La revue du mois de février

Numéro 180

5 au 18 mars 2010

Un texte de
Julien Cayer

Publié le 5 mars 2010 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de février

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Ce mois-ci: le journaliste Julien Cayer.

Quand j’ai commencé à faire cette revue du mois, je me suis dit qu’une bonne façon de ne rien oublier serait de m’envoyer un courriel auquel j’ajouterais les nouveaux éléments de l’actualité à mesure qu’ils surviennent.

En créant mon compte Gmail, j’ai nommé cette seconde adresse «moi2», sans trop d’imagination, en référence à mon ancienne adresse Hotmail. Ça me fait toujours rire d’écrire à «moi2». J’imagine mon alter ego prendre le courriel que je lui envoie et se dire «Wow! Maudite bonne idée, Julien! Way to go!»

Dans le genre «jouer sur les mots», un autre libellé me plait beaucoup. C’est de devoir choisir l’option «arrêter le système» pour fermer mon ordinateur au travail. Chaque fois, j’imagine que j’ai la possibilité de remettre la société à zéro, de faire un gros reset qui donnerait une seconde chance à la société.

Je prends une fraction de seconde pour penser aux conséquences (imaginaires), et je le fais. Il y a quelque chose de très libérateur à cliquer sur ce piton, même si ça fait seulement économiser un peu d’électricité au bureau. Mon côté anarchiste, vous l’aurez compris, ne prend pas souvent le dessus.

Lundi

Le mois de février commence un lundi. Comme je n’ai pas de lien de parenté avec Garfield ou Christiane Charette, je n’y accorde pas trop d’importance.

Huis clos

En février s’est déroulée l’expérience «Huis clos sur le Net», pendant laquelle quatre journalistes des Radios francophones publiques se sont enfermés dans le Périgord avec les réseaux sociaux pour seul contact avec «la réalité». Le but: vérifier s’ils réussissent à se tenir au courant de l’actualité.

Je me pose la question: est-ce que quelqu’un doute qu’un journaliste arrive minimalement à savoir ce qu’il se passe? Je veux dire: les journalistes, on cuisine et on conduit en écoutant la radio. On se détend en regardant Enquête et Découverte. On dîne en lisant les journaux et en pianotant sur notre iPhone. On travaille en commentant sur Facebook. On va même aux toilettes en lisant des magazines. Vous comprenez?

On serait sur la lune avec un séchoir à cheveux qu’on trouverait le moyen de savoir si le Canadien a gagné. Alors, Facebook et Twitter, c’est comme la Cadillac des séchoirs à cheveux.

Bob

Le 8 février, j’apprends en cours de journée que le Canadien de Montréal a convoqué les journalistes afin de procéder à «une annonce importante au niveau des opérations hockey», soit la démission de Bob Gainey.

C’est triste, mais compréhensible. Malheureusement, on n’a pas annoncé la démission du rédacteur des communiqués du Canadien qui a utilisé l’expression «au niveau des opérations hockey». Le gars qui remplit les gourdes pour le Drakkar de Baie-Comeau n’aurait pas dit mieux.

Une vision du futur

Le 10 février, l’une de mes collègues de bureau fait du popcorn. J’exagère un peu dans ma tentative de la sensibiliser aux désagréments que l’odeur pourrait causer aux autres employés de l’étage (j’ai déjà eu un bureau dans le couloir et j’en garde des séquelles) et brise ainsi son petit plaisir d’après-midi.

Le lendemain, en discutant de l’affaire avec d’autres collègues, je me rends compte que je suis seul à trouver déplaisante l’odeur du popcorn. Ça concrétise l’idée que je me fais de moi-même lorsque je serai à la retraite: un vieux grognon qui déverse son fiel dans les pages forum de La Presse. Ça va être ma-la-de.

Pas besoin de coupole

Au travail, je deviens souvent étourdi à force d’alterner entre Gmail, Twitter, Facebook, Groupwise, Buzz et Basecamp. C’est un peu comme si j’avais la télé satellite et qu’une fois que j’avais fini de faire le tour, je pouvais recommencer parce que j’ai l’espoir (légitime) d’y retrouver quelque chose de nouveau.

