La revue du mois de juillet

Numéro 158

7 août au 10 septembre 2009

Un texte de
Mathieu Pichette

Publié le 7 août 2009 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de juillet

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, une chronique aide-mémoire sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Pour le mois de juillet, c’est Mathieu Pichette, des Pieds dans la marge, qui s’y colle.

Mercredi 1er juillet

Ça, c’est le jour où, soit tu fêtes le Canada, soit tu déménages. C’est aussi le jour où t’as le droit de sortir toute la scrap que t’as chez toi et de l’empiler n’importe comment sur le trottoir d’en avant pis que c’est correct de faire ça. Dans mon cas, ni moi ni aucun de mes amis ne déménageons. Ni moi ni aucun de mes amis canadiens ne célébrons la fête du Canada. Pis moi, ma mère m’a montré à ramasser mes cochonneries comme du monde. Ça y est. J’ai rien à faire…

Vendredi 3 juillet

Michael Jackson est décédé il y a une semaine maintenant. Les ventes de ses disques fracassent des records. Il préparait un «come-back». C’est réussi.

Ce que je retiens de toute cette histoire, c’est le manque de «timing» de Farrah Fawcett. Elle qui préparait sa mort depuis un certain temps en tournant, notamment, un documentaire sous forme de journal intime. Mère Thérésa non plus n’avait pas pensé à son affaire en décédant juste avant la princesse Diana. Si elle était encore vivante, mère Thérésa aurait pu expliquer à Farrah que quand tu… non attendez. OK, laissez faire. Ça marche pas mon affaire.

Note à moi-même: Ne pas mourir quelques heures avant quelqu’un de plus connu que moi.

Samedi 4 juillet

Je rends visite à mes parents qui sont de passage à Québec. Je n’ai pas beaucoup d’occasions de les voir puisqu’ils vivent en Nouvelle-Écosse. J’ai aussi un frère dans le Grand Nord québécois et une sœur à Ottawa qui est en Afrique pour l’été. On est le genre de famille ben proche.

Lundi 6 juillet

Déjà lundi. Encore trois semaines avant mes vacances. Ça y est. Maintenant que j’ai fait ce calcul, mon niveau d’énergie devient proportionnel au nombre de jours qu’il me reste à travailler avant les vacances. Je suis au niveau 15.

Mardi 7 juillet (séance de brainstorm/niveau 14)

Nous planifions une prochaine émission des Pieds dans la marge: «L’importance de tenir parole».

Synopsis: Notre parole nous sert de monnaie d’échange. Mais comme la valeur du dollar canadien, la valeur de notre parole fluctue selon le niveau de confiance que les autres placent en elle. D’où l’importance de tenir parole. Devant cette constatation, les gars décident de faire grimper la valeur de leur parole en s’engageant à faire quelque chose de vraiment difficile: courir le marathon de Montréal.

Oui. Je trouve que c’est une bonne idée.

Mercredi 8 juillet (niveau d’énergie: 13)

Pour réussir à «tenir parole», je commence immédiatement mon entraînement en vue du marathon de Montréal. Je décide d’y aller graduellement: 3 kilomètres de jogging. Je prends des pauses de temps en temps, histoire de ne pas partir trop raide.

État: J’me trouve pas pire en forme.

Jeudi 9 juillet (matin)

Racké de la veille, je poursuis mon entraînement de jogging: 4 kilomètres. Cette fois, je ne prends pas de pauses, histoire d’évaluer mon niveau d’endurance parce que chu pas mal sûr qu’on peut pas prendre des pauses pendant le marathon de Montréal.

État: (plié en deux) Veux-tu (reprend souffle) ben me dire (inspire) à quoi on pense (expire) quand (crache à terre) on a des idées épaisses de même? (essuie bave sur bord de bouche)

Jeudi 9 juillet (en tournage)

Il est 12h. Accompagné de Félix et de Jean-Sébastien, coanimateurs des Pieds dans la marge, je me lève au compte de trois. C’est pour illustrer une autre bonne idée d’émission: «L’importance de se tenir debout».

Synopsis: Dans la vie, c’est important de s’exprimer, de manifester, de défendre une cause qui nous tient à cœur. Pour inciter les gens du monde entier à se tenir debout (au sens figuré), Mathieu, Félix et Jean-Sébastien vont se tenir debout (au sens propre) pendant 24 heures!

