La revue du mois de décembre

Numéro 172

11 au 17 décembre 2009

Un texte de
Nicolas Langelier

Publié le 11 décembre 2009 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de décembre

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, une chronique aide-mémoire sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Nicolas Langelier, éditeur de P45, fait le bilan d’un mois pas passé.

Ç’aura été le meilleur et le pire de tous les mois, le mois de la pureté et celui de l’excès; une époque de réinvention et de stagnation; une période de DEL colorées et de noirceur complète à 16 h 15, d’espérance et de désespoir, où l’on avait devant soi l’horizon le plus brillant, la nuit la plus longue.

Dans les rues, les jeunes gens traînaient devant les cafés et les bars, observant le ciel et les passants, gossant sur leur téléphone, se demandant l’heure ou une cigarette de temps à autre. L’opinion générale semblait être qu’après l’arrivée de la neige, tout irait mieux.

Et la neige est arrivée, bien sûr – la neige finit toujours par arriver, à Montréal, en décembre. Elle a blanchi la pelouse des parcs et les cheveux de nos amis, et elle a donné une opacité au vent du nord-ouest quand il la poussait vers la ville. Dans plus d’un troisième étage du Mile-End, des individus sont restés le nez collé contre la fenêtre, à regarder la neige tomber, perdus dans leurs pensées.

C’était aussi un mois de pandémie, évidemment, et cela a conféré une atmosphère particulière aux fêtes de fin d’année. À d’innombrables reprises, on a vu des gens hésiter avant de tendre la joue pour une bise; on a remarqué leur regard vers notre main droite, incertains à savoir s’il fallait s’engager ou non vers une poignée de main et l’inévitable échange de germes qui en résulterait. Il y a une étiquette propre aux temps de peste, et nous avons tenté à la fois de l’apprendre et de la respecter. Mais il faut reconnaître la rapidité admirable avec laquelle la plupart d’entre nous ont adopté le réflexe de tousser dans le creux de leur coude, comme nous le demandaient les spécialistes de la santé publique. Nous ne savions pas encore si cette habitude se perpétuerait ou non, une fois la pandémie passée. En fait, nous ne savions pas vraiment non plus quand/si cette pandémie finirait par passer – il y avait beaucoup d’inconnus, en ce mois de décembre 2009.

Quant à moi, le jour du solstice d’hiver, j’ai pris un avion vers l’ouest, puis un autre qui me mènerait encore plus loin, vers un terminal gris et blanc où une fille m’attendrait. À un certain moment, quelque part au-dessus du Pacifique, j’ai déposé mon livre dans la pochette devant moi, puis j’ai regardé à travers le hublot. Longtemps, j’ai scruté la surface plane de l’océan. Peut-être que je cherchais un cargo quelconque, ou un signe de cette mer de déchets flottants grande comme deux fois le Texas et qui étouffe apparemment toute trace de vie sous elle. Mais il n’y avait rien d’autre que l’eau grise à perte de vue.

La décennie était finie, déjà.


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  1. Marilyn says:

    Magnifiquement écrit.

  2. Jean-Baptiste Hervé says:

    Surtout ce passage:

    “Peut-être que je cherchais un cargo quelconque, ou un signe de cette mer de déchets flottants grande comme deux fois le Texas et qui étouffe apparemment toute trace de vie sous elle.”

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