Un peu de violence

D’ailleurs, une partie de mon travail depuis un an et demi est de gérer des réseaux sociaux. Je gagne bien ma vie entre autres grâce à Facebook et Twitter. Et pourtant, il m’arrive souvent de penser à ce qui se passerait si je me faisais un expert en médias sociaux. Tsé, un de ces pseudo consultants-web-2.0-relations-publiques-interactif qui font croire aux entreprises et aux ministères qu’ils peuvent dorénavant rejoindre directement les jeunes en mettant une «vidéo virale» sur YouTube.

Déprimant. Dans mes rêves les plus fous, je prends mon couteau à pain, j’essuie les graines de bagels et les traces de fromage à la crème, et je leur tranche la gorge. Je mets ça sur YouTube, je fais un lien sur mon Facebook, plein de gens «aiment» ça, et je me retrouve dans le condensé des nouvelles de la journée.

Une autre vision du futur

Le 18 février, Biz, du trio rap Loco Locass, lance Dérives, un premier ouvrage de fiction qui raconte la dépression post-partum d’un papa. On s’en doutait déjà, mais ça commence à être assez clair dans notre esprit: on va être pogné avec ce gars-là pour encore 40 ans. Quarante années de militantisme contradictoire et de démagogie flagrante. Mario Dumont, si j’étais toi, je ferais attention pour ne pas me faire piquer ma job.

QMI

Le 26 février, les journalistes du Journal de Montréal sont officiellement en lock-out depuis 400 jours. Les cadres continuent de produire le quotidien, entre autres grâce aux textes de l’agence QMI.

Après tout ce temps, j’ai encore de la difficulté à comprendre pourquoi la loi anti-briseurs de grève ne s’applique pas. Suivant cette logique-là, le gouvernement Charest pourrait engager 10 000 travailleurs pakistanais, mettre ses fonctionnaires en lock-out et dire qu’il fait affaire avec «l’agence Québec Ministère Intégré».

D’un autre côté, je ne m’explique pas que les employés du Groupe TVA et de Sun Media (les journaux de Quebecor) ne se soient pas encore mis ensemble pour négocier leurs conditions de travail. So-so-so, solitaires?

Un air de printemps

Le 28 février, à 17 h, il fait encore clair. Le thermomètre indique qu’il fait au-dessus de zéro. Un air de printemps flotte sur la rue Bernard, où mes amis et moi prenons une pause cigarette pendant le match de hockey Canada-États-Unis (que nous remporterons 3 à 2 grâce à un but en prolongation de Sidney Crosby).

Un peu pompette, on réalise qu’il s’agit probablement du moment qui ressemble le plus à du hockey de séries éliminatoires que nous vivrons cette année.

Vivement le printemps!


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7 commentaires
  1. JS says:

    je me sens pas visé quand tu parles des “pseudo consultants-web-2.0-relations-publiques-interactif” Tu sais là, moi c’est plus que ça tu sais, je fixe des objectifs, je crées des stratégies pis toute, tu vois? :)

  2. Julien Cayer says:

    Si ça rentre dans un tableau excel, ça doit être que c’est un métier sérieux ;)

  3. Maxime J says:

    Ha! Excellent!

    Si t’as besoin d’un cosignataire pour des lettres dans Forum, fais-moi signe!

  4. roxane says:

    Merci pour ta vision du futur du 18 février.

  5. Jean Émard says:

    Je pensais être le seul à penser que quand j’appuyais sur “Arrêter le système”, je pourrais remettre la société à zéro.

    Je ne sais pas, mais si tout le monde appuyait en même temps sur ce bouton, peut-être que ça marcherait…? Non?

    Non.

  6. Cindy T. says:

    ha!ha!ha! excellente revue mon cher. J’ai bien rigolé en te lisant.

  7. Julien Cayer says:

    Très content de m’être trompé en ce qui concerne le hockey de séries éliminatoires.

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