Fin d’avril, les discussions débloquent et une entente est signée entre le Festival St-Ambroise Fringe de Montréal et l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Entente permettant la tenue des activités extérieures du festival au Parc des Amériques, avec seulement quelques restrictions quant aux heures d’opération.
Suite à des plaintes de citoyens, l’arrondissement du Plateau Mont-Royal venait d’interdire au festival Fringe de vendre de l’alcool après 21 h et de terminer ses spectacles après 22 h. Jusqu’alors, et malgré les protestations des organisateurs et d’amateurs d’arts de la scène, il semblait bien que le Fringe devait se plier aux nouveaux règlements dictés par l’arrondissement. Pour un arrondissement qui s’est toujours vu comme un moteur culturel de Montréal, chasser le festival Fringe semblait envoyer un douteux signal à la communauté culturelle.
Démocratiser le spectacle vivant
Présentée du 8 au 18 juin prochain, la seizième édition de ce festival de la marge a été compromise par la décision municipale. Installé au Parc des Amériques, angle St-Laurent et Rachel depuis l’an 2000, le public du festival était de 53 000 personnes en 2005 alors qu’il était de 18 000 à ses débuts, lorsque le Fringe se déroulait dans le ghetto McGill.
Autrefois majoritairement anglophone, son déménagement au cœur de la Main lui a permis d’accroître son rayonnement auprès de la communauté francophone. L’an dernier, la moitié des festivaliers avait le français comme langue maternelle. L’emplacement du parc fait de celui-ci un lieu stratégique faisant la jonction entre l’est et l’ouest de la ville.
Festival unique à Montréal, le Fringe fonctionne sur une logique communautaire et équitable. C’est en Écosse que le premier festival Fringe a vu le jour en 1947 et on compte maintenant une trentaine de festivals du genre au Canada et aux États-Unis. Ce festival de théâtre, de danse et des arts de la scène compte quatre principes de base : il n’y a pas de jury, les compagnies qui y participent sont choisies par tirage au sort, le coût des billets ne peut excéder 9,00 $ – ce qui rend les pièces très accessibles au public, et finalement toutes les recettes de la billetterie sont remises directement aux artistes.
Puisque les organisateurs ne comptent pas sur les billets vendus pour s’autofinancer, la vente d’alcool sur les sites extérieurs devient donc primordiale. La décision de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal venait donc briser les ailes du festival. Il semble que le problème est issu de la construction, ces dernières années, de luxueux condominiums aux abords du Parc des Amériques. Les résidants dont les balcons donnent du côté du parc bénéficient d’une vue imprenable sur les divers spectacles se déroulant sur la scène. Si certains ont profité avec joie de cet accès aux premières loges, d’autres ont trouvé que les manifestations artistiques brimaient leur tranquillité.
Sueurs froides
L’entente ne sera valide que pour l’édition 2006. « Dans le passé, il y aurait eu des excès, c’est sûr que ce n’est pas un élément favorable au comité organisateur pour la poursuite des choses », a affirmé en entrevue téléphonique Marc Snyder, porte-parole d’Helen Fotopulos, mairesse de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal.
De son côté, Jeremy Hechtman directeur du festival est soulagé de voir le conflit se régler. « Je suis satisfait, dit-il, on a maintenant besoin de se concentrer sur le festival et on ne peut pas continuer de se battre avec la Ville ». Malgré le règlement, l’animosité se ressent encore un peu entre les parties. Le comité organisateur ne sait toutefois pas ce qu’il adviendra de sa scène extérieure l’an prochain.
Les troupes participantes au Fringe sont également affectées par cette décision de la Ville. Il existe peu de festivals à Montréal qui présentent des contenus aussi originaux tout en faisant une belle place aux troupes indépendantes. « Je trouve déplorable que l’arrondissement aille à l’encontre de la politique culturelle de Montréal », assure Denys Lefebvre, de la compagnie Tenon Mortaise, qui participera pour la première fois cet été au festival. Pour le metteur en scène, ce festival de la marge est unique en son genre et son emplacement permet de rejoindre les deux communautés linguistiques.
Le retour au Plateau Mont-Royal effectué par les organisateurs permet de dynamiser encore plus le secteur. « Le Fringe, même s’il ne rejoint pas encore le grand public, « est devenu un incontournable à Montréal », croit Denys Lefebvre. Pour la petite compagnie, le Festival Fringe représente une plate-forme qui lui permet de reprendre leur pièce L’Insaisissable mandarin à peu de frais, tout en lui donnant la possibilité d’élargir leur public.
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