Les pros de la drille

Numéro 81

15 au 20 juin 2007

Un texte de
Véronique Labonté

Publié le 15 juin 2007 dans
Chroniques, Le combat du mois

Les pros de la drille

Ça y est, je craque! Aujourd’hui, le 6 juin 2007, à 12 h 03 précisément, j’ai frappé.

What’s he building in there?
That hook light on the stairs.
What’s he building in there?
I’ll tell you one thing. He’s not building a playhouse for the children.
What’s he building in there?
We have a right to know.

-Tom Waits, What’s he building?

Tout a commencé il y a environ un mois avec mon troisième voisin. Puis, celui du dessus s’y est mis aussi comme par un hasard qui n’en serait pas un.

C’est arrivé de façon inévitable comme arrivent les premières belles journées du printemps. Ce petit vent de renouveau qui fait saliver tous les propriétaires de quincaillerie du pays et qui me donne le goût d’aller faire du camping. Vous remarquerez qu’un bruit sourd parcourt la ville et que l’air se transforme en d’infimes particules de bois et de plâtre. Voilà revenu le fameux temps des rénovations.

Le premier avait un balcon à refaire et le second avait décidé de faire subir un extreme makeover à sa salle de bain. Comme il est doux le son de la céramique que l’on coupe pour en faire des formes qui épouseront parfaitement les contours de la douche… Comme j’aimerais avoir moi aussi cette génératrice qui alimente sans relâche le gun à clou, qui me permettrait de me barricader quelque part…

Deux semaines plus tard, la situation se stabilisait et l’on pouvait à nouveau entendre les oiseaux gazouiller et les écureuils fouiller les sacs à ordures.

Puis soudainement à la fin mai, les voisins de droite et les voisins de gauche sont partis. D’un seul coup, nous étions isolées. Ça n’aura pris que 48 heures avant de voir débarquer les pros de la drille. Armés de leur ceinture d’outils, leur coffre, leur boîte à lunch, leur casquette et leur pantalon Big Bill. Ils sont arrivés aussi soudainement qu’une guerre au Liban, comme on dit.

Je ne comprends pas. Quand je déménage, je peinture et j’installe quelques éléments décoratifs. Je n’ai pas besoin de sableuse, de pied de biche, de rouleau compresseur, de scie sauteuse ni d’un marteau piqueur. Je ne sais pas ce qu’ils font. Les murs? Les planchers? Une réplique miniature du Stade Olympique? Mais qu’ils arrêtent de s’acharner contre la structure de ces pauvres 6 1/2!

J’accuse toutes ces émissions de télévision de rénovations, de Ma maison Rona à la série américaine mal traduite, Les Anges de la rénovation, d’être à l’origine de mes malheurs.

Elles rendent les gens obsédés : «Si Marie-Lise Pilote a été humoriste et qu’elle est aujourd’hui capable de construire des abris nucléaires en deux par quatre, alors je suis capable aussi.»

Conspiration rénovatrice

Je le dis ou plutôt je le crie pour qu’ils m’entendent tous, j’haïs les rénovations. Ça me fait une boule à l’intérieur, mes muscles se tendent, mon visage se crispe, la tension est palpable tout autour de moi, je ne les supporte pas. C’est pour cela que mon poing, à 12 h 03 précisément, a percuté le mur sud de l’appartement.

Une violente crise d’hystérie accompagnée de cris qui n’auront rien donné. Même pas de trou dans le mur de gyproc que j’aurais pu réparer en faisant ma part de bruit, seulement une petite douleur au niveau des jointures et cette impression d’être ridicule.

J’ai depuis développé quelques trucs qui semblent donner des résultats probants. Je les partage aujourd’hui pour vous aider à mieux vivre avec le bruit des rénovations qui vous submergent:

1. La nuit tombée, barricadez les entrées de l’appartement avant l’arrivée des maniaques aux clous avec tout ce qui peut vous tomber sous la main, vous bénéficierez de 30 minutes supplémentaires de sommeil chaque matin.

2. Envoyez votre coloc charmer le nouveau voisin (en minijupe si possible) en lui demandant d’une voix langoureuse de commencer ses travaux plus tard, 10 h étant une heure raisonnable. Demandez-lui d’inviter ledit voisin à prendre un café et profitez d’une sieste de 15 minutes. (Donnez 10 $ à votre coloc.)

3. Provoquez une panne de courant ciblée. Vous devez d’abord entrer par effraction dans le logement incriminé et trouver la boîte électrique. Faites sauter tous les breakers et vissez le panneau de la boîte. Recouvrez d’une épaisse couche de ruban électrique, vous y gagnerez une heure de sommeil.

Pour ceux et celles qui trouveraient complexes ces solutions, il vous reste les bouchons et le lit de votre coloc, le plus éloigné possible de la source du bruit. Vous pouvez également entamer vous-même des rénovations et déranger le voisin suivant. Chantal Lacroix sera fière de vous.


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