Les relations hommes-femmes vues par nos dernières sorties théâtrales

Numéro 103

15 au 21 février 2008

Un texte de
Caroline Pelletier

Publié le 15 février 2008 dans
Culture, Théâtre

Les relations hommes-femmes vues par nos dernières sorties théâtrales

Mode d’emploi fantasmagorique de l’assemblage mâle-femelle.

Tannés de vous débattre entre votre soif insatiable de liberté et votre profond désir de dormir en cuiller avec l’être aimé jusqu’à la fin de vos jours? Puisque le théâtre demeure un art jubilatoire qui nous permet de rêver à notre guise, voyons ce que nos dernières découvertes nous ont appris sur le mystère à enrobage sucré que sont les relations hommes-femmes.

Mode d’emploi fantasmagorique de l’assemblage mâle-femelle

Tel un meuble Ikea qui viendrait sans livret d’instructions, ni trousse de premiers soins…

1. Choisir sa douce moitié en prenant soin d’évaluer tous les risques.

Les mondes possibles (John Mighton) nous enseigne que la petite histoire de l’assemblage mâle-femelle débute lorsque nous, êtres humains frêles et indécis, jonglons avec l’idée d’emprunter un chemin plutôt qu’un autre. L’anxiété du choix à prendre, en quelque sorte.

Mais, alors que tout semble encore possible, on feint de ne pas voir le panneau CÉDEZ LE PASSAGE qui exige que nous ralentissions afin d’évaluer les dangers que l’on encourt si l’on poursuit dans cette voie.

Le temps de siffler un homme en uniforme dans la rue (parce que c’est ça qui nous excite!) et on se rend rapidement compte que tous ces possibles sont d’ores et déjà hors de notre contrôle.

Aussi bien s’aventurer sur l’océan à bord d’une chaloupe sans gilet de sauvetage. Ou écouter dans le tapis du Christina Aguilera en croyant que les cellules de notre cerveau seront épargnées.

2. Bien identifier ses fantasmes.

Dans Ce qui meurt en dernier (Normand Chaurette), Christiane Pasquier incarne Martha von Geschwitz, une femme tout droit sortie du Londres des années 1880 qui tombe sous le charme de Jack l’Éventreur. Plus elle s’approche de lui, plus elle jouit de sa mort imminente.

Ce qui l’excite: sa «beauté à la mesure de l’absolu qu’elle convoite, d’une violence encourageante, d’une sensibilité raffinée, d’une sexualité infiniment précise, magnifiée, maniaque» (Normand Chaurette).

Comme les goûts ne se discutent pas, rien ne vous empêche:

A. de fondre devant un homme ou une femme en uniforme;

B. d’être excité par la voix du tueur qui téléphone à sa victime dans Scream (pour une voix de tueur plus sensuelle, on vous suggère le film Call me de Sollace Mitchell);

C. ou de succomber à un suit de latex rouge, assorti de petites culottes mangeables à la cerise.

3. Homme sensible cherche femme en contrôle.

Cette chère Élizabeth, roi d’Angleterre (Timothy Findley) redéfinit, à sa manière, les rôles traditionnels de l’homme et de la femme. Celle qui est incarnée par Marie-Thérèse Fortin au TNM n’a rien de la femme fragile, mais plutôt, elle a tout de l’homme macho des temps modernes qui use de son pouvoir pour multiplier les conquêtes.

Ce qui nous la rend si sympathique: la condamnation de son amant le comte d’Essex lorsqu’elle craint qu’il lui ravisse le pouvoir.

Ce qui nous rend jalouses: son incapacité d’être femme ne la rend pas vulnérable à l’amour et encore moins au besoin d’avoir un homme pour la réchauffer sous les draps les nuits froides d’hiver. Notre remède: se procurer des draps chauffants et rêver que James Hyndman vient nous enlever durant notre sommeil.

À noter: que le Théâtre du Nouveau Monde a annoncé que James Hyndman participera à la soirée bénéfice Mille mots d’amour en lecture, au TNM le 10 mars prochain.

4. Le rêve américain, c’est des foutaises!

Le Nouveau Théâtre Expérimental nous présente sa dernière création, Le Plan américain (Évelyne de la Chenelière et Daniel Brière), comme une suite de clichés de la famille nord-américaine d’aujourd’hui. À la tête de cette famille, un couple dont la décadence ne cesse d’effriter les valeurs et les idéaux du rêve américain.

Nos conclusions:

1. La petite vie de couple parfaite n’existe pas. Et cela n’a rien à voir avec Catherine et Matthieu de Tricot Machine.

2. D’ici à ce qu’on trouve l’homme ou la femme idéale, on continue à se demander ce que Mahée Paiement vient faire sur la publicité de l’Espace Libre.

Vérités à méditer:

1. «Une personne normale pense au sexe aux 2 minutes» (Les mondes possibles), alors que les personnes en couple pensent aux tâches ménagères, au souper à préparer et à la pinte de lait à aller acheter au dépanneur et s’ils ont encore le temps, il leur arrivera de penser au sexe.

2. Freud avait vu juste: «Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons».

3. «L’amour est une sacrée farce», Le cocu magnifique, F. Crommelynck. Mieux vaut en rire, donc.


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