Les journalistes qui s’expriment

Numéro 54

24 au 30 novembre 2006

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 24 novembre 2006 dans
Culture, Médias

Les journalistes qui s’expriment

Le congrès de la Fédération des journalistes professionnels du Québec qui se tient ce week-end donnera le pouls de ce qu’implique aujourd’hui l’exercice du métier. Mais outre ce rassemblement annuel des professionnels, le journalisme est-il vraiment un métier qui se remet en question?

Une façon d’aborder le sujet serait d’analyser de quelle vitrine se dote la profession sur Internet. Les journalistes, érudits pour la plupart quant à l’utilisation des nouvelles technologies, ont-ils la langue agile lorsqu’il s’agit de critiquer les médias, la pratique journalistique, la fabrique de l’information, etc.? Rien n’est moins sûr…

Il semble très peu en effet y avoir au Québec de blogues consacrés au journalisme et à ses pratiques, des blogues qui reprendraient avec une nouvelle lecture et un certain recul des couvertures médiatiques pour en analyser les mécanismes.

On a vu apparaître des blogues spécialisés, certes, tenus par des gens du métier qui désirent donner leur opinion sur l’actualité. Ceux-ci se dénombrent par dizaines et s’offrent relativement une bonne visibilité sur Internet. Les thématiques proprement journalistiques, cependant, ne résistent pas à cette vague d’expression libre, et plient sous les thématiques sociales chères aux auteurs de carnets web.

Où sont les journalistes?

Le souci d’avoir une réflexivité journalistique est depuis longtemps un fait de société. Celle-ci se manifeste beaucoup sur la Toile, que ce soit au Québec, dans la francophonie, ou ailleurs, faisant partie d’un engouement que tous peuvent avoir envers les médias en général, envers leurs spectacles, leurs contenus, leurs icônes surtout.

Dans tout ce brouhaha et tandis que les médias traditionnels investissent le web, le journalisme québécois, lui, reste pourtant à l’abri de cet appel à la réflexivité sur Internet. Ses mécanismes sont l’affaire des universitaires, très peu de ses artisants eux-mêmes. Les journalistes professionnels, des agents intouchables du système médiatique?

Jean-Pierre Cloutier, avec son blogue, fait certainement figure d’exception, quoi que ses propos portent beaucoup sur la politique internationale du Canada et des États-Unis. Ailleurs, les figures de style du blogue personnel de Michel Dumais s’attardent parfois aussi sur des sujets journalistiques ou médiatiques.

Le journaliste et auteur Michel Vastel peut aussi à l’occasion apporter des réflexions sur le journalisme sur son blogue, à travers ses autres analyses politiques et sociologiques sur le Québec et le Canada. Ou encore il y a la page d’accueil de la Fédération des journalistes professionnels du Québec (FPJQ), qui publie des informations quant à l’actualité journalistique. Mais cela demeurant factuel, comme le ferait Reporter sans frontières.

Et ce n’est pas Marc-André Gagnon, avec son blogue sur le journalisme québécois, qui viendra révolutionner quoi que ce soit. Encore moins celui de Michel C. Auger, qui se consacre à la politique. On s’entend.

Existe tout de même celui de Steve Proulx du VOIR, qui fait disons-le un travail exceptionnel. Celui-ci publie à l’occasion des réflexions qui semblent tenir le devant de la scène au Québec en matière de critique/observation des médias.

Du journalisme intéressé

Au Québec, mis à part la rareté des blogues sur le sujet, reste que les journalistes sont par ailleurs particulièrement absents de la blogosphère québécoise. S’ils tiennent un blogue parfois, ceux-ci ne sont que très peu actifs sur ceux de leurs confrères.

S’ils utilisent constamment Internet pour trouver des informations, ils n’utilisent pas le blogue comme vecteur de critique sur leur travail et comme vecteur d’apprentissage; ils n’entretiennent pas de réseaux; ils n’ont pas de tribunes en dehors des institutions. Pour un domaine professionnel, c’est à tout le moins particulier. Notez que même les pompes funèbres se lancent

Une hypothèse serait peut-être que les journalistes écrivent sur ce qui les intéresse, s’intéressant moins à la manière dont ils le font.

C’est une hypothèse qui concevrait que chaque journaliste œuvre un peu à sa manière, et qu’une discussion ou un débat sur ces pratiques serait alors considéré comme une spécialisation en soi, ce qu’aucun d’entre eux n’est tenté de faire question de conserver un large public. Question de temps aussi. Du moins, c’est certainement un relativisme en journalisme qui ralentit la critique des médias sur Internet.

Ou alors leur métier est soumis à de tels rapports de pouvoir qu’ils doivent constamment surveiller leurs paroles, question de ne pas nuire à leur crédibilité professionnelle. Ont-ils seulement la liberté de dénoncer certaines pratiques journalistiques…? Ou, simplement, n’osent-ils pas?

La pente glissante

Internet, au Québec comme ailleurs, ça reste un outil démocratique. C’est peut-être, au fond, ce qui nuit le plus à une critique des médias.

Il suffit de lire les commentaires sur les blogues pour se rendre compte de la fastidieuse entreprise qui consiste à entretenir un certain niveau intellectuel dans les débats. En effet, ça tombe parfois dans le n’importe quoi. Celui-ci a été rédigé sur le blogue de Michel Vastel par une dénommée Monique Désautels:

«Les terroristes musulmans, haissent Israël et veulent le détruire. Les séparatistes québécois, haissent le Canada et veulent le détruire… ce sont donc au même titre des terroristes. Ils rêvent de le démembrer, le démanteler, lui coupant sa population de 7 millions, réduisant sa superficie et faisant un trou béant au centre de ce pays dont la devise est: D’un océan à l’autre.»

Celui-ci, pompeux, sur le blogue de Steve Proulx et signé par un certain Jean-Claude Deneria:

«Désolé pour de tels farfelus, mais il se trouve que les conspirations de réseaux masculinistes bien structurés et organisés sont, pour citer Shakespeare, la fallacieuse création d’un esprit accablé de fièvre.»

Ou encore celui-ci, de la même source, signé par une dénommée Johanne Brodeur:

«On sait qu’un événement plus un autre événement égale vingt jours de médiatisation.»

Bien heureux celui qui saurait tenir une telle conversation.


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