Les nouvelles un peu vraies: Des Québécois qui s’estiment «plutôt» peureux

Numéro 93

16 au 22 novembre 2007

Un texte de
Xavier K. Richard

Publié le 16 novembre 2007 dans
Chroniques, Les nouvelles un peu vraies

Les nouvelles un peu vraies: Des Québécois qui s’estiment «plutôt» peureux

Un sondage Léger Marketing pour le compte de l’Institut du Nouveau Monde indique cette semaine qu’une grande majorité des Québécois s’estiment «plutôt» peureux.

En effet, 88 % d’entre eux affirment avoir une petite trouille de quelque chose, quel qu’il soit. À l’opposé, un maigre 12 % des Québécois seulement prétendent n’avoir peur de rien. Ces derniers affirment prononcer la phrase «tasse-toé mononcle» à hauteur de 3,7 fois par semaine. C’est 10 fois moins qu’en 1997 à pareille date.

Selon les répondants, cette confiance en soi défaillante serait due à la mauvaise foi, au manque d’écoute, au gouvernement qui ne s’occupe jamais des «vraies affaires», mais aussi à un passé historique pittoresque et à une trop forte influence des âmes sensibles qui parcourent ce monde, dont les artistes en tête de liste.

Parmi l’échantillon, un témoignage a été recueilli à cet égard: «Toute la gagne de pissous qui pleurent de ne pas avoir leur maman, qui aime ça l’émotion et qui a plein d’amis sur le Plateau, moi je dis que ça manque de couilles. Faut pas se surprendre que ça aille mal», affirme un jeune mâle dans la vingtaine au sortir d’une séance de gym.

La peur d’avoir l’air fou

Selon ce sondage, près d’un quart des Québécois se disent aujourd’hui «très» peureux, alors que 62 % jugent qu’il le sont «plutôt». En se posant la question sur leur insécurité chronique, 2 % ont eu trop peur de répondre et se sont donc abstenus.

«Les Québécois sont peureux pour vrai, résume Michel Venne, directeur général de l’INM. Mais ce sondage indique qu’ils pourraient l’être moins, ou alors l’être sans que cela n’interfère dans la tenue de leurs activités quotidiennes»…

La preuve: sans surprise, «la peur d’avoir l’air fou» arrive en tête dans les critères de définition de la peur des Québécois. La peur de manquer de papier de toilettes, la peur de ne jamais tomber amoureux, la peur de se faire traiter de «fif», la peur d’oublier le chat dehors, la peur de ne pas assurer sexuellement, la peur du néant, la peur d’aller voir un docteur, la peur de ne pas faire une bonne impression, suivent.

Selon Michel Venne, cette crise de confiance pourrait d’ailleurs s’expliquer par l’absence d’opinions, de la culture de l’image et des émotions dans l’espace public. «Se pourrait-il que les gens commencent à en avoir soupé de cet étalage de faits et d’informations rigoureuses mais inquiétantes sur la marche du monde? Ne sommes-nous pas tous à la recherche des «vraies affaires», des opinions qui comptent et des gens qui ont les couilles pour le dire?», demande-t-il.

Lancé au début de cette année, par l’entremise d’Internet, dans un bassin de 2006 personnes, le sondage dresse, avec une marge d’erreur de 2,1 % 19 fois sur 20, le portrait d’un Québec qui a la trouille et recense aussi les facteurs qui pourrait contribuer à la robustesse de son mental et à la vaillance de ses couilles.


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