La revue du mois de janvier

Numéro 202

4 au 17 février 2011

Un texte de
Étienne Côté-Paluck

Publié le 4 février 2011 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, une chronique aide-mémoire sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Ce mois-ci: le journaliste Étienne Côté-Paluck, en Haïti.

revue du moisL’année 2011 commence d’une manière tout aussi surréaliste en Haïti que l’année précédente. Pour passer à travers, rien de mieux qu’une bonne dose d’humour noir, de patience et de «reggae nights» où l’on danse sur de la musique kuduro.

Blague haïtienne

  • — Mackenson, tu ne trouves pas qu’on voit plus d’étoiles qu’à l’habitude ce soir?
    — Oui, mon frère. C’est vraiment beau.
    — Yo, on vient encore de se faire voler la tente.

Rumeur

Un technicien de la compagnie vietnamienne Natcom devait m’appeler pour prendre rendez-vous. C’est que la compagnie, qui est en fait l’ancienne compagnie publique de télécommunication haïtienne, doit offrir le tout premier service Internet ADSL dans le pays. Mais je n’ai toujours pas reçu de nouvelles du technicien.

Une rumeur veut que tous ces fils téléphoniques qui pendent des poteaux de la ville depuis quelques jours ont été coupés par des fournisseurs Internet concurrents qui vendent (plus cher) un service Internet par ondes Wi-Fi et cellulaires.

Dans la rue

  • - Mais dites donc, vous êtes Québécois, je le reconnais à votre accent! (Sourire amusé.)
    - Oh, mais vous êtes Française, je le reconnais à votre perspicacité.

Citation

  • «La vie humaine, ça ne vaut pas grand-chose ici, ajoute M. Desbiens. C’est pas surprenant qu’il y ait tant de meurtres.»

    - Francis Desbiens (policier de Québec en Haïti), «Les policiers se butent à une tâche ardue à Port-au-Prince», Le Soleil.

12 janvier, 16h53

Des dizaines de journalistes étrangers se massent face au Palais national de Port-au-Prince, ne sachant pas très bien où se rendre pour couvrir la minute de silence annoncée dans tout le pays par le gouvernement Préval.

Mais la rue est déserte, les habitants des camps du coin se foutaient bien apparemment de la minute de silence.

DSF

Une ONG française s’appelle Douleurs sans frontières (DSF). Tout le monde a droit à la douleur, faites tomber les frontières.
revue du mois

Tonton macoute

Sorti de son HLM parisien, Duvalier débarque à Port-au-Prince l’air amorphe, comme à son habitude. Comme il n’accordait aucune entrevue, les journalistes l’ont suivi comme des paparazzi pendant plus de 5 jours. Les sourires triomphants de ses partisans de toujours qui se pitchent devant les caméras donnent envie de vomir.

Après 48 heures sur le sol haïtien, le sergent Louis-Jodel Chamblain, ancien tonton macoute et chef d’escadrons de la mort, est de passage au parquet de Port-au-Prince pour soutenir son ancien patron. L’homme a causé la mort de plusieurs milliers de personnes de 1987 à 1994. Aucun journaliste ne le reconnaît.

18 janvier

Après Bébé Doc, le système de justice haïtien attend Ben Ali.

L’off de la femme de Duvalier

Sourire espiègle, la femme de Duvalier fait des rencontres individuelles à micros fermés avec des journalistes étrangers, dont un journaliste télé américain qui lui conseillera de faire une conférence de presse le lendemain, non pas le vendredi, pour ne pas perdre l’intérêt des médias. Mais elle ne suivra pas ses conseils. Du bout de ses lèvres fourrées au botox, elle ajoutera aussi, de manière puérile, que ceux qui dénoncent les exils politiques forcés partaient eux-mêmes en fait à l’étranger faire de l’argent.

  • «Pierre Espérance ne se contente pas d’espérer.»
    - Première phrase, «Le retour de Duvalier sème l’angoisse en Haïti», La Presse. (Pierre Espérance est directeur du Réseau national de défense des droits humains en Haïti.)

21 janvier

  • «Médecins-frontières du monde est très présent à Cité Soleil.»
    - Un des maires adjoints de Cité Soleil en entrevue.

Botox

Un porte-parole de Choice Hotels International annonce la construction de deux hôtels à Jacmel, dont un Comfort Inn qui ouvrira en mai 2011. Pendant ce temps, un nouvel hôtel haut de gamme est en construction à Petit-Goâve, comprenant une section dédiée à la chirurgie esthétique.

24 janvier, 9h30

Un représentant de Food for Hungry/USAID passe à l’appartement pour offrir une carte. Cette carte est échangeable lors de la distribution de sacs de riz et de tentes qui s’annonce. Le gars semble surpris que l’on rejette son offre même s’il est clair qu’on n’en a pas besoin.
revue du mois

Les causes

Entendu: de vieux humanitaires blaguant sur la requête de Handicap international d’augmenter l’accessibilité aux handicapés dans les hôpitaux. Ils proclament la nécessité de lancer Ascenseurs du monde et d’engager du personnel en «cash for work» pour lever les charges des ascenseurs par un système de poulies.

Vendredi 28 janvier 14h03

    Extrait d’un courriel envoyé à tous les membres des clusters santé de Port-au-Prince, des rencontres hebdomadaires gérées par le Bureau de la coordination humanitaire des Nations unies:

  • Objet: Site du Groupe santé non disponible
    Chers collègues,
    Comme plusieurs d`entre vous l`avez déjà constaté, le lien vers le site du Groupe [cluster] santé n`est pas fonctionnel.
    Ceci est dû au fait que le site est hébergé au Caire, en Égypte, et que l`Internet y est désactivé depuis 00h30, heure locale.


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2 commentaires
  1. Votre billet me plaît.
    Cela ressemble à une succession de brèves et de découpures de presse et relève la grande confusion qui émane autour d’Haïti, dans la couverture qui en est faites par la presse.
    Personne ne semble au diapason.
    Merci.
    Jean-Baptiste Hervé

  2. La danse Kuduro, a été inventée par le même Tony Amado, s’inspirant d’une attitude de Jean-Claude Van Damme et aussi d’une danse de Malanje province d’Angola ! Tony Amado raconte : “Un jour j’ai vu un film où Jean-Claude Van Damme dansait en étant saoul (Kickboxer). Il était tellement raide, (kuduro). J’ai repris ses pas, accéléré un peu la cadence, et c’est ainsi qu’est née la danse. D’abord boycotté par les médias, le kuduro n’était diffusé que par les candongueiros , petits taxis collectifs de Luanda, et les discothèques populaires de la ville.”}

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