L’underground musical montréalais est-il alcoolique?

Numéro 107

14 au 20 mars 2008

Un texte de
Catherine Bélanger

Publié le 14 mars 2008 dans
Culture, Musique

L’underground musical montréalais est-il alcoolique?

La journée de travail vient de se terminer. Vite au local de pratique, il faut mettre les instruments dans la voiture. Chargement, arrivée au bar, déchargement. Cet exercice donne soif (1re bière).

Le test de son devrait avoir lieu maintenant. Mais le gars n’est pas encore arrivé. «Assoyez-vous, prenez une bière en attendant…» (2e bière). Bon, les tests sont faits, on est prêts. On annonçait le début du show à 21h. Impensable de commencer avant 22h (3e, 4e). C’est parti. Il fait chaud sous les projecteurs. «Hey! J’pourrais-tu avoir une bonne rousse, s’il vous plaît, j’ai soif!» (5e). Wow c’était tout un show! On fête ça? (6e, 7e…)

Dans l’imaginaire musical, l’alcool et le rock sont intimement liés. Un chanteur qui se déclare à jeun, ce n’est pas très crédible, un peu comme une infirmière qui fume ou un cordonnier chaussant des Crocs. Mais qu’en est-il réellement de la consommation d’alcool des musiciens?

La firme de recherche P45 et Touche a mené une enquête auprès de plus d’une vingtaine de musiciens de l’underground montréalais et a récolté des confidences qui n’ont rien de bien choquant, dans le fond.

Des soirées qui ne coûtent pas cher

Tout ce qu’on s’imaginait est confirmé: boire un soir de concert, ça ne coûte pas grand-chose. Dans pratiquement tous les cas, pour le musicien, c’est bar ouvert. Pour des artistes qui commencent, les occasions de jouer devant public peuvent être rares et si on leur offre, pour seul salaire, une caisse de bière, et bien ils la prendront.

Avec le temps, l’argent de la porte s’ajoute au salaire et, finalement, un cachet peut être proposé. Le coupon d’alcool — le meilleur ami du musicien paumé —, lui, fait toujours partie du décor. L’artiste reçoit une roulette de coupons et ne pas l’utiliser lui donnerait l’impression de se faire avoir…

La majorité des spectacles se déroulent dans les bars, lieu de perdition où boire est la norme. Les membres d’un groupe consommeront donc par automatisme ou, inconsciemment, pour être sur la même longueur d’onde que le public qui, par automatisme, boit.

«J’ai l’impression que les musiciens et les gens qui gravitent autour de cette industrie sont de plus grands buveurs, mais je les vois souvent dans des contextes favorables à la beuverie (festivals, shows dans des bars, lancements). Je ne sais pas comment ils sont dans leur vie de tous les jours.», explique Navet Confit qui, lui-même, est souvent soupçonné à tort d’être ivre ou drogué lors de ses spectacles.

«Il ne semble pas qu’il y ait plus d’alcoolos musiciens que dans le reste de la population. Seulement, c’est plus visible, glam et hip, à la limite, un musicien saoul qu’un vieux sec dans Hochelag’ avec ses deux 1,18 litre devant la game…», nuance Maître J.

En plus de souvent voir les artistes dans des endroits où l’alcool coule à flot, petite défaillance du cerveau humain, nous avons tendance à retenir les extrêmes et à faire des associations fautives et croire qu’ils caressent tous la bouteille avec la même ferveur.

Nous avons tous déjà vu un rappeur complètement saoul dans une soirée au Zoobizarre ou encore un chanteur pop foncer dans un mur à l’Esco. On se souvient de ces artistes qui boivent trop. Mais qui se rappelle la fois où, à jeun, Mathias Mental est entré sagement à la maison après une prestation?

En effet, plusieurs artistes mentionnent le fait que la scène leur apporte une énergie étonnante, que la musique les transporte. «Dans mon groupe rock, je bois une bière, mais j’ai l’air d’en avoir bu six», explique Roxanne Arsenault qui chante avec Les Temps liquides, dont la musique lui «donne envie de se de garrocher partout et de s’en crisser».

L’alcool mal tournée

Vous vous souvenez de ce voyage de fin d’année en secondaire 5, celui où vous aviez caché une bouteille de fort dans votre sac à dos? En fait, la tournée d’un groupe de musique peut ressembler à cette journée où vous avez compris que l’alcool et l’autobus scolaire ne faisaient pas bon ménage. Si cette tournée comprend des concerts dans des microbrasseries et autres endroits où les saveurs locales sont à boire, vous avez une belle image d’un foie de musicien qui fait le tour du Québec.

