La revue du mois de septembre

Numéro 162

2 au 8 octobre 2009

Un texte de
Marc-Antoine K. Phaneuf

Publié le 2 octobre 2009 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de septembre

Ç’aura été un mois de septembre normal, une rentrée culturelle bien arrosée, où j’ai cherché des monstres et des héros sans trouver grand-chose sublime. J’aime ce qu’on fait aujourd’hui des nazis et je songe à adopter un métalleux.

J’ai tourné tout le mois sur moi-même pour me rendre compte que ce que je cherchais était direct dans mes shorts, juste à côté du stand à patates frites.

1er septembre: Rien qui presse

Grosse nouvelle, incroyable mais plausible. La Presse annonce qu’elle songe à suspendre sa publication imprimée. La gueule m’est tombée sur le coup.

Mais finalement, c’est pas surprenant: je ne lis plus La Presse depuis des lunes, comme tout le monde, je me contente de cyberpress.ca (fouillez-moi pourquoi, mais je le prononce toujours en anglais, sûrement à cause de cyber, un mot du futur).

Voici mes suggestions advenant une cessation de la version imprimée dès le premier décembre; La Presse pourrait la remplacer par:

1. Un hebdomadaire sur la lutte québécoise;

2. L’embauche de Patrick Huarrrrrrr (le pirate) pour qu’il anime une émission de services à V;

3. Une franchise PFK à Dollard-des-Ormeaux;

4. Un premier choix au repêchage;

5. Une participation aux Jeux olympiques de Kent Nagano;

6. L’achat du Colossus de Laval pour en faire un hippodrome clandestin;

7. L’envoi de Patrick Lagacé dans l’espace.

Les possibilités sont infinies.

4 septembre: la plus belle journée de ma vie (j’ai failli arrêter mon compte-rendu du mois drette là)

Une journée magnifique, même si le soleil ne brille pas beaucoup. Je marche avec ma famme. Je m’excite rapidement parce que je croise sur mon chemin une pirate, un bûcheron et le diable en personne qui joue du violon juché sur des échasses – tous sur la Plaza Ontario, vente trottoir.

Tout ce qu’il manque pour que la journée soit parfaite serait de voir une célébrité. Quelqu’un de big!

Eurêka! Je croise Michel Tremblay au métro Place-des-Arts! Youhou!

6 septembre: Swastiki

En preview sur un DVD, je vois la bande-annonce du film Dead Snow, que j’ai très très hâte de voir! L’intrigue semble juteuse: une bande d’adolescents vont boire et fourrer (comme dans tout bon film d’épouvante) dans un chalet suisse (pas le restaurant, là, un vrai chalet ket’part dans les Europses) et se font attaquer par des zombies nazis.

Des zombies nazis! C’est la meilleure chose qui soit arrivée au cinéma depuis des années. Et ça fitte pas mal avec le dernier Tarantino.

Sommes-nous au début d’un mouvement cinématographique de «nazi exploitation» (je tiens l’expression de Sébastien Diaz)? À quand La liste de Schindler 2, La vie sexuelle d’Eva Braun, La Poune des SS, Auschwitz Follies et autres délires du genre? Allez, il faut refilmer l’histoire!

9 septembre: his name is Earl

Fuck, je m’ennuie d’Earl Jones. Le fraudeur. C’est vrai, de la mi-juillet à la mi-août, on pouvait suivre sa vie live sur cyberpress.ca et là, parce que môssieux est en faillite, on n’a plus de nouvelles.

Jones a monté un système de Ponzi, une arnaque trapézoïdale où le magouilleur verse des redevances à ses clients en pigeant dans les comptes de nouveaux clients.

Ça a marché une petite escousse (25 ans), mais comme les clients de Fonzie étaient principalement ses connaissances, ses amis et sa famille (wack!), il s’est finalement planté, faute de nouveaux agrès pour avancer le cashflow.

Des chèques ont rebondi, Jones a disparu, puis il est revenu en disant qu’il n’avait plus une cenne (c’est un fait, ses quatre baraques sont grassement hypothéquées) et tout le tralala…

Il s’est fait prendre maladroitement, la main dans la jarre à biscuits. On ne sait pas s’il en a de collé à ket’part, mais il me semble que tant qu’à frauder, il aurait mieux fait de disparaître avant de se faire prendre (comme dans les firmes), avec un magot caché dans le slip. Des chèques sans fonds, c’est gênant.

10 septembre: tératologie

Vernissage de l’exposition We Pet Your Cat to Death?, de l’abominable peintre Wil Murray à la Galerie Push. J’y signe un texte d’accompagnement où je compare ses œuvres à des abdomens ouverts. Gnac gnac gnac! C’est pop et ça dégouline.

