La revue du mois d’octobre

Numéro 197

12 au 25 novembre 2010

Un texte de
Jean-Francois Chagnon

Publié le 12 novembre 2010 dans
Chroniques, La revue du mois

La revue du mois de P45, c’est le carnet de bord de nos collaborateurs sur le mois qui vient de s’écouler, une chronique aide-mémoire sur ce qui restera dans les annales et ce qui est déjà oublié. Ce mois-ci: Jean-François Chagnon, des Appendices.

revue du moisSur les calendriers cheaps, sur les panneaux publicitaires boboches, sur n’importe quelle affaire quétaine et convenue, l’imagerie d’octobre est toujours liée à l’Halloween.

On ne peut se promener dans les rues sans voir surgir de partout le symbolisme de la peur (chauves-souris menaçantes, squelettes horrifiants et adolescentes déguisées en bébés).

L’Halloween éclipse tout le reste d’octobre.

Évidemment, bien sûr, comme tout le monde, évidemment, l’Halloween me renvoie à l’enfance. Et me rappelle, surtout, que je me sentais perplexe par rapport à cette fête: j’aimais les bonbons, mais je détestais l’attitude avide et idiote des autres enfants. J’adorais les costumes, mais j’abhorrais devoir porter un suit d’hiver en dessous de mon déguisement de Scorpion dans Mortal Kombat.

Chaque année, l’imagerie halloweenesque d’octobre me replonge dans ce sentiment ambigu; tout me semble paradoxal, tout se contredit. Octobre me rappelle le caractère équivoque de l’humain en général, et le mien en particulier. Rien n’a de sens. Tout flotte.

La canonisation du frère André 1er

Avoir la foi est, pour moi, un signe de grande faiblesse intellectuelle. Je n’estime pas beaucoup, beaucoup, la ferveur religieuse. Quelle qu’elle soit. Je suis athée et bla, bla, bla. (Surprenante, hein, mon opinion? Surtout pour un enfant gâté né au Québec dans les années 80 qui a lu Camus au cégep.)

Bref, pour moi, être religieux, c’est croire en la magie. Prier Jésus équivaut un peu à prier Alain Choquette.

Mais.

Ma grand-mère Thérèse idolâtrait le frère André (littéralement: elle avait des posters de ce monsieur-là). Pour elle, ses miracles étaient réels.

J’aimais profondément cette grand-mère. Je pleure encore un petit peu, parfois, en pensant qu’elle est morte pour vrai.

La canonisation du frère André n’a pas pantoute remis en question mon refus de la religion, mais m’a plutôt placé dans une posture de doute: puis-je aimer, sans juger, quelqu’un qui a des valeurs opposées aux miennes?

Oui, de toute évidence. Comme je respecte et j’aime inconditionnellement cette grand-maman.
Alors, mes opinions valent-elles juste de la marde?
revue du mois

L’humour

C’est mon travail (selon Wikipédia en tout cas). C’est aussi le seul mode d’expression qui me convienne: tous les problèmes m’apparaissent risibles, tous les drames, pathétiques, toutes les tragédies, absurdes. C’est ma passion. Qu’on pourrait dire.

Mais.

L’état d’ambiguïté au centre duquel octobre 2010 m’a squeezé n’a pas épargné l’humour.

Certains comiques m’ont paru géniaux:

  • Tina Fey: avec Thirty Rock live.
  • La découverte de Cyanide & Happiness: par le biais d’une application iPhone que m’a recommandée mon ami Dave Bélisle.
  • Le sketch de Marc Labrèche et Bruno Blanchet sur Anne-Marie Losique: autant d’objets sortant d’une noune, moi, je trouve ça drôle.

Alors que d’autres humoristes m’ont donné envie de me faire empaler par le pénis en métal rouillé de Peter Weller. Pour que la douleur physique me permette d’oublier la honte (merci Jonathan Painchaud pour ces belles paroles).

Honte d’être le confrère de ces gens (toujours selon Wikipédia). Tellement honte que je ne les nommerai pas. Ce serait de la simple méchanceté.

  • Un certain monologue: ma blonde et moi avons assisté à un show interminable (une heure) lors duquel fusaient sans pitié les blagues de mononcle, les clichés exempts d’ironie, les maladresses de langage gênantes, le manque radical d’intelligence. Chaque gag me serrait le cul de malaise. Ma blonde a presque fait une crise de panique parce qu’elle ne pouvait pas s’enfuir (on était assis au milieu de la foule, qui, tristement, s’esclaffait avec sincérité).
  • Trop souvent la relève: par souci de professionnalisme, je me rends parfois à des soirées appelées – à tort – «soirées d’humour». La plupart du temps, ça me fait davantage pleurer que rire. Trop de nouveaux talents n’en ont pas, justement. Particulièrement les ersatz de ce qui est déjà pourri. Sans propos. Sans couleur. Sans personnalité. Sans culture. Sans vision.C’est pas parce que tu étais drôle dans ta classe en 3e secondaire et que tu imites bien d’autres imitateurs connus, mais minables, que, nécessairement, tu dois aller essayer de brûler les planches.

Le boycott du Journal de Montréal

J’appuie totalement les journalistes. Je suis contre l’approche déshumanisante de Péladeau. Pour protester, j’ai cessé de lire Le Journal de Montréal.

Mais.

Je ne le lisais déjà pas. La plupart des gens qui, comme moi, le boycottent en l’affirmant haut et fort ne l’ont jamais lu et, pire, l’ont toujours dénigré.

Les réels lecteurs du Journal de Montréal – ceux qui s’intéressent à son contenu – ne se câlissent-ils pas de ceux qui l’écrivent? Ne le liraient-ils pas même si des singes esclaves le rédigeaient? Je sais pas.

