Llouis qui tombe tout seul

Numéro 54

24 au 30 novembre 2006

Un texte de
Myriam Rondeau

Publié le 24 novembre 2006 dans
Culture, Livres

Llouis qui tombe tout seul

Les gens ont peur d’être seuls sans être uniques. Ils veulent être seuls, mais pas seuls tout court. Ils veulent être seuls à avoir ci, les seuls à faire ça, les seuls à avoir l’air de ça. Mais ils ne veulent pas être seuls, parce que s’ils étaient seuls, à qui ils montreraient à quel point ils sont uniques?

Se sentir tomber sans que rien ne nous retienne, glisser encore et encore parce qu’il n’y a personne pour ralentir la course. Llouis qui tombe tout seul c’est ça. Le vide, le manque, la solitude, le sentiment de chute qui ébouriffe et mêle les cheveux alors qu’on prend de la vitesse. La peur du moment où on va s’écraser en mille morceaux sur le sol, brisé et irréparable.

Dans cette chute, il y a la recherche de l’Autre. Un ami qui serait là, quelqu’un, n’importe qui. Une personne à aimer, qui nous aimerait en retour.

Matthieu Simard a beaucoup grandi avec ce quatrième roman. Intentionnellement, il s’est détaché du roman à sketches et de son personnage d’autofiction. C’est un tout nouvel univers, beaucoup plus sombre et aussi beaucoup plus triste. Une quête désespérée pour trouver un sens à l’existence humaine, trouver un peu d’humanité dans la marée de formalités, de distance qui, sans que l’on ne sache vraiment, a pris beaucoup trop de place dans notre monde.

Comment s’adapter aux autres? Comment leur parler, échanger, pour vrai? Il faut désapprendre, réapprendre, apprendre, comprendre, recommencer, recommencer encore. Il y a tant de lourdeur, tant de naïveté dans le personnage de Llouis que ça fait mal. Mal de voir comment il échoue inévitablement à tisser des liens. D’abord parce qu’il va trop vite, puis trop lentement, puis rien du tout.

Les pages sont chargées d’essais, d’aspirations à quelque chose de meilleur. C’est un parcours aveugle dans un monde rendu inhumain, hostile à l’amitié. C’est un énorme travail d’introspection sur notre solitude et la solitude des autres.

Même si le changement de style surprend au début, Llouis qui tombe tout seul apporte beaucoup d’éléments sur lesquels réfléchir, ornés d’une large palette d’émotions et d’un peu de ridicule qui nous étire un sourire mi-triste mi amusé qui s’étend doucement d’une couverture à l’autre. Le dernier de Matthieu Simard écorche un peu l’âme par sa fragilité et sa réalité, une lecture pour réaliser combien les autres nous sont essentiels, même si nous avons tendance à l’oublier.


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