Allez voir ce show qui se termine le 11 octobre, Murray est la meilleure chose qui soit arrivée à la peinture depuis Stéphane Larue.

13 septembre: Bixi à gogo

Nadège (ma famme) expose Chez Baptiste. C’est le vernissage. Cinq à sept qui s’étire, on a fait la fête comme des forcenés. Je suis le caporal Lortie et elle, c’est Valérie Fabrikant; nos amis sont d’autres monstres de la mythologie canadienne-française.

On sort du bar vers 1h30 du mat’ (bon, où c’est j’ai mis mon dentier?) et on titube en taxi jusqu’à HOMA. J’y vois pour la première fois des bornes hochelagoises de Bixi. Fuck yeah! Ça en aura pris du temps! La ville a tellement dû s’en faire voler cet été qu’elle ne craint plus de laisser traîner ses bécanes dans Hochelag’.

17 septembre: le futur imparfait

Minuit et demi, j’ai la zappette facile. On pogne les quatre mêmes postes que dans le monologue d’Yvon Deschamps: Radio-Canada en français, Radio-Canada en anglais, CTV en anglais et Télé-Métropole en français.

C’est là que je tombe sur la fin de Total Recall (Ciné-Lune). J’avais oublié ce film. Wow, Arnold sur Mars avec une machine qui transfère l’esprit de quelqu’un dans la tête de quelqu’un d’autre. Manque juste Sam le toucan et le film serait un chef-d’œuvre. J’ai hâte à Total Recall 2: Nazi Mars.

19 septembre: Master of Puppets

J’aime les métalleux. Ils sont sympathiques et parfois instruits. Souvent plus intelligents qu’ils en ont l’air.

Mais avez-vous remarqué qu’ils portent toujours le t-shirt du groupe qu’ils vont voir en show? Comme pour prouver leur loyauté à leur idole. «Regarde, Ozzy, j’achète ta merch.»

Samedi soir, c’était Metallica qui était en ville. Je ne sais pas s’ils donnaient un spectaque ou une conférence sur les Petits Pirates de Napsterville (la chorale de garçons sauvages de Gregory Charles), mais il y avait du t-shirt de Metallica en pas pour rire vers minuit dans le métro Berri-UQWHAM.

Et il n’y a pas que les métalleux qui écoutent ça, y a pas mal de monde rangé itou. J’ai vu des gars qui ont l’air d’ingénieurs avec des t-shirts de Metallica, d’autres qui ont l’air de travailler dans un pro shop d’aréna avec des t-shirts de Metallica, des gars louches qui louchent et qui ont l’air d’être concierges dans une usine d’épuration des eaux avec des t-shirts de Metallica, des banquiers saouls au sourire pas fiable qui claquent des doigts sans arrêt avec des t-shirts de Metallica, des chefs scouts un peu pédo la bave qui coule avec des t-shirts de Metallica, des sosies de Marjo, mais en moins trash, avec des t-shirts de Metallica, des mères de famille obèses et suantes avec des cernes aux aisselles avec des t-shirts de Metallica, des infirmes malamanchés avec des t-shirts de Metallica, des petites vieilles difformes avec des t-shirts de Metallica, et j’en passe…

Ils y étaient tous! Je pense même avoir vu Willy Lamothe et Terry Fox.

20 septembre: Dustin Timberlake

16h50, je fais mon devoir de citoyen.

Coin Ste-Cath et Morgan, y a un dude qui s’achète une pute. La scène est bizarre. Il est beau et a les cheveux poivre et sel, des traits semblables à ceux de Dustin Hoffman et une Saturn grise. La pute est rachitique et un peu mauve, sur le crystal meth. Ils ne vont pas ensemble.

Il y a tellement de putes dans Maisonneuve depuis qu’elles ont été bulldozées en dehors du Quartier des spectaques, c’est pas croyable. Nadège et moi prenons en note la plaque du char et une description des deux tourtereaux.

Nous remplirons en rentrant le petit formulaire que la police a distribué et des agents de la paix rendront visite au supposé client pour lui expliquer que ce qu’il a fait était mal (c’est ce qui est écrit sur le formulaire, j’imagine tellement le malaise de Dustin, et je me demande si les policiers vont cogner pendant l’heure du souper, la femme et les enfants assis à la table, attendant que monsieur l’agent finisse de faire la morale à papa… néanmoins).

Traquer du vilain est excitant! Vraiment, vous n’avez pas idée. Nadège me propose d’étirer notre marche dans le quartier question de trouver d’autres contrevenants. Pas le temps, chérie; on saute dans le bus, direction Quai des brumes, pour le 5 à 7 unplugged de Geneviève et Matthieu. Tiii-miii-liiiiiii!!!

