P45 a testé pour vous: une soirée électorale franco vs anglo

Numéro 131

7 au 13 novembre 2008

Un texte de
Xavier K. Richard et Véronique Boisjoly

Publié le 7 novembre 2008 dans
Chroniques, P45 a testé pour vous

P45 a testé pour vous: une soirée électorale franco vs anglo

Une soirée électorale américaine a-t-elle un déroulement différent si on la regarde parmi un groupe d’anglophones ou avec un groupe de francophones? Nous avons fait le test pour vous.

Récit franco

La soirée électorale démarre sur CNN. C’est assez rare qu’on regarde cette chaîne quand même. Les animateurs semblent jouer à des jeux vidéo avec tous ces écrans et tous ces sons de machine à sous. Ça sent le casino, l’espoir est là.

C’est l’été indien, alors on a décidé de faire un BBQ. Les patates sont finalement prêtes au moment de changer vers RDI, le temps d’entendre Philippe Marcoux parler de la blogosphère: «Selon la blogosphère, si Obama remporte l’Ohio…» Ça nous a bien fait rire.

Trois costumes de Colombo apparaissent à l’écran pour le Téléjournal. Distraits, on parle plutôt d’iPhone, de REER, de tarte à la citrouille, de mécanismes électoraux.

De retour sur CNN, on s’ébahit devant un modélisme 3D du Sénat qui apparaît de nulle part en animation éventail. On n’écoute plus ce qui se dit à l’antenne. L’émotion est trop forte.

Mais ça, c’était avant les interviews par hologramme. Le repas refroidit tandis qu’on essaie de statuer comment fonctionne le procédé et si c’est une initiative heureuse.

John McCain perd. Si on regarde bien, le décor utilisé en arrière-plan de Barack Obama pendant son discours, ça aurait pu être l’œuvre de Robert Lepage.

On a des frissons. On a une pensée pour Stephen Harper et tous les débats mineurs à venir aux élections provinciales.

Les trois grands moments de la soirée: Barack Obama, la pub de photocopieur (qui a créé un débat enflammé sur l’utilité ou non de posséder un tel appareil) et la tarte à la citrouille en dessert.

Xavier K. Richard

Récit anglo

Vingt et une heures, j’arrive. Le salon, la salle à manger et la cuisine sont remplis à pleine capacité. On a installé un projecteur pour regarder le site de CNN. De l’autre côté de la pièce, la télévision est allumée, en mode mute pour l’instant.

Le frigo est rempli de bières américaines. J’y place ma Corona. Sur la table, du chili, un cheese-cake et des chips. C’est la thématique.

Dans la cuisine, on parle du line up dans le frigo à bières du dépanneur d’en face, sur l’avenue du Parc. Du jamais vu. On dénombre les gens qu’on connaît qui sont eux aussi dans des soirées d’élection. On a une petite pensée honteuse pour Harper.

Puis c’est Jon Stewart à la télé. Tout le monde écoute. Je pense que je suis la seule à ne pas saisir toutes les subtilités de cet humour politisé.

On est quelques-uns à avoir nos laptops sur les genoux. Sur Facebook, on sent que nos amis sont aussi fébriles que nous. Le ton monte dans le salon chaque fois qu’un État affiche le bleu.

À côté de moi, un garçon d’environ sept ans arrête de jouer sur son «etch a sketch» et demande «who won? who won?» chaque fois qu’il entend la trentaine de personnes dans le salon réagir d’une seule voix.

«Not yet, honey. Nobody won.»

Les gens partent avant la fin. Confiants et convaincus que le monde est déjà un peu moins comme avant et que c’est une bonne chose.

J’ai une pensée pour le gamin qui voulait dessiner un arc-en-ciel sur son tableau «etch a sketch».

Véronique Boisjoly


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1 commentaire
  1. Barack a une truite mouchetée dans le cou

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