Le retour de René Ferron international

Numéro 198

26 novembre au 9 décembre 2010

Un texte de
André Martineau

Publié le 26 novembre 2010 dans
Culture, Médias

Un pilier de la télévision vintage populaire des années 80 et 90, René Ferron, fait ces temps-ci un retour remarqué sur YouTube. Entrevue avec un producteur qui a (un peu) mis au monde la télévision québécoise.


Que ce soit grâce à la série des Caméra 86 à 93:

aux Dossiers Mystères:

à SOS Télé:

ou à Coup de foudre:

René Ferron est à l’origine de quantité de classiques télévisuels qui caractérisent une période où Télévision Quatre-Saisons arrivait à attirer jusqu’à un million et quart de téléspectateurs pour regarder des inconnus se cruiser maladroitement.

Celui que Nathalie Petrowski appelait «l’ineffable René Ferron» revisite depuis un an ses vieilles cassettes et met sur YouTube les meilleurs segments.

P45 s’est entretenu avec lui.

Vous avez fait des émissions qui ont beaucoup fait jaser, jamais loin de la controverse. Quel genre de télé cherchiez-vous à faire?

Je pense qu’on a été un peu des précurseurs. On se faisait réprimander par des journalistes comme Richard Martineau, que l’on disait «sérieux», parce qu’ils disaient qu’on faisait du sensationnalisme.

On a fait des reconstitutions pour mettre les entrevues en images, ce que tout le monde fait maintenant, mais dans le temps, on se faisait critiquer pour ça… Pour les journalistes sérieux, une entrevue, c’était un gars assis sur une chaise, pis il n’y avait pas de folies à faire avec ça.

Moi, je disais à mon équipe: le gars qui est dans une taverne qui regarde la télé, s’il accroche pas dans la première minute, ça veut dire que vos images ne sont pas bonnes. Ça prenait des images chocs.

Qu’est-ce qui vous pousse à mettre toutes ces vieilles émissions sur YouTube?

Lorsque j’étais producteur, on faisait des copies de sécurité et des copies sur VHS. Ça fait maintenant 20 ans de cela, et je trimballe encore toutes ces cassettes avec moi, déménagement après déménagement.

Quoi faire avec tout ça? Là, j’ai fait numériser une partie pour la diffuser sur Internet. On a 12 000 vues par mois, ce n’est pas encore Lady Gaga, mais c’est intéressant.

Ça a dû frapper les gens, parce que je reçois souvent des messages de personnes qui se souviennent d’un reportage et qui aimeraient bien le revoir.

Votre vidéo la plus regardée est Un harem, Lac-Saint-Jean, comment expliquez-vous cela?

Ça me surprend, parce que c’est à peu près le reportage le plus mal fait qu’on a pu faire! Disons que ce n’est pas celui qui nous a demandé le plus de recherche…

C’est le titre, je pense, qui explique ça: Harem, dix femmes pour un homme, n’importe qui dans le fond des bois va se dire qu’il faut voir ça…

Votre chaîne YouTube s’appelle Ferron international. Pourquoi «international»?

Bien… c’était un nom de compagnie que j’avais. On a déjà eu des visées internationales pour vendre les émissions, mais ce n’est pas un talent que j’ai. Je ne suis pas un Gilbert Rozon.

Mais ce qui est surprenant, c’est qu’on est regardé partout. J’ai aussi une radio musicale sur le web (Québec Radio Inter) qui ne joue que de la musique du Québec, et on est écouté en Chine, à Dubaï, à Moscou, au Maroc, en Tunisie, en Suisse, en Belgique, en France, etc. Sur YouTube, c’est un peu la même chose.

Est-ce que MusiquePlus avait acheté votre concept quand ils ont repris l’émission Coup de foudre?

Ils m’ont acheté une licence, mais peut-être que j’aurais dû mieux superviser la réalisation. Disons que ça aurait pu être fait autrement. Je suis persuadé que c’est une émission qui pourrait marcher très fort encore aujourd’hui.

Quand vous sortez vos cassettes et regardez les images 20 ans plus tard, trouvez-vous que ça a bien vieilli?

Je reçois des commentaires qui me font croire que oui. Par exemple, dans un des premiers reportages, on a filmé une Québécoise convertie à la religion musulmane. On n’en parlait pas dans ce temps-là. On a aussi fait une émission complète sur les transsexuels. Imaginez-vous, il y a 22 ans, les gens ne savaient même pas ce que ce mot voulait dire.

La seule chose qui a peut-être mal vieilli, c’est la coiffure des femmes et les lunettes des hommes.


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3 commentaires
  1. [...] le look des gens de cette époque ainsi que de constater leur humour plutôt pathétique. Allez René Ferron et Anne Bisson, est-ce que cet épisode se terminera par un coup de foudre?? You need to install or [...]

  2. [...] 1990, René Ferron a réalisé plusieurs émissions qui ont marqué la télévision québécois. Entrevue publiée dans le no 198 du magazine P45, 26 novembre 2010. ” Je pense qu’on a été un peu des [...]

  3. Jean-Philippe Morin says:

    Un génie ce René Ferron !!!

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