La route

Numéro 102

8 au 14 février 2008

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 8 février 2008 dans
Chroniques, La page 45

La route

Deux personnes, un père et son fils, qui s’empêchent de mourir, dans un monde postapocalyptique gris, hostile, mort. La route est un livre de morts, un de ceux qui vous terrassent jusqu’au plus profond de votre être, vous forçant à avaler de travers chaque respiration des protagonistes qui poussent un caddie à travers un territoire sans fin.

Ce qui est terrifiant, c’est le réalisme avec lequel McCarthy décrit ce monde nouveau, dont on ne sait pas très bien quelle catastrophe a pu anéantir la civilisation. Le scénario épouvante par sa vraisemblance et sa force de suggestion, dans une allégorie qui conclut d’une certaine manière le Sur la route de Jack Kerouac ou tout autre récit de conquête des grands espaces qui a un jour fait partie de la mythologie américaine.

Il n’existe plus ni Bien ni Mal, juste des êtres humains livrés à eux-mêmes, dans un monde où il ne reste plus que des cendres et des morceaux de plastique. Le passé semble même ne jamais avoir existé. Persiste seulement cette hypothèse, que reste-t-il de l’être humain lorsqu’il ne reste que lui seul?, illustrée par cette métaphore d’après fin du monde et racontée avec un dépouillement stylistique tel que le roman s’apparenterait davantage à un long poème.

Un poème chuchoté. Sans même de tirets pour marquer les dialogues. Dialogues, il n’y a pas, parce que tout est vent, tout est poussière, et que les mots eux-mêmes sont déchirés par une envie de tout laisser tomber. Il est en effet plus facile, à ce stade, de mourir que de survivre.

À la page 45 de La route, le père vient de tomber sur une remorque, anciennement tirée par un tracteur qui juche maintenant au-dessus du vide, coincé contre la rambarde d’un pont.

Cormac McCarthy n’accorde que très peu d’entrevues aux médias. Il en a tout de même accordé une à Oprah Winfrey. Une rencontre quasiment littéraire.

En 2006, La route a mérité à son auteur le prix Pulitzer. Le roman sera adapté au cinéma; Viggo Mortensen et Charlize Theron auraient été pressentis pour être de la distribution.

MCCARTHY, Cormac. La route, Éditions de l’Olivier, Paris, 2008.


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