Ça risque de choquer des gens, mais je vais le dire quand même: les festivals de courts-métrages, c’est pas fait pour moi.
Assise dans la salle lors de la programmation State of the Art du Resfest, j’ai enfin mis le doigt sur le problème. Mais n’allez pas croire que je n’aime pas les courts! Bien au contraire, je raffole de ces œuvres qui repoussent les limites du conventionnel par leur originalité.
Je déplore plutôt la mise en forme. Des œuvres au caractère unique, avec des atmosphères distinctes qui se succèdent à un rythme saccadé… Inconsciemment, on en demande toujours plus, au profit de la glorification de l’image. Je prends par exemple le film français Birds, qui est renversant par l’esthétique. Mais avec ces canins sautant au ralenti, on dirait plutôt un concept publicitaire pour la compagnie Fido… Mais qu’importe! Le temps d’une soirée, on se délecte de cette célébration visuelle. Et l’on sort de la salle ravi, le sourire aux lèvres, sans trop se souvenir pourtant des films qu’on a vu. C’est bête, non?
Dans des évènements branchés comme Resfest, je reste sur ma faim, comme si j’avais consommé les films trop rapidement, sous l’impulsion, tel un enfant qui engloutit sa barre de chocolat avant le souper. Il ne me reste qu’un flash stroboscopique en tête.
Il y a quelque chose de résolument frustrant de l’aspect «compilation». Certains diront que je suis puriste. Probablement. J’aime mieux considérer un court-métrage comme une entité au lieu d’un fragment, une particule noyée dans un flot rapide. Et j’aime revoir un film pour l’apprécier à sa juste valeur et comprendre ses nuances. Comme un vrai film.
L’éphémère visuel
Il est cependant très difficile de mettre la main sur les courts-métrages pour les consommer à notre rythme, dans notre salon. Il y a quelque chose d’éphémère dans tout ça. En 2001, au Post-Input de Radio-Canada, j’ai vu un film qui m’a charmé par sa fraîcheur et son originalité : Music for one apartment and six drummers, des Suédois Ola Simonsson et Johannes Nilsson.
J’ai passé deux ans avec ce film en tête, sans savoir comment le retrouver (c’était bien avant l’avènement des vidéos sur le net…). Puis soudainement, ce furent les retrouvailles lors d’une soirée Best of de Prends ça court! J’étais au bord de mon siège, les yeux grands ouverts, parce qu’on le sait, une fois la projection terminée, on ne sait jamais quand on va le revoir.
Des petits bijoux, il y en a tout plein qui disparaissent après un certain temps. C’est triste, mais on passe à autre chose. Pour être pleinement satisfait, il faut fréquenter les festivals. J’ai vu par exemple le film australien We have decided not to die un million de fois. Pendant un an, je l’ai appris par cœur: dans un ciné-parc désaffecté aux Îles-de-la-Madeleine, au festival du Saguenay, à Montréal, etc. Mais ensuite, plus rien. La vie d’un court-métrage, c’est le temps d’une tournée de festivals. Entre un et deux ans. Ensuite, il se cache et fait place aux nouvelles saveurs.
Avec un peu de chance, les télédiffuseurs l’achètent et assurent une diffusion. Malheureusement, ce n’est pas chose courante dans notre grille horaire nord-américaine.
Il y a une toutefois tendance qui s’installe lentement dans les salles de cinéma, qui offrent parfois des courts en première partie. Je pense surtout au Parisien, en collaboration avec le distributeur Christal Films. Mais les créateurs sont réticents à partager les recettes avec le court-métrage. Les distributeurs deviennent dès lors frileux d’offrir cette fenêtre de diffusion et nous revoilà à la case départ.
Alors on fait quoi?
J’ai recroisé Music for… 6 drummers récemment, à Vancouver. Dans l’avion. Le son était merdique, gracieuseté des écouteurs Air Canada, mais ça faisait du bien de le revoir, comme lorsqu’on croise un bon vieil ami. Suivre les courts-métrages demande beaucoup d’énergie. Ce n’est pas comme si on pouvait les louer à la Boîte Noire…
Channel 4, la chaîne télé britannique, offre une section court-métrage sur son site web. On pourrait s’inspirer de ce modèle et développer une collaboration avec des télédiffuseurs.
Silence, on court! a été une excellente initiative, mais faute d’avoir une entente avec l’Union des Artistes pour les droits de suite des acteurs professionnels, on se retrouve avec des films qui sont une ébauche de vision cinématographique, des films un peu amateurs…
Les meilleurs courts-métrages des Jutra, on ne les retrouve pas sur ce site (et sur YouTube non plus d’ailleurs!). On n’a pour ainsi dire aucune trace de ces œuvres.
On pourrait peut-être penser les vendre dans les Distrobotos, ces machines distributrices à vocation culturelle, bien que les films aient une valeur marchande supérieure à deux dollars…
Mais, au fait, est-ce que le court-métrage est une consommation jetable?
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