La revue du mois de novembre

Numéro 171

4 au 10 décembre 2009

Un texte de
Nicolas Bérubé

Publié le 4 décembre 2009 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de novembre

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, une chronique aide-mémoire sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Ce mois-ci: le correspondant de La Presse à Los Angeles, Nicolas Bérubé.

1. Police

Ma nouvelle police d’assurance maladie entre en vigueur aujourd’hui, et je ne sais pas si je dois me réjouir. À 68$ par mois, le programme Vital Shield 2900 de la compagnie Blue Cross Blue Shield est la police d’assurance la moins chère en Californie. Pour m’y inscrire, je n’ai eu qu’à remplir un formulaire web. Deux jours plus tard, je recevais ma carte d’adhésion par la poste.

Tout ça semble trop simple. J’ai l’impression d’être le candidat parfait pour le prochain film de Michael Moore: «Un accident de vélo ruine la vie d’un Canadien établi aux États-Unis: sa compagnie d’assurance refuse de couvrir les clients qui ont contracté la varicelle entre 1983 et 1987.» En tout cas, depuis le 1er novembre, je fais super attention avant de traverser la rue.

2. Petits-fours

Première de I Killed My Mother à Hollywood. Il y a un minibuzz chez les cinéphiles américains. Xavier Dolan n’est pas là (il a peur de l’avion), mais deux acteurs du film y sont. Le film est diffusé en primeur, dans une salle comble. Les gens restent jusqu’à la fin et applaudissent longuement.

Après le film, il y a un petit cocktail. J’y poursuis la longue et heureuse tradition journalistique de prendre du vin gratuitement et des petits-fours. Il y a beaucoup de small talk. Quelques filles en robe s’emmerdent légèrement. Des producteurs fixent leur Blackberry et blaguent entre eux pendant que leurs femmes s’occupent des enfants à la maison. Ça, c’est 99% d’Hollywood, les amis. L’autre 1% est dans In Touch ou US Weekly.

3. Sean Penn

Je rencontre un ami dans un bar de Venice. On mange, on parle de la vie, et on fait semblant de commander des vins en fonction de leurs propriétés gustatives et non du prix.

Durant la soirée, un homme dans la quarantaine et une grande blonde entrent et passent près de nous.

- «Hey. Ne te retourne pas, mais Sean Penn vient de passer», dit mon ami.

Penn et sa date s’assoient tout près. Les gens dans le bar chuchotent. Des têtes se retournent. Un oiseau rare vient de se poser. Il ne faut pas l’effrayer. Les conversations reprennent et Sean Penn commande des tapas. Il n’est pas très grand, 5 pieds 7 maximum. Sa copine du moment est blonde et dans le début quarantaine. Milk date une Milf, si j’ose dire. Vous l’aurez lu ici en premier.

4. «Name-dropping»

Belle journée d’automne à Los Angeles. Il fait 12-13 degrés, pas un nuage dans le ciel. Je vais déjeuner avec ma copine chez Millie’s sur Sunset, un petit resto de quartier. On y voit Michael Cera. C’est ma deuxième vedette en deux jours, mon record en trois ans. J’ai hâte de voir de quoi demain sera fait.

5. Cannabis

Lancement de livre dans un pub anglais du centre-ville. Je m’y rends pour rencontrer mon ami Max, journaliste au L.A. Weekly, l’hebdo culturel de Los Angeles. Max est un chic type. Il est mon ancien voisin, et on se voit moins depuis que j’ai changé de quartier. Et aussi depuis qu’il a une blonde, une grande brune qu’il embrasse à intervalles réguliers avec l’engouement d’un adolescent en classe verte.

Durant la soirée, nous parlons des lois permissives de la Californie, et soudain le regard de Max s’illumine.

«Hey! Est-ce que je t’ai dit que je fais pousser du pot dans mon garde-robe?», demande-t-il.

Max m’explique qu’il est le fier propriétaire de 12 plants de pot. Et il a le droit. Depuis 1996, la Californie a légalisé l’achat et la consommation de pot à des fins médicales. Il suffit d’avoir un billet du médecin, et le tour est joué: vous pouvez acheter du pot dans l’un des milliers de petits dispensaires présents partout dans l’État. Or, je l’ignorais, mais l’autorisation donne aussi droit de cultiver jusqu’à12 plants de marijuana.

«Je vais avoir ma première récolte bientôt. Je vais faire sécher les cocottes dans un pot Mason. C’est tout expliqué sur YouTube.»

«Super, je lui dis. Tu vas pouvoir en vendre aux poteux du bloc et payer ton loyer.»

Max dépose sa bière et me regarde comme si je venais de dire un gros mot.

«Oh, non!, dit-il. C’est illégal.»

6. Martineau

J’aime bien commencer ma journée en lisant Twitter. Aujourd’hui, toute la twitosphère s’excite parce que Richard Martineau se moque des syndiqués de La Presse sur son blogue. Certains lecteurs de P45 sont peut-être trop jeunes pour le savoir, mais Martineau n’a pas toujours eu un blogue. Il n’a pas toujours été démago non plus. Il a été l’un de mes premiers boss, l’un des meilleurs aussi.

À l’époque, je me souviens qu’il haïssait déjà les cyclistes qui zigzaguaient comme des fous devant son Jeep dans les rues du Plateau. C’est rassurant de voir que certaines choses ne changent pas.

7. Sarah Palin

Réveil à San Diego ce matin. J’ai été invité à donner une conférence à un groupe d’universitaires spécialisés dans les études canadiennes et québécoises. Je leur parle de mon travail, du fait que les Québécois ont souvent une vision tronquée des Américains, qu’ils voient à travers les clichés trouvés sur Internet ou entendus à la télé.

Par exemple, les Québécois détestent Sarah Palin, mais le nombre d’Américains qui ne l’aiment pas non plus correspond à environ 5 fois la population du Canada et 20 fois la population du Québec. Or, on ne les entend jamais aux nouvelles de 22h. On ne voit que Sarah Palin.

Le public sourit. Les Américains sont comme nous, finalement. Ils aiment être compris.


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