Le rock classique électro-trash de Teenage Bad Girl

Numéro 78

25 au 31 mai 2007

Un texte de
Frédéric Huiban

Publié le 25 mai 2007 dans
Culture, Musique

Le rock classique électro-trash de Teenage Bad Girl

Derrière Teenage Bad Girl, on s’attendait à voir deux adolescentes se trémousser lascivement, platines à l’appui façon «dirty electro»… Mais pas du tout.

Greg et Guillaume ont à peu près 25 ans, l’un est collectionneur de synthétiseurs analogiques, batteur de plusieurs groupes de punk rock et l’autre est Français d’origine iranienne, fan de Daft Punk, de Kurt Cobain et de Slash, mais aussi directeur de label (Archibell).

Deux mecs dans le vent que l’on compare souvent à un autre duo, celui de Justice. Mais aucun complexe à avoir: «Que ce soit Justice ou les groupes électro qui percent en ce moment, il faut se dire qu’on est tous de la même génération qui a écouté à fond les Rage Against The Machine côté rock, et Daft Punk pour l’électro. Notre inspiration est là. ll faut citer Motorbass, mais aussi Queen et Police, mais je comprends aussi qu’Ed Banger a mis Justice bien en avant et il y a aussi une volonté de la presse et des gens à toujours comparer les groupes entre eux.

On ne nie pas qu’on est dans la même impulsion rock et que la manière de produire est la même. Les samples qui tournent en boucle, ça ne se fait plus. Mais il faut réellement écouter l’album pour percevoir les différences entre les groupes, car il y en a!».

Teenage Bad Girl partageaient l’affiche du plateau électro du Printemps de Bourges lors de la dernière soirée en plus de Cassisus, Yelle, Miss Ill. Preuve s’il en est que tout va aussi très vite pour eux. On se croirait de retour aux belles années de la French Touch.

Greg explique: «On est les enfants de toute la mouvance Daft Punk, Cassius, Motorbass. C’est important, même sympathique d’avoir joué au Printemps de Bourges. On est vraiment contents car deux semaines avant on était au festival Garorock, du côté de Marmande. On a joué sur la grande scène, avec Deftones et Vitalic.

C’est à la fois gratifiant et impressionnant. On joue avant tout pour faire partager notre musique, alors jouer devant 300 personnes comme ce soir ou 7 000 à Garorock avec un gros sound system, on y met la même énergie, il y a la même envie de faire danser les gens».

Il paraît que ça marche plutôt pas mal pour vous.

Greg: Ca se fait petit à petit. C’est vrai que pour le moment effectivement on a de bons retours presse, myspace et Internet en général. On a comme ça pas mal de propositions de remixes, c’est plutôt bon signe et Citizen nous fait suivre les retombées presse, mais on n’est pas là à se dire que c’est flamboyant, on ne se repose pas sur nos lauriers. Les retours sont positifs, on trouve ça cool!

Est-ce que vous faites du live?

Greg: Non, pour l’instant c’est du mix. Mais on va faire des lives à partir du mois de juin. C’est quand même du gros boulot, mais on voulait faire du live dès le départ.

Avec nos machines, les synthés qu’on a utilisés pour faire l’album, les vocoders, les talkbox… Mais vu que la proposition de Citizen était à la fois bonne et soudaine, on n’était pas préparés pour jouer live. La chose qui nous permettait d’aller à la rencontre du public immédiatement en revanche, c’était de faire des DJ sets. Petit à petit et date après date, on a envie de se ramener avec nos machines et ainsi pouvoir présenter l’album dans sa globalité. Pour le moment on mixe la moitié de l’album, l’autre moitié étant des morceaux pas connus, mais qu’on aurait aimé produire.

Qu’avez vous sorti sur vinyle pour le moment?

Guillaume: On a sorti notre premier maxi sur mon label (Archibell), Hands Of A Stranger, Ghost House aussi en face B, et là on a sorti Cocotte avec des remixes (Picture disc).

On a aussi le remix des Scissors Sisters qui était sorti chez Polydor. On s’est aussi gravé tous les morceaux dansants de l’album en white label pour que nous puissions les mixer. On peut peut-être en faire profiter les disc jockeys qui aimeraient les jouer. Ce sont des versions longues…

Greg: Petit à petit, on a pas mal de demandes de gens, donc on va peut-être faire une édition limitée en white. La moitié de notre DJ set est composé de nos titres et l’autre, de titres que nous aimons beaucoup.

Combien ça coûte de sortir un disque en white label?

Guillaume: Ce qui coûte cher, c’est d’abord le mastering, ensuite c’est la gravure, puis c’est le moule qu’il faut faire à l’usine (le négatif). Après, que tu en fasses un seul ou 500, ça va coûter le même prix. Si tu veux par exemple 1 000 disques sans pochettes, tu en as pour 2000 euros et avec pochettes entre 2500 et 2800 euros.

Comment s’est faite la rencontre avec Citizen?… C’était des gens que vous connaissiez?

Guillaume: On connaissait surtout Vitalic en fait et un jour, Fred, le manager du label, nous a contactés… Comme on a le même distributeur entre mon label et Citizen, il était tombé sur le maxi de Teenage Bad Girl chez le distributeur. Il a beaucoup apprécié et il nous a contactés pour nous proposer l’idée d’un album. Ça s’est fait comme ça!

