Le miracle s’appellait The Carps

Numéro 79

1er au 7 juin 2007

Un texte de
Myriam Rondeau

Publié le 1 juin 2007 dans
Culture, Musique

Le miracle s’appellait The Carps

Dans la jungle du nightlife il y a quelques règles à suivre. Mais la majorité d’entre elles sont particulièrement stupides.

Comme celle qui interdit de mettre le chandail du band que vous allez voir excepté si vous l’avez fait vous-même sous peine de passer pour un fan fini.

Ou encore celle qui interdit de vous pointer dès l’ouverture des portes de l’établissement sous peine de passer pour un fan fini. (Et en plus, ça donne l’impression que vous n’avez rien de plus intéressant à faire et ça; on ne veut surtout pas. Mieux vaut rester chez soi, tout seul, et se présenter au moins une heure en retard comme tout le monde que de passer encore et toujours pour un fan fini.)

Ces lignes de conduite sont là pour veiller à ce que le nightlife reste ce qu’il est. C’est-à-dire hype, trendy, classy, ou tout autre synonyme ayant quelque «y» dans son orthographe. Je ne remets pas ces règles en question. Même que je les suis scrupuleusement du mieux que je peux.

Sauf qu’enfreindre quelques règles de base peut s’avérer le meilleur choix de votre soirée.

Le 24 mai dernier, Crystal Castles était de passage au Club Lambi. J’étais supposée aller voir le show après le boulot et arriver pile sur le douzième coup de minuit. Mais la vie étant ce qu’elle est, je n’ai pas travaillé cette journée-là et je me suis retrouvée avec rien à faire avant le minuit crucial.

Prise au dépourvu, je me suis ramassée à 9h20 au Club Lambi. Complètement désespérée, j’ai siroté une bière accompagnée de gens n’ayant visiblement rien compris aux règles mentionnées plus haut. Puis, alors que tout espoir de sauver ma réputation était perdu, un miracle s’est produit: The Carps, a fait son apparition sur la scène.

The Carps, c’est un peu comme Death From Above 1979, mais au lieu d’une voix qui écorche, on retrouve des tonalités aux saveurs rap 80’s avec des teintes de soul. Le groupe use d’une formule simple: basse + batterie + hyperactivité + charisme. Rien d’autre.

Ils ont offert une performance parfaite, pleine, courte, intense. Cinq pièces, les mêmes que sur leur premier EP The Young And Passionate Days of Carpedia, furent propulsées au volume maximum dans les oreilles de leur auditoire d’à peine vingt personnes. Bref, le genre de chose à laquelle on ne s’attend pas lors d’une première partie de trois à dix heures moins quart.

Puis, vers dix heures trente onze heures, les gens ont commencé à arriver. C’était bien longtemps après que mon coup de cœur ait ramassé ses clics et ses clacs.

Stop Die Resuscitate, qui assurait la seconde partie, n’a pas offert la moitié de ce que le jeune duo de Scarborough est arrivé à transmettre. Puis, finalement, Crystal Castle a touché les planches à minuit pile. Ils ont certes livré la marchandise, aidés d’un stroboscope agressif, mais pendant un trop court 30 minutes. Dans le genre short and sweet on fait difficilement mieux.

C’est très correct de suivre les règles de la trendyness, mais peut-être un peu moins quand il faut débourser 13 $ pour arriver à minuit et repartir une demi-heure après. Mon excursion hors normes pour une scenester de ma trempe m’aura au moins permis de non seulement rentabiliser mon argent, mais de découvrir un groupe mordant d’originalité.

Quand les gens m’ont demandé comment était la première partie, j’eus un sourire vague et répondais: c’était quelque chose.


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