Cette cause est noble et belle. Mais je me sens imposteur. Ne plus lire ce journal est aussi facile, pour moi, que d’arrêter d’acheter des carabines parce que je suis contre les fabricants d’armes à feu.
revue du mois

Le hockey

La saison a débuté le 7 octobre. Me semble. Je m’en crisse plus qu’exagérément. Pire que ça, même: j’exècre le hockey. Le sport, bien sûr. Mais aussi toute la culture qui s’y rattache.

Mais.

Je n’arrive pas à déclarer ce dégoût sans penser à cette passion qu’ont mes amis, mon frère et mon papa (Que je respecte. Énormément. Pour leur intelligence. Leur lucidité.) pour ce jeu qui me donne l’impression que l’humain n’est qu’épais. Le hockey m’a fragmenté.

Les bruits de pet

Ma blonde s’est acheté un iPhone 4. L’application iFart nous réjouit. Nous passons des heures à écouter des sons de fiouses. Ça nous fait rire aux larmes. Littéralement.

Le 31 octobre, au Quai des Brumes, j’ai donné un petit spectacle lors duquel mon seul numéro consistait à faire des pets en soufflant grassement avec ma bouche dans le creux de mon coude.

Mais, aussi, je lis et j’aime Baudrillard, Barthes et Lyotard, tsé.

Puces Pop et le DIX30

J’adore Puces Pop. J’y ai acheté des affiches et des chandails. Jolies et jolis.

Pour un tournage, j’ai dû me rendre au DIX30. Un lieu presque lynchéen: une ville artificielle, genre de centre commercial extérieur où de la muzak joue dans les rues.

Ce qui me trouble: le plaisir que j’ai éprouvé à Puces Pop est identique à celui des banlieusards qui consomment au DIX30.

Jackass 3D

J’ai vu la bande-annonce des centaines de fois tout au long du mois. Parfois par hasard. Parfois par choix. Ces gars-là créent chez moi un sentiment contradictoire. J’ignore si je me trouve devant les pires épais du monde dont la raison d’être se résume à recevoir un maximum d’objets durs dins schnolles ou face à des créateurs subversifs qui utilisent, avec efficacité, les médias pour dénoncer, par l’ironie, toute la vacuité de la culture populaire.

Probablement que la première option se rapproche plus de la réalité et que la deuxième est un prétexte que l’intellectuel en moi a trouvé pour excuser que ça le fait pas mal rire: ça.

Les frères de René-Charles

Nelson et Eddy. C’est pas pire.

Mais je préfère la proposition de Julien Corriveau: Céline-Pénis Junior.com/lol et Angelil-Hammer 1994.

Ça n’a aucun lien avec le reste de mon texte, mais ça valait la peine d’être dit quelque part.

La canonisation du frère André 2e

Comme il y a déjà un saint André (en tout cas, il y a une rue), comment nommera-t-on celui-là?
Saint frère André, j’imagine?

Bon. Ça, c’est réglé.

Néanmoins, demeure un problème. Celui qui m’enfonce le plus profondément dans cette déchirure dichotomique du paradoxe: quand on canonisera André Robitaille, quel nom lui donnera-t-on?

Je propose : saint André Boudichon de la Congrégation du Grand Vazimolo.

Et on s’amusera à compter des «pout pout» dans le Notre Père.

revue du mois


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
6 commentaires
  1. Maxime says:

    Le lien sur les bruits de pet peut mener à ça. C’est terrible.
    http://www.youtube.com/watch?v=FRkgq4QTR9Q

  2. Kev says:

    Même pas besoin de commenter. Juste besoin de citer. C’est gênant.

    D’abord :
    «Alors que d’autres humoristes m’ont donné envie de me faire empaler par le pénis en métal rouillé de Peter Weller. Pour que la douleur physique me permette d’oublier la honte (merci Jonathan Painchaud pour ces belles paroles).

    Honte d’être le confrère de ces gens (toujours selon Wikipédia). Tellement honte que je ne les nommerai pas. Ce serait de la simple méchanceté.»

    Ensuite :
    «Ma blonde s’est acheté un iPhone 4. L’application iFart nous réjouit. Nous passons des heures à écouter des sons de fiouses. Ça nous fait rire aux larmes. Littéralement.

    Le 31 octobre, au Quai des Brumes, j’ai donné un petit spectacle lors duquel mon seul numéro consistait à faire des pets en soufflant grassement avec ma bouche dans le creux de mon coude.»

    . . .

  3. Audrey PM says:

    Épelaye, Kev

    Relis le texte, à un degré de plus cette fois-ci

  4. Kev says:

    - Et si vous assistiez à ces shows d’humour, à un degré supplémentaire ?
    - Et si vous appuyiez sur le bouton *prout* de votre iFart, à un degré supplémentaire ?

    . . .

    Si j’augmente ma lecture d’un degré, le résultat donne « inconséquence exposant 2 ». Si j’augmente encore, ça expose en 3.

  5. Edgar Pruviance says:

    @Kev(in Costner): Moi j’ai adoré l’entièreté du texte. J’adore l’inconséquence des editoriaux dans lesquels il est question de bruit de pet. Sauf que comme toi, moi aussi ca me choque qu’il dise que certains humoristes lui donne envie de se faire empaler par “le pénis en métal rouillé de Peter Weller”. Il aurait été plus délicat et plus respectueux de parler d’empallage par le “pénis non-rouillé de Peter Weller trempé dans le tremclad”.

  6. Agaston says:

    Je vais retenir ca. Quand je vais dire kekchoz qui marche pas trop, je vais dire “Dah! Reprend ce que je viens de dire à un degré de plus!”

    Merci pour le truc.

Commenter