Le mariage entre la raison et la misère noire

Numéro 23

5 novembre au 2 décembre 2004

Un texte de
Jacqueline Hoang Nguyen

Publié le 5 novembre 2004 dans
Arts visuels, Culture

Soucieux d’enrichir la culture internationale de ses lecteurs, P45 a demandé à Jacqueline Hoang Nguyen, jeune Montréalaise cosmopolitaine qui fait présentement sa maîtrise en arts visuel en Suède, de nous parler de ce qui se fait dans le milieu de l’art contemporain. Elle nous présente une exposition des frères Chapman, les «enfants terribles» de l’art.

p_artsvisuels_1104.gifÀ la suite de la publication du manifeste anti-esthétique «We Are Artists» en 1992, les frères Jake et Dinos Chapman ont connu une ascension notoire en Europe, pour ensuite se faire remarquer à New York, lors de l’exposition «Sensation» au Brooklyn Museum en 1999. Le galeriste britannique Saatchi avait présenté ses artistes protégés anglais à la scène nord-américaine, ce qui avait causé un remous médiatique.

À cause des œuvres à contenu obscène et grotesque, l’exposition a provoqué un vif débat sur la liberté d’expression en art. En fait, l’attention accordée à ces artistes et leur surexposition médiatique leur ont valu l’étiquette de «jeunes artistes britanniques». Parmi ceux-ci figuraient les frangins Chapman, aussi nommés les «enfants terribles» de l’art, principalement à cause de leurs installations audacieuses et perverses de mannequins d’enfants clonés et en copulation.

En primeur dans les pays scandinaves, les frangins Chapman présentent une rétrospective au Dunkers Kulturhus à Helsinborg. Ce musée est l’une des principales institutions qui abrite les manifestations d’art contemporain en Suède, aux côtés de Moderna Museet à Stockholm et du Rooseum – Contemporary Art Museum à Malmö.

L’exposition de Jake et Dinos Chapman conserve toujours le même postulat : la représentation de divers tabous à la fois présents dans la culture populaire et dans l’histoire de l’art, tels que la pornographie, la sexualité, les mutations génétiques, la violence sanguinaire et les effets de la mondialisation. Leurs installations sculpturales, maquettes, vidéo ainsi que leurs gravures juxtaposent les thèmes horrifiques et obscènes présents dans nos sociétés actuelles.

Par exemple, «Rape of Creativity» est une installation incluant une maison-roulotte surmontée d’une enseigne McDonald’s illuminée. On peut entrevoir, au travers des rideaux ou de la porte légèrement entrouverte, des détritus de toutes sortes qui jonchent le sol, une radio allumée qui laisse échapper un son inaudible et les contours d’un mannequin aux formes masculines, allongé sur le lit et qui dissimule une érection sous les couvertures. Placardés d’affiches pornographiques, les murs et le plafond de l’intérieur de la maisonnette forment une cellule aliénée par la culture populaire. Au dehors de la roulotte, quelques crottins simulant des excréments de chien sont parsemés autour de la demeure mobile.

De plus, une roue de tracteur allongée au sol ainsi qu’une chèvre empaillée et greffée d’une tête de chien qui tient une main coupée dans la gueule complètent la scène. Ces deux éléments rappellent l’œuvre «Monogram» de Raushenberg, l’un des pères du modernisme. Finalement, à l’arrière-plan de la pièce, se trouve un mannequin en bois, entouré de plusieurs chevalets, une mise en scène d’un cours d’introduction de modèle vivant, à laquelle les spectateurs sont invités à participer.

«Rape of Creativity» est l’une des seules pièces qui propose avec convenance l’ampleur du travail des frères Chapman, tandis que les autres oeuvres n’offrent qu’un avant goût modeste. La plupart des maquettes, sculptures et gravures présentées sont de moindre envergure, simplement suggestives plutôt qu’ostentatoires et scabreuses. Finalement, il s’agit d’une rétrospective sous forme de préface explicative, convenable aux âmes sensibles.

L’exposition des frères Jake & Dinos Chapman, Äktenskapet mellan förnuft och elände (Le mariage entre la raison et la misère noire), est présentée au Dunkers Kulturhus, à Helsingborg en Suède, jusqu’au 21 novembre 2004.


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