La revue du mois de novembre

Numéro 199

10 au 23 décembre 2010

Un texte de
Vincent Larouche

Publié le 10 décembre 2010 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, une chronique aide-mémoire sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Ce mois-ci: le journaliste Vincent Larouche.


revuedumois
Au moins novembre est passé vite.

Novembre est le pire mois de l’année. Chaque hiver, je jongle avec l’idée de refaire mon classement et d’accorder la palme à février. Mais non. Novembre, c’est les journées trop courtes, le manque d’ensoleillement qui va avec, la météo morose, l’absence de congé férié. Une sorte de trou noir à égale distance de la rentrée et du temps des fêtes, deux moments pas mal plus excitants.

Heureusement, il s’en est passé, des choses, en novembre cette année, tellement qu’on ne l’a presque pas vu passer.

Le petit boss qui utilise de grands mots

Qui n’a pas suivi l’affaire Joël Legendre? Passons vite sur le pseudo-scoop du Journal de Montréalbreaking news»: Joël Legendre couche avec des gars) et sur la réaction incohérente du principal intéressé («je suis fâché, ce journal est un torchon, mais je lui accorde une longue entrevue qui lui fait vendre plein de copies malgré le boycott dont il fait l’objet»).

Non, la vraie nouvelle ici, c’est que pour se défendre, l’auteur de l’article a évoqué les concepts «d’intérêt public» et de «démocratie», en entrevue au FM93 de Québec. Une preuve irréfutable que les choses ont changé depuis l’époque où je travaillais au quotidien de la rue Frontenac, alors que les petits boss comme lui étaient limités à des expressions comme «ça va être vendeur en criss».

La leçon d’humilité

Parlant de vendeurs, un autre gros événement de novembre, c’était le Salon du livre de Montréal. J’y participais pour la première fois en tant qu’auteur. Belle leçon d’humilité. Tu sors un livre, tu te penses bien bon, ta mère en achète plein pour donner à la famille… puis tu te retrouves au Salon du livre et tu te rends compte que la majorité du monde se fout pas mal de toi.

Ma table de dédicaces était située entre le nouveau livre de photos de Céline Dion et la collection des aventures d’Aurélie Laflamme, par India Desjardins. Je peux témoigner qu’elles, elles en vendent, des livres. Beaucoup. Point fort de la soirée? India Desjardins m’a reconnu, assis seul à ma table. «Hey, toi, t’écris pour Rue Frontenac, c’est ça? Je pense que je te suis sur Twitter!»

Elle n’a pas pu me jaser longtemps, il y avait toujours quelque chose comme 500 jeunes qui faisaient la file pour la rencontrer. Ils ne voulaient pas savoir qui elle suit sur Twitter.

Un rare moment de mobilisation

En un mois, près de 240 000 personnes ont signé la pétition pour la démission de Jean Charest. Une pétition qui envoie certes un message clair, mais qui n’a aucun effet concret. Si seulement la moitié de ces internautes étaient capables de se mobiliser quand leur «clic» compte vraiment, JoÈve aurait peut-être été sauvée à Occupation Double.

La réaction démesurée

D’accord, en novembre, WikiLeaks a révélé publiquement des choses qu’il aurait peut-être mieux valu garder secrètes, comme le fait que Nicolas Sarkozy s’est ridiculisé dans une rencontre de diplomates en courant en rond derrière un lapin.

Mais est-ce une raison pour appeler à l’assassinat de son fondateur, Julian Assange, comme l’a fait le chroniqueur anglophone-vedette de Quebecor, Ezra Levant? Est-ce qu’on pourrait s’entendre pour dire qu’appeler au meurtre de quelqu’un dans les pages d’un grand quotidien, c’est un peu too much?

La gaffe à 7 milliards

En novembre, Pierre Karl Péladeau a poursuivi pour 700 000$ le vice-président de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, parce que ce dernier l’avait traité de voyou.

Puis, à la fin du mois (en fait, c’était le 4 décembre, je triche un peu), près de 10 000 personnes ont manifesté devant le Journal de Montréal pour dénoncer le lock-out qui y perdure depuis 22 mois, gracieuseté de M. Péladeau. La foule s’est emportée et a scandé «Voyou!» à répétition.

Une foule naïve, qui ne réalisait pas qu’elle venait de fournir une nouvelle chance d’enrichissement à PKP: à 700 000$ par manifestant, le «boss de toutte» pourra maintenant réclamer 7 milliards lors de sa prochaine poursuite.

Regardez-le bien aller en décembre.


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1 commentaire
  1. Bonne revue, Vincent.

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