Les disques qui ont changé nos vies: The Smashing Pumpkins – Mellon Collie and the Infinite Sadness

Numéro 109

28 mars au 3 avril 2008

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 28 mars 2008 dans
Chroniques, Les disques qui ont changé nos vies

Les disques qui ont changé nos vies: The Smashing Pumpkins – Mellon Collie and the Infinite Sadness

Le fameux disque double des Smashing Pumpkins n’a pas changé ma vie. Il en est l’acte fondateur. Bon, vous le savez, dans cette chronique, on est naturellement tenté d’exagérer les choses pour mettre un peu de drama

N’empêche, parmi les choses dont on ne parle pas, il y a les nouveaux pots de yogourt transparents, le come-back des restaurants Harvey’s et l’impact de Smashing Pumpkins pour la mode vestimentaire de toute une génération de jeunes à la recherche de nouvelles idoles depuis la mort de Kurt Cobain.

T’es jeune? Porte donc un t-shirt Zero. T’es punk? Porte donc un t-shirt Zero. T’es cool? Porte donc un t-shirt Zero. T’es rebelle? Porte donc un t-shirt Zero. T’es conformiste? Porte donc un t-shirt Zero. Voyez, ça marche dans tous les cas de figure.

À la recherche du côté rock

Pour tout dire, Mellon Collie and the Infinite Sadness est le premier disque que j’ai acquis dans ma vie. En fait on me l’a offert à Noël, au même moment où l’on m’offrait mon premier lecteur de CD. De quoi remplacer mes vétustes cassettes de Nirvana.

Et c’est, tout naturellement, une découverte musicale: wow, un groupe cool qui peut faire des chansons rock ET des balades pleins de tendresse? Des heures d’écoute plus tard, je n’ai toujours pas de t-shirt Zéro, mais le sentiment d’avoir un bon disque entre les mains. Ce qui n’est pas une petite fierté.

D’autant plus qu’avec Mellon Collie and the Infinite Sadness, on peut faire du rock entre amis tellement le disque fait fureur sur MusiquePlus et dans les sous-sols. Avec des amis musiciens, on essaie de monter Bullet with Butterfly Wings. Par instinct, ça nous réussit assez bien.

Mais la chanson vieillit mal. Très vite on passe à quelque chose de plus complexe: 1979, puis Here Is No Why, dont notre interprétation affreuse fait en sorte qu’on nous exclut du programme d’un petit festival local.

La mine basse, je n’ai toujours pas de t-shirt Zero mais un disque-double qu’on passe encore parfois dans les partys période pré-Youtube, où certains commencent à jouer de la musique saoûls puis finissent leurs soirées par attacher un souffre-douleur sur une chaise avec du tape. Toujours le même gars. Eux sont avocats aujourd’hui, mais certainement pas musiciens. Le souffre-douleur, lui, peut-être caissier dans un Canadian Tire, je ne me rappelle plus très bien, mais joue toujours de la musique à temps perdu.

Une chose est sûre: à ce moment très précis, on n’a plus aucun respect pour l’art guitaristique de Billy Corgan qui joue en background dans les partys. Ni même pour ses airs. Sa voix de timide torturé s’incline au moment où on est encore loin du bal des finissants.

Lâchés freestyle

Billy Corgan. Si on peut s’identifier à quiconque dans la vie, je me demande bien qui peut bien s’identifier à ce type à grosse tête rasée. Quoiqu’on ne peut pas vraiment s’identifier davantage au Chinois mystique James Iha, qui est Japonais en fait mais dont tout le monde se fout. Ou à la fille qui joue de la basse pas rapport.

De Mellon Collie and the Infinite Sadness restent donc quelques tubes, mais le choc esthétique se fait attendre. Mystiques dans Tonight Tonight, banlieusards dans 1979, opprimés dans Bullet with Butterfly Wings, anti-bourgeois dans Zero, on n’a jamais bien compris si c’était de la poésie où de l’opportunisme. Car Billy Corgan, à la décharge du groupe en tant que tel, a quand même tout une tête de banquier.

C’est sûr que ça agit dans l’inconscient ces choses-là.

Je n’ai toujours pas de t-shirt Zero et le coffret de mon double-CD est cassé à tout jamais. J’ai cette impression que je vieillis trop vite pour ces affaires-là, pour me la jouer nostalgique pour un groupe qui finalement fait de la pop grand public comme Pearl Jam, alors qu’ont existé bien des choses meilleures de par le passé et auxquelles il serait plus justifié de s’attacher.

The Doors par exemple. Plus jamais Billy Corgan n’aura la sagesse de se faire pousser la tignasse comme Jim Morrisson, alors que lui l’a fait sans qu’on lui demande. Déjà, davantage de gens se seraient réclamés de The Smashing Pumpkins, un son totalement oublié aujourd’hui.

Ce qui fait que je n’ai toujours pas de t-shirt Zero et n’aurai plus jamais le goût d’en acquérir un. Mais j’ai un t-shirt de The Doors bien rangé à quelque part. Ça oui.

Treize ans après la sortie de Mellon Collie and the Infinite Sadness, je me fais donc un petit collage maison sur une photo d’adolescence simulée, pour la postérité de la chose. Même si, au fond, je n’ai jamais rien compris aux paroles de Zero, ça fait un petit velour.


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  1. Fred says:

    Moi j’ai un t-shirt Zero et c’est au travers des Simpsons que j’ai découvert les Smashing Pumpkins.

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