État: C’est un peu pénible, mais oui, je trouve quand même que c’est une bonne idée.

Après être restés debout pendant quelques heures, nous nous rendons au sommet du mont Royal sur des bicyclettes sans siège, pour éviter de nous asseoir (oui, pis ça marche), afin d’y déployer une énorme banderole suspendue par des ballons gonflés à l’hélium (on est plein de bonnes idées). Notre slogan: «Debout pour le droit à se tenir debout».

Jeudi 9 juillet (soirée)

Fait intéressant: Se tenir debout pendant 24 heures, ce n’est pas seulement pénible, c’est aussi une forme de torture dans certains pays.

La nuit approche. Pour respecter notre thème, nous devons «maintenir notre position». Dans notre cas, ça veut dire «dormir debout». Chacun a élaboré une technique pour réussir à dormir debout: Jean-Sébastien enfile une chienne de mécanicien qu’il a vissée dans le mur. Moi je rembourre des béquilles qui vont me maintenir debout sur un mur incliné. Félix, lui, entre dans la salle dans une combinaison de plongée recouverte de velcro pour se fixer à un mur de velcro. Jean-Sébastien et moi avons beaucoup de mal à rester debout, tellement nous rions de Félix.

État: On est moins sûrs que c’est une bonne idée, mais on est content de l’avoir fait juste pour voir Félix en combinaison de plongée recouverte de velcro.

Jeudi 9 juillet (nuit)

Il est 4h du matin.

État: Veux-tu ben me dire à quoi on pense quand on a des idées épaisses de même?

Situation: Mon idée de béquilles ne marche pas pantoute. Jean-Sébastien s’est foulé le gros orteil en tombant de son mur lorsque sa chienne s’est déchirée. Je dois passer la nuit debout. C’est l’cas d’le dire.

P.-S. Félix dort…

Lundi 13 juillet (niveau d’énergie: 11, mais ça file plus comme 3)

Déjà lundi. J’ai passé la fin de semaine à récupérer de notre «bonne idée». Je reprends le jogging. 5 kilomètres. C’est officiel: chu dans marde.

Mardi 14 juillet

Mon genou droit me fait mal. Je décide de prendre une pause de jogging.

Fait intéressant: Se tenir debout pendant 24 heures, ce n’est pas seulement une forme de torture dans certains pays, ça peut aussi faire très mal au genou droit.

Jeudi 16 juillet

Je reprends le jogging. Mon genou droit va mieux. Je compense un peu avec mon genou gauche.

Vendredi 17 juillet

Mon genou gauche me fait mal.

Lundi 20 juillet (niveau d’énergie: 5)

Dernière semaine de travail avant mes vacances. Je prends le métro et remarque l’affiche du «Camp Bud». C’est quoi ça, le Camp Bud? C’est tu une place, genre, où y a des filles en tites shorts qui animent des jeux pour des gars saouls en bedaine qui crient «Yeahhhhh!» toute la journée?

Curieux, je visite le site où je constate que c’est effectivement une place où des filles en tites shorts animent des jeux, mais que les gars saouls en bedaine ne crient pas «Yeahhhhh!» toute la journée. Des fois, ils crient «Woohoo!»

Oui. Bud fait vraiment ressortir tout ce qu’il y a de beau chez l’être humain.

Mercredi 22 juillet (en tournage)

Nous tournons un sketch où je joue Laurier, un énergique épicurien qui rencontre des gens de différentes cultures dans leur cuisine, pour y préparer un mets traditionnel. Cette fois, nous sommes chez Vijay, un Indien qui n’est ni jeune, ni à MusiquePlus, mais qui pourtant s’appelle Vijay.

Nos hôtes sont adorables. Ils n’ont jamais fait de télévision et sont un peu découragés de constater que nous tournons plus de sept heures pour faire un item de quatre minutes.

Comme le personnage que j’interprète fait de l’embonpoint, je passe les sept heures de tournage dans une prothèse rembourrée qui ne respire pas. À la fin de la journée, lorsque j’enlève le costume, je suis trempé comme si je sortais d’une douche. De sueur.