Il y a des titres incroyables comme «Du Meine Sonne» sur votre album…

Greg: Non seulement au niveau de la sonorité, c’est Daft Punk, mais les influences ont été aussi d’aller vers Schumann est ses «Lieder»… Comme je suis à fond dans la musique classique aussi, j’avais envie de rendre hommage à ce grand compositeur… Le dépoussiérer en quelque sorte. On a aussi ce petit côté baroque qui n’est pas déplaisant chez Vitalic…

Vous avez aussi joué dans des groupes de rock, non ?

Guillaume: Je faisais de la batterie et de la guitare électrique. Je pense que tout le monde a eu cette période de groupes de potes ou on joue dans des salles de «répet’» pour faire de la merde avec nos instruments…

Et puis on a commencé par ça. On ne se disait pas «tiens on va produire de la musique sur ordinateur». Les mecs qui te font rêver, c’est Kurt Cobain, Slash… Alors tu te dis, «je veux une gratte et je vais faire des accords saturés». Quand j’avais 8 ans, je voulais jouer de la batterie, j’en ai fait pendant cinq ans, ensuite j’ai été dans un groupe de potes, j’ai aussi joué de la guitare, mais ce n’est que vers 18-19 ans que j’ai commencé à faire des sons électro.

Qu’est-ce qui a provoqué ce changement ?

Guillaume: C’est les Daft Punk qui m’en ont donné l’envie. J’avais 15 ans quand j’ai acheté Homework, je l’écoutais en boucle et j’ai pris une claque comme tout le monde. Et là je me suis dit qu’il y avait une autre manière de faire de la musique. Et puis j’avais un ami qui faisait de la production sur ordinateur et j’ai tout de suite accroché. Je m’y suis mis et j’ai passé des heures enfermé dans ma chambre, à travailler des samples, à faire des rythmes.

Qu’est-ce que vous utilisez aujourd’hui pour faire vos sons?

Greg: Étant donné ma formation, j’ai fait du piano classique pendant des années, et j’étais en parallèle le batteur dans plusieurs groupes de punk que j’ai continué jusqu’à l’année dernière. Ça reprendra peut être, mais en tout cas j’ai une vraie formation de piano classique et quand j’avais 17-18, je suis rentré dans un délire de musique contemporaine: Pierre Henry, Stockhausen, Pierre Boulez, Pierre Schaeffer, etc.

Au début, j’avais envie de faire de la musique que j’appelais «psychédélique»… Je me suis mis à l’ordinateur pour trouver ces sonorités électroniques, tout en gardant une structure classique.

Je n’étais pas du tout dans la culture club, mais plutôt rock et ce n’est que plus tard que j’ai découvert Daft Punk et cette révolution des musiques électroniques. Je me suis dit qu’ils étaient en train de prendre les synthés analogiques des années 70 pour en faire des choses que j’entends en boîte…

À partir de cette époque, j’ai commencé à collectionner les synthés analogiques, quelques raretés… Roland, JP, Juno… Tous les trucs qui sortaient des sons.

Et toi Guillaume? Qu’utilises-tu?

J’ai découvert la production avec Cubase et depuis je n’ai pas eu envie de changer. Je suis plus un bidouilleur de sons, j’aime bien aller chercher des sons à droite et à gauche, les trafiquer pour arriver à un résultat. Ça peut venir de n’importe où. Un sample, un son de guitare ou de basse. Je n’ai pas de synthés… Le spécialiste, c’est Greg!

Est-ce qu’il y a une sorte d’émulation ou d’entraide chez Citizen. Peut-on imaginer que John Lord Fonda vienne vous donner un coup de main sur un ou plusieurs titres?

On est de nouveaux arrivants chez Citizen, mais la première personne avec laquelle on se soit bien entendus musicalement, c’est Cyril (John Lord Fonda), qui nous a proposé de faire un remix de Hands Of A Stranger, le futur vinyle… Finalement il n’est pas sorti, mais il le joue en live et on s’est aperçu que c’était une tuerie. On se donne des conseils. Par exemple il nous aide à préparer notre live

Sinon on aime aussi garder notre jardin secret. Et même entre nous, on n’a jamais bossé dans une même pièce. C’est à dire que je ne sais pas comment il travaille et inversement. Et c’est une approche qu’on aime bien cultiver aussi. Ça nous permet de garder de la fraîcheur et de ne pas se copier mutuellement.

On n’écoute pas énormément d’électro chez nous, du coup on ne sait pas trop ce qui sort. Les choses que l’on joue ne sont pas connues. Parfois ces disques ne sont jamais sortis… Alors oui bien sur il y a des labels comme Goodlife (Grenoble) ou Gigolo (Allemagne), qui font un gros travail.

En fait il y a plein de labels intéressants, il suffit juste de faire l’effort d’aller les chercher dans les bacs ou sur le net…

Personnellement, je ne suis pas à l’affût du label qui va sortir tel truc, je préfère aller voir des mecs qui n’ont pas trop de labels qui font des trucs que j’aime ou que j’aurais aimé produire. Mais cataloguer de cette façon: «c’est tel label à la mode»… À la base on avait deux ou trois maxis, et on a vraiment senti cette synergie avec Citizen. Il y avait vraiment une motivation, du style «on va vraiment s’arracher le cul pour eux!» et même actuellement, ils font tous les efforts.

Oui c’est vrai qu’en étant à Dijon il faut en arracher deux fois plus, pour que les gens se souvienne de toi, car tu n’es pas dans tel club toutes les semaines…

Exactement…


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