Le monde et les médias changent, P45 doit s’adapter

Numéro 203

18 février au 3 mars 2011

Un texte de
Nicolas Langelier

Publié le 18 février 2011 dans
Chroniques, Éditoriaux

Une lettre ouverte de Nicolas Langelier à l’occasion d’un changement bénéfique à la fois pour P45, ses actionnaires, et les citoyens et citoyennes du Québec et du reste du monde.

Le monde et les medias changent.Chers consommateurs de contenus,

Le rythme des changements dans notre industrie, et dans le monde en général, est à la fois étourdissant et énergisant. La révolution numérique est une avalanche, est un tsunami, est quelque chose de vraiment gros. Nul besoin d’être Bruno Guglielminetti pour comprendre que les choses ne sont pas comme avant. Autrefois, pour ne donner qu’un exemple au hasard, les téléphones étaient munis de roulettes; maintenant, ils ont des écrans tactiles. De toute évidence, le monde de demain n’est pas celui d’hier. Comme disent les Américains: «Change is not an option, it is an obligation».

Le secteur de la production de contenus basés sur le texte (PCBTXT) est l’un des plus affectés par les bouleversements provoqués par Internet. Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que la PCBTXT n’est plus, et ne peut demeurer, ce qu’elle était. Si elle veut maintenir des marges bénéficiaires dans les deux chiffres, elle doit évoluer et s’adapter au marché des années 2000.

C’est pourquoi je vous annonce que P45 entreprend aujourd’hui un virage nécessaire dans ses façons de faire et son modèle d’affaires. S’il y a déjà eu un temps pour le journalisme créatif, le bénévolat enjoué et la production médiatique à la bonne franquette, ce temps est bel et bien révolu. Agir autrement serait carrément irresponsable.

Des changements majeurs s’imposent. Comme tous les grands groupes de presse, il nous incombe de procéder à la modernisation de nos processus de travail et à la réduction des dépenses extravagantes qui découlent de façons de faire conçues à une époque qui nous apparaît de plus en plus lointaine.

Nous avons donc décidé de mettre en lock-out les collaborateurs du magazine, dont l’esprit borné et gauchisant les empêche de voir que tout cela est pour leur bien. Nous avons du même coup mis sur pied une agence, l’Agence P45 Mile-End inc. (PMI), qui prendra en charge la production du contenu hip, drôle et irrévérencieux qui a fait la renommée du magazine, mais ceci en beaucoup moins de mots.

De quoi sera fait le nouveau P45, alors? Plus de couleurs, plus de photos, plus de vidéos tournées avec des téléphones mobiles et montées sur des «open source softwares». Les postes redondants comme ceux des réviseurs de textes, déjà révisés ad nauseam par des «softwares» comme Antidote, n’ont plus leur place. Les technologies de pointe éliminent le besoin d’avoir des chefs de pupitre sectoriels.

De plus, avec Internet, il est possible de facilement copier-coller des textes produits ailleurs (même par des concurrents!). Il serait rétrograde de se passer de cette fonctionnalité. Les journalistes-citoyens sont aussi un excitant nouveau développement, et il faut en profiter — imaginez: ces gens sont au coeur de l’action ET ils ne demandent pas à être payés! Tout le monde peut être journaliste aujourd’hui, et ce, sans même connaître le sens (et encore moins l’orthographe) du mot «déontologie», une relique du 20e siècle comme le fax et Réal Giguère.

C’est ce que vous voulez, soyez-en certains. Et en plus de satisfaire les besoins des lecteurs actuels de P45, nous sommes de plus convaincus que cette nouvelle incarnation permettra de rejoindre des millions d’acheteurs qui n’avaient autrefois pas l’occasion de consommer les contenus de P45 pour la seule raison qu’ils ne parlent pas français. Je peux vous dire que je voyage beaucoup au niveau international, et que j’y ai vu beaucoup de monde partout. Juste la Chine, quel marché potentiel! Et ces gens ont Internet, malgré ce que certaines mauvaises langues ont pu prétendre.

Je suis persuadé que le journalisme de qualité peut continuer à être une source de profits dans le nouvel environnement technologique et commercial mondial. Mais pour cela, il faudra être prêt à effectuer les changements qui s’imposent, et à insister sur «journalisme» et moins sur «qualité». On ne peut pas tout avoir, comme disent les Américains.

Je profite de l’occasion pour tendre la main à nos professionnels de l’information, et c’est en tout respect que je les invite à mettre fin à des combats d’arrière-garde qui ne mèneront à rien d’autre qu’à l’atrophie de notre salle de rédaction et de nos réalisations actuelles et futures. Par ailleurs, je m’ennuie de nos réunions de rédaction: franche camaraderie et pizza sont encore possibles, avec les concessions qui s’imposent.

Tout ça fait partie du nouveau monde des médias. C’est un potentiel formidable. Et nous sommes convaincus que P45 se trouvera désormais dans une position qui lui permettra de se diriger tout droit vers le futur.

Je vous souhaite une excellente et très rapide lecture de cette première édition du nouveau P45.

Merci.

  • Note: cet article fait partie d’un numéro conceptuel de P45 qui a obligé la rédaction à la fois à réduire la qualité de ses écrits et à se prendre pour un empire médiatique. Soyez rassurés, c’est une initiative volontaire et unique. C’est pour l’art, comme on dit.


Collaborez, vous aussi, au magazine P45, ou envoyez-nous vos idées pour les chroniques Approuvé-réprouvé ou encore P45 hebdo: courrier [à] p45.ca.

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3 commentaires
  1. Jessica says:

    @PMI: Si vous offrez des versions plus courtes de Sébastien Diaz, avec un copier-coller des phrases essentielles, je vais peut-être terminer vos textes.

  2. badmf says:

    Ce qui s’est fait de mieux sur P45 depuis une mèche! Bravo. En plus, le reste du “numéro” est à la hauteur.

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