L’effet Damien

Numéro 64

16 au 22 février 2007

Un texte de
Mélissa-Corinne Thériault

Publié le 16 février 2007 dans
Culture, Musique

L’effet Damien

Avec son disque L’homme qui me ressemble, Damien Robitaille est apparu dans le décor comme un drôle d’animal, mi-bête de scène, mi-bête sauvage. Entrevue entre deux écrans géants dans une taverne du Plateau Mont-Royal.

On ne lui demandera pas pourquoi il chante en français ou de confirmer pour la énième fois qu’il est franco-ontarien (certains journalistes «ont pas fait la recherche et ne savent pas!». Hum…). On veut plutôt savoir, entre autres choses, comment il vit avec le fait d’être catégorisé comme «chanteur drôle». Si l’auteur en lui apprécie que la critique goûte l’absurde et l’humour de ses textes, il nuance cependant: «Les gens peuvent le prendre comme ils le veulent, mais je n’aime pas qu’on prenne tout trop au premier degré; je ne veux pas être un chanteur facile!».

Le sérieux de la démarche est manifeste, mais il est en revanche difficile de ne pas rire avec des refrains comme «Je suis un porc-é-porc-é-porc-épic/ une bête ben sympa-sympa-sympa-thique» ou encore lorsqu’il affirme qu’il est influencé des cahiers de la Bonne chanson et des chansons d’église. Oui, ça fait rire les gens «mais c’est vrai!», assure-t-il.

Son album présente un côté «chanson» très mélodique et un côté country très assumé ; sur scène, une énergie nettement plus rock se dégage. À quand le disque de «yodle rock»?! L’intéressé rit, jauge l’idée. C’est que l’album est le fruit de quatre ans de composition marqués par le country, le rock, le reggae. Beaucoup d’enfants adorent ses chansons, même s’il aborde indéniablement des sujets d’adultes.

Serait-il l’antidote contre Annie Brocoli? Il répondra qu’il essaie d’être universel et veut que les gens «puissent reprendre les tounes à leur façon, puisqu’il y a des images et des sujets que les jeunes peuvent saisir, par exemple, dans ‘’Porc-épic’’», un hit pour le moins accrocheur.

S’appeler Damien et d’être daltonien, est-ce un signe du destin de la rime?. Il rit, confirmant que la vocation de peintre lui étant interdite, il s’est rabattu avec plaisir dès son tout jeune âge sur le jeu des couleurs harmoniques, devenant ainsi un multiinstrumentiste aguerri.

Le «Damien d’Amérique» est décidément un drôle d’animal: lorsqu’il chante, il est sérieux, à l’aise et confiant (notez que sa mère est preacher: serait-ce un trait de famille?). En entrevue ou entre les chansons, un personnage de scène un peu bouffon prend la relève. Il fixe la machine à pop-corn, revivant un de ces moments: «Quand j’entre sur scène, il y a une adrénaline qui entre en moi, je suis tout «pompé», comme si j’allais exploser… Je suis bien, après toutes ces heures de pratique, comme un joueur de hockey qui sort sur la glace le soir du grand jeu: je ne pense pas qu’ils jouent avec autant d’intensité en pratique que dans un vrai match».

Pour ne pas rester trop longtemps sur le banc, il a jonglé dès l’âge de vingt ans avec l’idée de quitter son village d’origine. Une anecdote résume sa perception de la Belle Province: les Québécois qu’il connaissait étaient tous animateurs de la radio communautaire francophone de Lafontaine («je croyais que tout le Québec parlait comme ça [il imite une diction radiophonique pompeuse]:‘’Bonjour, Mesdames et Messieurs!’’»).

On lui demande quelle cause le touche particulièrement. Il s’élance au signal («1,2,3 plogue!»): «Une cause? Plein de choses! La pollution, la surconsommation…l’amour! Ouaiiiis, l’amour c’est ça ma cause…l’amour entre les humains, l’amour envers la terre et toutes les cadeaux de Dieu» [sic].

On lance en terminant («tsé, en passant Damien…») que lorsqu’il chante qu’il est un porc-épic, il est plus ou moins crédible comme animal dangereux… La provocation ne l’atteint pas: bien sûr, un porc-épic ne peut pas être méchant mais … «il y a les piques-piques!…». Il résume: le porc-épic est doux, il est docile et n’attaque personne mais si quelqu’un attaque…«oh oh! attention!» [mimant la marche d’un porc-épic cool, le sourcil relevé]: il a l’air cool, mais…».

Son choix de totem était juste: Damien Robitaille fait décidément partie de ces personnes qui font leur chemin sans perdre le nord, à prendre au sérieux. Pétri d’un naturel hautement sympathique, il vendrait des produits dérivés que ça marcherait…

Damien Robitaille sera en spectacle au Lion d’Or le 21 février 2007


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