Le combat de l’année: arrêtons d’en parler et allons jouer dehors!

Numéro 24

3 décembre 2004 au 3 février 2005

Un texte de
Marie-Claude Beaucage

Publié le 3 décembre 2004 dans
Chroniques, Le combat du mois

p_CombatMois_1204.gifParler est à la mode par les temps qui courent. Parler comme dans le sens de communiquer. La communication, c’est très important, franchement, tout le monde sait ça en 2004.

Communiquer aura des effets bénéfiques dans vos interactions avec d’autres individus, que ce soit dans votre couple, au boulot, avec votre famille, avec vos amis, etc. Parler quand ça ne va pas vous évitera de faire des ulcères ou pire, de développer des cancers. Incidemment, parler quand ça va bien est également louable; au mieux, ça fait de vous une personne gentille et pas compliquée et au pire, on vous trouvera complaisant, surtout si votre conception de la communication vous pousse à déclarer quelque chose comme: «J’ai toujours voulu te dire que tes cheveux ont l’air doux.»

Mais bon je m’écarte un peu et je ne m’improviserai pas spécialiste en matière de psycho-pop, c’est P45 après tout, pas Châtelaine.

Venons-en donc aux faits: parler à la télévision est également de plus en plus à la mode. Il y a quelques années, Janette a été une sorte de précurseur dans le domaine de la jasette télévisée en instaurant cette tendance dans notre petit univers télévisuel. Depuis, il est de bon ton de se répandre à la télé et les shows de chaises de tout acabit qui se succèdent au fil des saisons en sont un bon exemple.

Mais depuis cet automne, cette inclinaison pour la parlotte à la télé a atteint son paroxysme grâce à – ou à cause de, c’est à vous de choisir – l’adaptation québécoise de Tout le monde en parle. Depuis cet avènement télévisuel, il n’y a plus seulement les gens qui sont invités à la télé qui parlent, mais aussi les deux millions et quelques personnes qui sont rivées à leur téléviseur le dimanche soir qui n’en finissent plus de parler, le lundi matin, de l’émission de la veille.

Et comprenez-moi bien, je ne veux pas critiquer TLMEP, l’animateur, le format, le décor, ou le montage… Tant mieux si grâce à cette émission, les gens vont acheter le nouveau Loco Locass, voir le film dans lequel joue Marie-Josée Croze ou bien l’exposition de photos de Reza.

C’est certain que je préfère que ce soit une émission comme Tout le monde en parle qui jouisse d’une telle popularité. Mais ce sont surtout les conséquences d’un tel succès que je considère plutôt inquiétantes. Bon, on peut bien sûr être sceptiques quant à la fiabilité des méthodes de calcul d’auditoire. Mais quand même, on peut admettre que beaucoup, beaucoup de gens regardent TLMEP et que parmi ces gens se trouvent des gens qui, avant, le dimanche soir, lisaient un livre ou le journal, allaient prendre une marche, soupaient avec des amis ou leur famille, allaient voir un show, bref, faisaient quelque chose de constructif.

Maintenant, il y a de bonnes chances que si vous soupez chez des amis le dimanche soir, ce sera devant le téléviseur. Il y a même des producteurs de spectacles qui ne veulent plus programmer un show le dimanche soir, parce que les gens ne veulent pas manquer «le grand rendez-vous télévisuel du dimanche soir». C’est quand même triste.

Bien sûr, une proportion des gens qui regardent TLMEP ne devait pas faire autre chose que regarder la télé le dimanche soir. Mais pour tous ceux qui se sentent obligés de s’asseoir devant leur télé le dimanche soir – parce qu’ils n’ont pas le choix «c’est pour leur job», parce que «c’est de la maudite bonne télé» ou bien «au cas où quelqu’un dirait quelque chose d’intéressant» -, fermez donc la télé.

Aller donc jouer dehors. C’est pas tellement grave si vous n’avez rien à dire lundi matin.


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

Discussion

Appréciations
Tweets
Sans commentaire

Nous sommes désolés, il n'est pas possible de réagir à cet article pour le moment.