Le moindre mal

Numéro 96

7 au 13 décembre 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 7 décembre 2007 dans
Idées, Société

Le moindre mal

À P45 cette semaine, on soupèse les vertus des produits vedettes écologiques, à la mode depuis les dernières années.

On a interrogé quelques collègues, du moment que ceux-ci n’étaient pas partis à la conférence sur le climat de Bali, partis en reportage en Europe ou juste en vacances…

Réglons un problème tout de suite. On ne peut pas être écologique. C’est tentant, comme de devenir zen («Moi, tu sais, je suis zen.») mais non, il semble que l’on peut seulement adopter un comportement écologique, avec ses propres essais et erreurs. Sur le plan individuel, ça se fait; sur le plan social, aussi.

Mais derrière cette volonté, certes louable, existent cependant tous ces organismes, ministères et entreprises qui se dotent de buts, de missions, d’objectifs, de campagnes, et qui contribuent à entretenir ce mythe du «tout vert», où l’on s’adresse aux consommateurs que vous êtes et qui portent la bonne parole de la vertu. On a envie de faire partie du processus, mais à quel prix?

L’écologie est une de ces vertus à la mode. L’écologie, on connaît, ça rime avec citoyenneté, démocratie, grandes conférences, tableaux chiffrés, conscience sociale et musique classique. Disons que l’information, sur ce plan, et le scepticisme, restent les meilleures églises.

Pour P45, il était venu le temps de relativiser un peu les choses et de vous aider à réactualiser un peu nos connaissances certains paradoxes en matière d’écologie.

Les ampoules fluocompactes

Depuis un certain temps, l’ampoule fluocompacte a été promu l’objet vert de l’année. Le gouvernement fédéral, les grandes surfaces et Hydro-Québec se sont fait optimistes et stipulent que ce type d’ampoule gaspillent moins d’énergie en ayant une durée de vie plus longue.

L’utilisation de l’ampoule fluocompacte comporte pourtant certains risques. Pour Fabien Deglise, journaliste au journal Le Devoir, il s’agit d’un «délicieux petit paradoxe.» En entrevue, le journaliste paraît perplexe.

«Il n’y a pas pour le moment chez nous de programme de recyclage de ces produits qui contiennent du mercure. Ce mercure est certes présent à des niveaux très bas, mais si tous les ménages adoptent ces ampoules et les envoient à la poubelle après leur vie utile, on risque de se retrouver collectivement devant un risque de contamination assez important.» Le temps que les initiatives de recyclage se généralisent dans les quincailleries, on se dit qu’il y aura certainement des ratés.

Moins d’énergie, mais aussi quatre fois moins d’énergie en chaleur. Il se pourrait que ce dernier facteur – la perte de la quantité de chaleur émise par les ampoules traditionnelles – fasse que les chaumières québécoises en hiver doivent en conséquence se chauffer davantage, et donc augmenter la pollution sans aucun bénéfice en bout de route. Pour l’instant, aucune étude ne précise ces impacts environnementaux.

Le mois dernier, Hydro-Québec avait commandé une étude sur l’impact environnemental de ce type d’ampoules. «On se préoccupe des impacts environnementaux que peuvent avoir les produits dont on fait la promotion», disait à cette époque à La Presse Hélène Laurin, porte-parole d’Hydro-Québec. Pas de nouvelles depuis.

Enfin, l’objet lui-même n’est pas tout à fait à l’abri des défauts de conception. Comme le disait la Presse canadienne le 30 octobre dernier, «ce ne sont pas tous les fabricants qui incluent dans chaque ampoule un détecteur de fin de vie qui l’éteint avant qu’elle ne brûle ou fonde.»

L’Association canadienne de normalisation doit se pencher là-dessus d’ici un an. C’est long.

Les piles domestiques

Il n’y a pas tellement à dire, sinon que le Québec est un gros consommateur de piles domestiques et que son système de récupération n’est pas tellement efficace.

Chaque année, le Québec consomme 48 millions de piles, selon l’Association canadienne des piles domestiques. Selon des statistiques de 2004, on récupère 147 tonnes sur les 1 565 tonnes totales, soit 9,5 %.

Le recyclage des piles domestiques reste tributaire de la bonne volonté du consommateur.

L’éthanol

Fabriqué à partir du maïs, l’éthanol prétend pouvoir remplacer peut-être un jour le carburant tiré du pétrole. L’exploitation de cette mono-culture implique cependant des impacts environnementaux assez sévères, assez pour que le gouvernement Charest ait renoncé à encourager cette pratique.

On parle de dégradation des sols, de contamination des cours d’eau, de l’utilisation abondante d’herbicides, d’insecticides et d’engrais, de la hausse du prix des denrées et de la réduction des surplus de maïs autrement envoyés aux pays pauvres.

Selon Fabien Deglise du Devoir : «En voulant réduire sa consommation de pétrole, on met de la pression sur l’agriculture qui, pour faire pousser du maïs, par exemple, va accroître sa consommation d’eau, de carburant mais aussi faire grimper les prix d’un produit de consommation courante.»

Les agrocarburants, les biocarburants, peu importe, sont d’ores et déjà nécessaires à une saine exploitation des ressources naturelles. Or, il semble qu’ils ne s’implanteront pas sans que s’opère un certain transfert des sources de pollution d’une activité d’exploitation à une autre. Un véritable débat fait rage en la matière. Pendant ce temps, l’équipementier industriel américain Deere, qui alimente ses machines agricoles à l’éthanol afin de cultiver encore plus de maïs, fait 52 % plus de profits ce trimestre comparativement à celui de l’an dernier.

Les sacs de plastique

Pierre Foglia affirmait dans sa chronique du 6 décembre 2007 qu’une étude du Centre de recherche industrielle faisait savoir que «[…] finalement, le sac en plastique est plus écologique que le sac en papier et même que le sac biodégradable. » Disons que ce n’est pas tout à fait le cas, mais presque.

Cette étude, elle réitère le rôle des sacs de plastique en tant que «moindre mal». En résumé, le sac de plastique conventionnel, réemployé au moins une fois et selon un scénario d’élimination par incinération, est l’option la plus avantageuse sur le plan environnemental après le sac réutilisable.

La production d’un sac de plastique conventionnel requiert moins d’énergie que le sac de papier; le sac de plastique conventionnel a un meilleur bilan environnemental que le sac de papier et certains sacs biodégradables; l’utilisation du sac dégradable en remplacement du sac conventionnel comporte peu de réels avantages, sauf lorsque celui-ci est dispersé dans le milieu naturel. Bref, le sac en plastique, encore et toujours, entre autres parce que «les infrastructures de recyclage du sac en plastique sont bien implantées au Québec», soutient en entrevue l’auteure de l’étude, Sophie Taillefer.

Selon Mme Taillefer, il vaut mieux préconiser «la réduction à la source et le réemploi avant le recyclage et la valorisation». À propos du scénario de certains politiciens qui consisterait à obliger les commerces à substituer les sacs de plastique conventionnels par des sacs de plastique biodégradables, elle affirme qu’«aucune étude n’a été réalisée au préalable afin d’évaluer les impacts environnementaux, sociaux et économiques d’un tel projet.»

Le sac en plastique, non pas «plus écologique», mais moins pire. C’est peut-être aussi la véritable nature de notre conscience écologique: non pas «plus vertueuse», mais moins pire.


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