L’aube le soir ou la nuit

Numéro 85

21 au 27 septembre 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 21 septembre 2007 dans
Chroniques, La page 45

L’aube le soir ou la nuit

Critique du livre à partir de et uniquement par la page 45.

Politiquement, on n’apprend rien. Mais L’aube le soir ou la nuit, sorte de scrapbook de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy – elle l’a suivi en campagne électorale -, nous apprend une chose cependant: le Président de la République française boite.

Bon, à part cela, c’est surtout l’histoire d’un homme pressé, ambitieux, réservé, qui une fois arrivé au pouvoir semble se désintéresser de la chose, comme le petit garçon qu’il est sans doute. Une incursion au fil des jours de l’accession à la présidence du candidat, dans un style épuré (l’auteure campe ses décors en trois mots) et avec très peu de ponctuation. Le tirage aujourd’hui aurait dépassé les 300 000 exemplaires, Reza n’accorde pas d’entrevue et le mystère plane à savoir si le principal intéressé, lui, l’a lu.

L’extrait, entrecoupé de commentaires, est tiré de la page 45:

«Toute une arrivée de Trafalgar et on n’a vu personne!

«Je veux parler pour celui qui pense qu’il n’a pas d’énergie en lui.»
Il me plaît de noter cette phrase, entendue dans son discours d’Angers, car aucun journaliste ne s’y arrêtera.


Reza note plein de phrases comme ça, des citations pas toujours éloquentes mais qui lui donnent un rôle tout à fait autre en campagne que celui plus traditionnel des journalistes (qu’elle n’apprécie guère).

— Ne vous inquiétez pas. Yasmina est là. C’est parce qu’elle a la faiblesse d’écrire sur moi.
Réunion d’une équipe dirigeante dans un salon de l’UMP. Il arrive le dernier et s’asseoit à côté de Jean-Pierre Raffarin, présent ce jour en guest-star.
— On a un sondage à cinquante et un pour cent. Ipsos. Qui paraît demain. Je vous demande de prendre tout ça avec froideur. Tout ça ne veut rien dire. C’est aussi peu définitif dans le positif que dans le négatif. S’énerver ne sert à rien. L’autre commence à débloquer à plein pot. Elle devient complètement cinglée à expliquer aux Iraniens que le nucléaire civil c’est bon pour nous et pas pour eux.


En même temps, c’est parfois comme à la télévision, et on se sent voyeur… Ce n’est pas habituel d’entendre ce que disent les candidats dans le privé les uns sur les autres.

Jean-Pierre Raffarin prend la parole pour préciser le déroulement des «Forums de l’Union» qu’il coordonne.»

Franchement, être voyeur, on en a envie. Reza débusque pour nous une perle de sujet, la légitimité derrière l’ambition d’un homme de la trempe de Nicolas Sarkozy. «Être adulte c’est être seul», cite-t-elle. C’est spéculatif mais plutôt réjouissant.

L’aube le soir ou la nuit sort dans les librairies du Québec le 25 septembre.


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1 commentaire
  1. C’est étonnant comment ce livre a créé une immense controverse en France mais l’avantage, c’est que ça a permis a Reza de se distinguer parmi les 700 autres sorties de la rentrée littéraire Parisienne.
    Bien sur, beaucoup de mal a été dit sur le livre même si peu de personnes l’ont réellement lu, on retient alors évidemment que Sarkozy attire inexorablement l’attention et que la forme l’emporte trop souvent sur le fond.
    Le livre s’est vendu sur le simple nom de Sarkozy alors Reza a peut-être réussi à obtenir ce qu’elle voulait.
    Après tout, elle devait très bien savoir dans quoi elle s’embarquait.