Fait intéressant: Jouer un gros me fait perdre du poids.

Ligne préférée: Aller en Inde sans manger épicé, c’est comme manifester en Chine sans manger une volée, ça se fait pas.

Jeudi 23 juillet (niveau d’énergie: 2)

Je suis fatigué. J’aimerais être au Camp Bud…

Vendredi 24 juillet (en tournage)

Dernière journée! Nous tournons un autre sketch où je joue Laurier. Cette fois, nous sommes dans la salle de classe où l’énergique épicurien donne son cours: Science relationnelle et amour interpersonnel contemporain.

Je ne suis pas fou à l’idée d’enfiler à nouveau le costume rembourré qui ne respire pas. Au moment où mon nez détecte une puissante odeur d’humidité, une pensée me traverse l’esprit: Merde. J’ai oublié de faire laver le costume…

Comme je suis un professionnel, j’enfile le costume humide-depuis-deux-jours en me concentrant sur des pensées positives. Mmm, les filles du Camp Bud…

La journée va bon train. À la fin du tournage, le réalisateur me demande de m’enfermer dans une armoire de métal, de me débattre à l’intérieur puis de la faire tomber par en avant, avec moi dedans. Comme je suis un professionnel, je m’exécute sans trop y penser. Au moment où mon corps s’apprête à frapper le sol dans un intense bruit de métal, une pensée me traverse l’esprit: Merde. Je suis rembourré de partout sauf des genoux… BANG. Ayoye mes genoux.

Coupé! Bravo tout le monde on est en vacances!

Ça y est. Le travail est terminé. Les vacances peuvent commencer. Coincé à l’intérieur de mon armoire qui est envahie par une désagréable odeur d’humidité, je réprime l’envie de me mettre en bedaine et de crier «Yeahhhhh!»


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17 commentaires
  1. MC says:

    Mathieu Pichette est drôle.

  2. roxane says:

    Mathieu Pichette est vraiment très drôle, oui.

  3. Cindy says:

    Mathieu Pichette est vraiment, vraiment très, très drôle !!

  4. Anne-Marie says:

    J’aime Mathieu Pichette.

  5. Sarah says:

    Mathieu Pichette est TropTop!

  6. Fannie says:

    Longue vie à Mathieu Pichette!

  7. Éliane says:

    Moi je dirais juste trop.

  8. Florence says:

    Trop quoi?…

  9. Jeff says:

    Pourquoi c’est juste des filles qui écrivent des commentaires ? Est-ce que je peux, même si je ne trouve pas Mathieu particulièrement beau ?

  10. Mathieu says:

    Mathieu Pichette se demande s’il est pas en train de se faire niaiser…

  11. Isabelle says:

    Je trouve ça très drôle et je ne crois pas que tu te fasses niaiser! T’es assez populaire sincèrement! Et j’ai vraiment trop hâte que la nouvelle saison des pieds dans la marge sorte!!! :D

  12. Émilie says:

    Mathieu Pichette n’est pas conscient de son foudroyant sex-appeal…surtout en fat suit.

  13. nicola says:

    De la part d’un gars: Lâche pas Mathieu Pichette!

  14. Angélique Soleil Lavoie says:

    En retard sur tout le monde, dit qu’elle aussi, a l’a rit ben fort à cause de Mathieu Pichette.

  15. Sara says:

    Très amusante revue du mois de juillet. C’est drôle, bien sûr, mais c’est bien écrit aussi, hein…!
    C’est demain le marathon de Montréal et j’ai une idée : qu’il y ait le fan club des Pieds dans la marge là-bas, présent. S’il n’y en a pas, qu’il se crée.
    Parce que c’est difficile de faire un marathon. Ça prend des fans. Du monde.
    Bonne course!

  16. Marie-Élaine says:

    Aaaaah, ben en retard, mais j’ai tellement apprécié cette lecture durant ma pause-dîner! Mathieu devrait être chroniqueur régulier pour le journal!
    Effectivement, un sex-appeal indiscutable! ;)

  17. Emilie-mais-pas-la-même-que-tantôt says:

    Oh non, Mathieu Pichette ne semble pas être au courant de son foudroyant sex-appeal!! Mais moi je préfère sans fat suit.

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