Les Jutra: quossé ça?

Numéro 106

7 au 13 March 2008

Un texte de
Fabbie Barthélémy

Publié le 7 mars 2008 dans
Chroniques, Le combat du mois

Les Jutra: quossé ça?

Il y a quelque chose qui marche pas avec les Jutra. Parfois, on croirait à un gala qui récompense les vedettes du petit écran qui font le saut dans le grand écran… Un malaise à faire des Jutra le combat du mois de P45.

Les Jutra, est-ce un moyen de voir et de revoir le mamelon de Lucie Laurier? Est-ce vraiment un gala du cinéma ou un gala du «film-qui-va-mieux-se-vendre-après-le-gala»? C’est pas clair tout ça. Chaque année, il y a ce qu’on peut appeler un malaise. Un malaise comme en 2005 lorsque Patrick Huard a animé la soirée.

Chialer contre les galas, c’est typique. C’est un sport international. C’est un gros cliché, mais TREIZE nominations pour les 3 p’tits cochons?!? Sérieusement, comment sommes-nous supposés réagir? Taper des mains comme des caves en clamant «le cinéma québécois est tellement vivant, bravo, bravo»?

On est en droit de demander des explications. Le gala s’adresse-t-il à des matantes et des mononcles ou à des cinéphiles? Si c’est ça le cinéma québécois, y a-t-il lieu de célébrer?

En 2006, les Jutra ont commis l’irréparable en matière de mauvais goût. Ils ont donné le prix hommage à Denise Filiatrault. Il y a des maudites limites à rire du monde. Certains me diront: «Ben, elle a joué dans plein de films, non? C’est pas elle qui jouait dans la Mort du Bûcheron, de Gilles Carle?»

Et c’est là que nous attendons la suite de l’argumentaire. Mais rien ne vient. Ok, les plus nostalgiques feront mention de Chez Denise et de Moi et l’autre. Bon, on leur rappellera gentiment que c’est encore de la télé. Oh! et en passant, il y a un gala pour la télévision et ça s’appelle les Gémeaux. On devrait peut-être mettre la gang des Jutra au courant. Revenons à Denise…

En tant que réalisatrice, la dame au botox a réalisé l’infâme Laura Cadieux, ainsi que sa suite. La «Sugar Mommy» officielle de Serge Postigo nous a ensuite offert le vomi cinématographique qu’est l’Odysée d’Alice Tremblay. Finalement, et non le moindre, la directrice du théâtre du Rideau Vert, le seul théâtre d’été ouvert à l’année longue, nous a servi le très moyen Ma vie en cinémascope. Juste pour ça, les Jutra aurait dû demander pardon à jamais.

Ma fille, mon Jutra

Au lieu de cela, les Jutra tentent de gagner la guerre des cotes d’écoute. Résultat: le cinéma est ici la victime et le public, le grand perdant. Or, sérieusement, qui écouterait les Jutra si les nommés n’étaient que les films suivants: Continental (8 nominations), La Brunante (4 nominations), Contre toute espérance (4 nominations), Le Ring (2 nominations), Toi (0), Nos vies privées (0), Dans les villes (0) et Sur la trace d’Igor Rizzi (0)? Soyez honnêtes…

Évidemment, l’administration s’en lave les mains: ce sont les pairs qui votent. Notre hypothèse: on doute fortement que les pairs soient allés voir beaucoup de films québécois cette année et on ne les blâme pas tant que ça.

Ene effet, entre improviser sur le plateau de Dieu merci!, faire des stepettes aux Match des étoiles, chanter à l’émission de René Simard, tricoter à Deux filles le matin, se balader dans le taxi de Rogatien, jouer dans trois films et dans quatre pièces de théâtre et travailler sur cinq émissions en même temps, ça ne donne pas beaucoup de temps pour aller au cinéma.

C’est la seule théorie valable qui éluciderait le mystère derrière les six (oui, oui) nominations de Nitro et les cinq nominations de Ma fille, mon ange. D’ailleurs, note aux Jutra: Karine Vanasse n’a pas besoin d’être en nomination chaque fois qu’elle apparaît dans un film. Non mais.

Toujours la télévision…

Pour terminer, quelqu’un peut-il nous expliquer pourquoi la catégorie Court/Moyen-métrage est absente du gala télévisé et est présenté hors d’ondes?

Le gala comporte seulement douze catégories. Ça peut paraître étrange comme idée, mais on peut se passer d’un ou de deux sketches poches et donner ainsi une petite place aux courts-métrages. On entend les mononcles et les matantes qui vont se demander:

– Hé, c’est qui lui?

– C’est pas le meilleur ami de l’attardé dans Annie et ses hommes?

– Non, je pense pas.

– Je pense que c’est l’ado rebelle qui donne du fil à retordre à la nouvelle Virginie.

– Non plus.

– Ben qu’est-ce qu’il fait là d’abord?!

– …

C’est assez quoi. Il faut vraiment revoir la méthode de consécration des Jutra parce que ça devient insultant pour ceux qui font du cinéma. En gros: ramener du Jutra dans les Jutra.


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  1. Gervais Richard says:

    Merci Fabbie,
    D’avoir les yeux en face des trous.
    Entre autre et surtout concernant la grand’ jaune (denise filiatrault)

  2. «Ramener du Jutra dans les Jutra.», quelle excellente conclusion!

    C’est pas juste insultant pour ceux qui font du cinéma, mais pour les cinéphiles, les vrais. Ce sera un plaisir de bitcher le gala avec toi, demain!

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