Les 10 insuccès de Tout le monde en parle mouture québécoise

Numéro 24

3 décembre 2004 au 3 février 2005

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 3 décembre 2004 dans
Culture, Médias

p_pal_TLMEP_1204.gifTout le monde en parle, cette émission qui suscite le plus de jeux de mots au mètre carré au monde, aurait dû faire sauter les cadres du style télévisuel québécois et inaugurer une ère foncièrement créative du plateau de variétés. Aujourd’hui, tel est le mandat de l’émission, mais rien n’est moins sûr. La preuve en dix arguments.

10. Le rythme amorphe
Vous bâillez. Le rythme est décousu, Lepage est bien assis dans son fauteuil à déguster les silences, faute d’avoir des répliques écrites sur ses fiches. La faute aussi au plateau inactif, aux invités moulés, apeurés d’en dire trop, ou alors incapables. Une vraie émission pour la ménagère de moins de 50 ans, loin, très loin du party de chez Ardisson.

9. Le décor austère
Il faut voir les couleurs derrière les invités: brun, beige, brun. L’éclairage tamisé fait un effet sous-sol; le public, si peu nombreux soit-il, n’est pas mis en valeur, ce qui par ailleurs n’aide pas à engendrer la popularité du rendez-vous. Trouvez des filles quoi!

8. Turcotte: le fou
Autoproclamé le fou du roi, Dany Turcotte est un bouffon. Si Laurent Baffie pourrait être qualifié de sniper, Turcotte serait le téteux. D’abord arrêter de rire, ensuite un peu de perspicacité supplémentaire, enfin reprendre les cours d’argumentation.

7. Lepage : le roi
S’il y a fou du roi, c’est qu’il y a roi. Lepage, au sommet. La production a choisi une personnalité publique au caractère sulfureux mais dont les idées ne réservent plus de surprises. Une valeur sûre. Lepage n’est par contre pas un intellectuel, les nuances et l’art du débat lui échappent. Il peine lui-même à se prononcer autrement qu’en bitcheries.

6. La musique originale
Les samples utilisés à l’émission n’interpellent personne. Ils sont dénués de valeurs affectives et de «potentiel dansant». Au mieux, des virgules radiophoniques. On a décidé en gros d’économiser sur les droits d’auteur.

5. La pub
Une rumeur dit qu’une pub de 15 secondes a été diffusée en demi écran pendant le temps de réflexion d’une invitée… Mis à part toute sa problématique morale, la pub altère les contenus, et vous vous retrouvez avec une émission segmentée, dont le parcours réflexif est constamment remis à zéro. Dénigrant délibérément les spectateurs, l’excès de pub frustre, ou chasse l’audimat.

4. Le marketing douteux
Voir le ton mièvre et justificatif de la promo, notamment celui du site Internet.

3. Le divertissement à tout prix
La version radio-canadienne de TLMEP a importé bien peu de nouveauté en matière d’offre aux spectateurs, mis à part ce timide intérêt pour la vie privée des people. Sinon, le talk-show s’entête à répéter une vieille stratégie de marketing, celle de susciter la polémique, plutôt portée malheureusement sur la forme que sur le fond. Pire, les médias, eux, mordent à l’hameçon.

2. Le débat intellectuel occulté
Raël n’a pas trouvé d’interlocuteur à sa taille. Résultat : son message a à peine été effeuillé, rehaussé même par le flot d’insultes à son égard. Les animateurs sont démunis face aux habitués de la rhétorique. De fait, la langue de bois, dont la déconstruction devrait être l’objectif premier du plateau, resplendit en toute impunité.

1. La vision de courte portée
TLMEP québécois ne prétend rien, ne dément rien. Sans les outils nécessaires pour hausser les échanges (comme peuvent le faire Ardisson et Baffie, par exemple, en décrédibilisant d’un côté la forte image d’une star et en l’interviewant sérieusement de l’autre), les discours autour du plateau restent coincés au premier degré et l’émission, par conséquent, ne peut assumer son rôle qu’elle prétend novateur.

On comprend que le talk-show veuille mettre l’accent sur son statut de plate-forme promotionnelle, mais ce n’est pas sans trahir au passage la dimension créatrice de la french touch qui aurait dû enfin ouvrir un espace critique plein de vitalité sur la chaîne publique. On ne sent pas, dans l’adaptation québécoise, cette émancipation, cette vie, notamment par l’absence remarquée des jeunes intellectuels.

Au contraire, on se sent enfermé dans une boîte à chaussures, lesquelles courent très vite nous répète sans cesse le vendeur…


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