandre says:

    Guinness, rousse poitrine et biographies sur plage cubaine; délicieux, oui.

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