22 septembre: péripétie

Je casse un verre de Chouffe en faisant la vaisselle et m’entaille un doigt. J’ai une jolie demi-lune de 2,5 cm de long qui jute à la base de l’index de ma main droite, la main qui sert à l’écriture. Je saute dans un taxi et hop! direction hôpital Maisonneuve-Rosemont, question d’y visiter la polyclinique (plus rapide que l’urgence).

Je demande des points de suture. On me donne le coupon no E802. Le tableau électronique indique qu’on sert le C486. Je sens que ça va être long. De toute façon, j’ai un Murakami de 638 pages et un sandwich au rosebeef mexicain (je l’ai nommé Scott, comme le joueur de hockey) pour l’attente.

Je passe finalement le premier, ouais (Na na na, na, na na na, na, hey hey hey, good bye les caves!).

Quatre points de suture, pareil comme quand j’étais petit et que je m’étais cassé la margoulette en courant dans la maison pour montrer à mon père comment mes nouveaux runnings allaient vite & bang! la patte du piano estampée dans le front.

Je serai bandé jusqu’au 2 octobre.

24 septembre: Stacey

Suivi et changement de mon pansement. Rendez-vous à 18h. J’arrive à l’avance à la clinique, c’est l’anarchie. Un médecin est absent et on passe les clients comme on peut, par ordre de priorité.

À cause du rendez-vous, j’avais prévu une visite éclair avant souper et Murakami est resté à la maison. Je vois le médecin – 30 belles secondes – à 21h45, ma plaie est très belle.

En fin de compte, je ne suis pas déçu d’avoir attendu: l’infirmière a des seins énormes et mon bandage est encore plus gros que celui d’avant.

25 septembre: marché aux puces

Le genre de soirée où il y a trop à faire et où on ne sait plus où se mettre. Navet Confit se déguise en vampire et lance un disque (rh rh rh ahouuuuuu!), Minibloc et Jean-Pierre Gauthier en performance à Clark (tsi ki boom tsi boom tsi ki boom tsi boom), des amis exposent à la Maison des Arts de Laval (bruits de Civic montée, départ en trombe, at-ti-tu-de), d’autres nous convient à un party d’huîtres (bruits de succion).

On a plutôt opté pour le vernissage de BGL à la Parisian Laundry (sons de fête foraine), un huit à dix festif qui a mal tourné. On a eu un hostie de problème. L’alcool a manqué très tôt, à neuf heures à peine, et la foule n’a cessé de grossir jusqu’à dix.

Là, ça marche pu. Pas d’art sans alcool, OK? Il me semble que c’est clair! Néanmoins. L’expo est bonne. BGL a fait un mini marché aux puces avec de vieux morceaux d’œuvres et d’autres bébelles purement quèbes. Manque juste matante Raymonde.

26 septembre: country centre-ville

Vu dans un hebdo culturel: on annonce un show de Renée Martel à l’eXcentris le 3 octobre. Eh mes amis, méchant changement de vocation. Avoir su, je n’aurais pas signé la pétition pour faire annuler la programmation cinématographique de l’Ex-Centris.

28 septembre: obsessions

Je fais une lecture au OFF-FIL, le Off Festival international de littérature, qui a comme quartier général le Café Chaos (maintenant un repaire de pirates, il y a un drapeau).

Depuis quelque temps, je suis vraiment dans un trip pirates (c’est grave). Je comprends pas trop pourquoi. Lire le dernier Dompierre (Morlante) m’a juste boosté. Arrrrrrr!

Mais le truc qui m’allume encore plus ces temps-ci (et qui est le sujet de ma lecture au Chaos), c’est le colonel Sanders. Un vrai héros moderne, digne de Che Guevara: moitié humain moitié marque de commerce.

Je vous promets de n’écrire que sur lui à l’avenir. Il va sauver la terre (comme Bruce Willis), faire périr l’ennemi juré (Ronald McBeef), sauver la femme (Kateri Tekakwitha) et conquérir l’espace pour y lire des poèmes (du jamais vu!).

C’est çui-là qu’j’cherchais, le bon vieux grand-père qui sent le poulet frit. Il traînait dans mes viscères tout ce temps-là.

Il a réponse à tout. D’ailleurs, si vous voulez vous égayer avec une fille de joie, lisez Murakami (Kafka sur le rivage), il y a un colonel qui sommeille aussi en vous.


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  1. Gabriel says:

    Tu n’es pas seul à avoir un trip de pirate, le 19 septembre c’est le “International Talk Like A Pirate Day” (http://www.talklikeapirate.com/). C’est normal, t’inquiète pas…

  2. Anne-Marie G. says:

    J’adooooooooooore!!!!! Naturellement.

  3. Patoche says:

    ton “devoir de citoyen” ressemble plutôt à de la délation…

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