Le nu dans la danse: obscénité et revendication

Numéro 80

8 au 14 juin 2007

Un texte de
Caroline Pelletier

Publié le 8 juin 2007 dans
Culture, Danse

Le nu dans la danse: obscénité et revendication

Justifiée ou pas, l’exploitation de la nudité dans la danse contemporaine frappe l’imaginaire à tout coup.

Pour Daniel Léveillé, chorégraphe entre autres d’Amour, acide et noix (prix Dora Mavor Moore en 2004), le corps mis à nu demeure le costume le plus pur, par lequel le danseur communique ce qu’il est. Ici, nulle place à l’artifice. En effet, nous sommes bien loin des costumes «enrobés» de paillettes…

Le tournant vers le nu qu’a pris la danse dans les années 80-90 choque les plus puristes, intrigue les assoiffés de nouveauté, laisse pantois pas mal tout le monde. L’absence d’enrobage semble aller à l’essentiel: le corps. Qu’est-ce que la danse sinon un corps en mouvement, une âme mise à nu par le corps?

C’est probablement ce qu’a voulu dire Dave St-Pierre, avec sa Pornographie des âmes. Du moins, c’est le propos de la pièce Un peu de tendresse bordel de merde, présentée ces derniers jours dans le cadre du Festival TransAmériques: comme le sexe semble si bien se vendre au cinéma et dans les vidéoclips, la danse contemporaine se sert-elle du nu de la même manière pour choquer, question d’attirer un nouveau public?

La danse contemporaine serait-elle éprise des mêmes maux que les pubs de bière qui associent les qualités de leur produit au sexe?

C’est qu’avec la danse, le corps occupe l’avant-scène. Il est là et il nous parle. Quoi de plus beau qu’un corps qui se découvre à nous? On se plaît à scruter chaque mouvement, chaque gonflement de poitrine, la moindre contraction des muscles fessiers: le corps demeure l’icone de la danse et certains chorégraphes tiennent à dire qu’il n’y a pas de message plus fort que celui que communique la nudité.

Sur scène, les Dave St-Pierre et compagnie osent nous montrer des corps et les mettre dans des positions vulgaires. Mais qu’est-ce qui est le plus choquant entre dix hommes nus qui se masturbent sur scène (et qui après, ingurgiteront leur sperme et celui des autres!) et une simple femme, dont le corps nu exalte la détresse, la souffrance à l’état brut, et qui crie son besoin de tendresse jusqu’à la folie?

Qu’est-ce qui est le plus «dérangeant»? La pureté, très certainement. La nudité de cette femme par exemple, cette souffrance piquée à vif, celle que cache habituellement les costumes, elle nous apparaît si purement qu’elle semble vulgaire.

Dans l’œuvre de St-Pierre, il ne faut pas s’y méprendre: un homme nu à barbe, une longue perruque blonde bouclée sur la tête, qui se secoue les bijoux de familles à la hauteur du visage d’un spectateur, c’est de la pure provocation (cette partie du spectacle avait notamment été interdite à Ottawa).

Mais de la provocation à l’exaltation des sens, du sexe, il n’y a qu’un pas. C’est certes un même écho de ce qui est valorisé par notre société. Malgré tout, il semblerait beaucoup plus original de se questionner sur notre rapport à la tendresse et à l’amour. La nudité, comme les paillettes, après tout, reste un costume.


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