Lâche pas ton style: Harvee

Numéro 57

15 au 21 décembre 2006

Un texte de
Myriam Rondeau

Publié le 15 décembre 2006 dans
Culture, Musique

Lâche pas ton style: Harvee

J’ai pris en charge le navire de la section Musique de P45 tout récemment.

J’étais fébrile, mais également surexcitée devant la tâche qui se dessinait au travers de la brume. Affublée de mon nouvel attirail de capitaine (mais sans équipage, il faut le mentionner), j’ai lancé mes filets un peu partout, les yeux fermés, en espérant attraper une prise intéressante.

Je tombe sur une enveloppe jaune décidément trop serrée dans le casier postal. J’ai déchiré l’enveloppe sans autre forme de procès et laissé glisser son contenu dans mes mains. Mes filets avaient donc fini par prendre une prise au motif marin, bleu et vert orné d’un petit bateau et d’un nom: Harvee.

Le galet et la marée

J’en ai fait l’écoute une première fois, puis une deuxième, puis une autre et une autre. C’est assez complexe de saisir exactement ce qui donne au son d’Harvee et à son disque Sink or Swim autant de légèreté, de finesse.

Il y a d’abord les voix entremêlées des six membres qui se donnent la réplique en boucles ludiques, les cordes occasionnelles, puis les mélodies festives que forment la trompette et le clavier, les guitares, la basse et la batterie et finalement la voix de Philippe Guérin juste, heureuse et qui a ce petit quelque chose d’anglais malgré ses origines on ne peut plus québécoises.

Le disque se déroule de un à onze sans jamais détonner, ni lâcher son style. Après avoir passé les saveurs des années cinquante de No one here, les tons folks de Punctured Love et This is the story of you and me, de l’humeur coloré de Space Girl et de Father was a Gambler et de l’air berceur d’Half dead horses, il reste un sentiment de fête et de confettis. Un petit quelque chose de vrai, mais d’insaisissable.

Exercice de style

Lorsque j’ai téléphoné au chanteur du groupe un peu plus tôt cette semaine, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Un coup, deux coups, au troisième Philippe Guérin répond. Décidément à l’image du groupe et de l’album: léger et aisé.

Il m’explique comment en quatre ans le groupe est passé de quatre membres à huit puis finalement à six. Harvee est d’abord une série d’essais qui depuis deux ans, à leur grande surprise, se concrétise peu à peu. Sink or Swim a été produit par les membres, les dépenses payées de leurs poches, une expérience, me dit-il, incroyable pour eux et possiblement unique puisque le deuxième (prévu pour 2007) sera fait avec plus de moyen.

Les textes à la diversité étonnante sont en fait des pièces de divers écrits rapiécés et collés ensemble, des petites parties de moments précis figés en chanson dans un chaos ordonné et mesuré. Le travail de rafistolage est si bien mené qu’il me faut la parole du chanteur pour y croire. Il ajoute que même si chaque ligne est écrite en réaction à un moment réel, ses pièces finissent par se distancier de lui et perdre ainsi de leur sens personnel au fil du temps.

Ce premier disque est une exploration, un exercice de style utilisant principalement les voix, une recherche de son dynamique, festif, décidément pas commercial.

Sur scène, Harvee a décidé d’être un peu différent que sur disque, de ne pas copier mesure pour mesure ce qui a déjà été fait. Leur musique sera plus dépouillée instrumentalement, mais gagnera en force pour les voix. Autre point intéressant: le groupe offrira autant de nouvelles pièces que d’«anciennes».

Si nous avions à décider du sort de Sink or Swim, outre un jeu de mot facile, ce serait sans aucun doute de flotter et de naviguer longuement.


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