Multipliez ça par le nombre de pays visités et vous comprenez ce que Renaud Bastien a pu ressentir: «À ma première année de tournée avec Malajube, on se ménageait pas… je buvais pas mal… mais en 2007, j’ai décidé de slacker un peu, j’étais écoeuré et mon estomac aussi…»

L’alcool créatif?

Même si Éduc’alcool affirme que «les bénéfices sociaux et psychologiques de l’alcool peuvent provoquer une augmentation de la créativité», la plupart des musiciens interrogés semblent penser le contraire. Rares sont ceux qui disent pouvoir créer sous l’influence de l’alcool.

Elle aurait sur eux un tout autre effet. Elle assouplirait les angoisses et les complexes, mais endormirait les facultés, ferait perdre le fil des idées ou donnerait simplement l’envie de faire autre chose.

Éric Patenaude (Télémaque, Le Husky, Alexandre Champigny) appuie cette théorie: «Début vingtaine, chaque jam était généreusement arrosé. C’était notre messe hebdomadaire. Aujourd’hui, si on se saoule en travaillant sur la création, on devient vache.» La mode est au «math rock» et comme le dit si bien Mathias Mental, «c’est dur de faire des maths qu’en t’es chaud raide.»

À plusieurs reprises, des musiciens ont avoué préférer la marijuana à l’alcool pour les périodes de création. La firme P45 et Touche pourrait également mener une enquête sur la consommation de drogue au sein de la meute musicienne, mais on a utilisé le reste du budget pour subventionner notre prochain 5 à 7…

Il semblerait donc que les musiciens montréalais, si fuckés puissent-ils être, ne boivent pas particulièrement plus que les gens qui vont les voir en spectacle, par exemple. Persiste donc ce mythe, autour duquel le rock, ou la musique qui déménage, et l’alcool vont de paire. En partie vrai, en partie faux, un mythe qui n’empêche pas les musiciens de se caler des grosses bières sur scène mais sans pour autant être particulièrement dépendants à l’alcool.

En fait, l’impression générale donnée par les musiciens serait faussée par les coupons d’alcool qu’ils auraient à leur disposition. «Je ne bois pratiquement pas dans la vie de tous les jours, mais je me suis toujours retrouvé à boire à chacun de mes concerts», nous dit à cet égard Jean-François Thibault, du groupe 011.

Tout le monde il est à jeun, tout le monde il est gentil. À moins que les autres soient trop saouls pour répondre à nos questions…


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Discussion

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  1. Gabriel says:

    Bon travaille Cath!

  2. André Péloquin says:

    Ayoye! Ça va mal pour P45 ces jours-ci. Je respecte beaucoup miss Bélanger pis elle écrit très bien, mais quel sujet “n’importe quoi” pour un collectif qui abonde dans le “journalisme créatif et autres chambardements”.

  3. Julien Cayer says:

    Est-ce que tu peux préciser ta pensée André? Me semble que c’est assez « n’importe quoi » comme commentaire.

  4. Kevin says:

    Ce sujet, que je ne trouve pas si “n’importe quoi”, demande qu’on se penche sur le cas d’Éric Lapointe et des autres rockers de sa trempe. Je sais qu’il n’est pas “underground”, mais Malajube non plus aux dernières nouvelles!

  5. Andre says:

    Désolé, je ne voulais pas vous vexer, c’est juste un avis de lecteur. Pour mes raisons, vous demanderez à Fabbie, je n’ai pas envie de copier/coller pis d’alimenter une discussion que je trouve caduque (de jeunes musiciens qui boivent et fument!? APPELEZ LA POLICE!) pour un site abondant dans le journalisme créatif.

    Mais pour ne pas jouer à l’agace, allons-y avec un point qui m’agace : l’échantillonnage laisse à désirer à mon humble avis. Ils sont ou les Alex Jones, Starbuck et Mononc Serge? Elles sont ou les femmes (Giselle Numba One par exemple, Manic Manon pendant qu’on y est)? Parce que bien que j’apprécie la musique de la plupart des artistes qu’on retrouve dans ce vox pop, je ne crois que votre lectorat (qu’il soit “underground”, “montréalais” ou pas) ne les associe pas avec l’alcoolisme.

    C’est tout pour moi, à la prochaine chicane.

  6. JF Thibault says:

    ahem. > Tu ne crois pas que le lectorat ne les associe pas? Donc tu crois qu’il les associe? excuse-moi je comprends pu, je suis bein stone..;)

  7. IP says:

    Bon retour de balle ;)
    On essait simplement de soulever un sujet qui peu paraître banal mais ne l’est pas… c’est loin d’être “n’importe quoi” à mon avis.

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